Compagnon emblématique du prophète Muhammad ﷺ, Salman Al Fârisî (le Perse) est surtout reconnu pour sa longue quête spirituelle et initiatique qui le conduisit du mazdéisme à l’Islam, en passant par le christianisme. Une figure savante et profondément estimé par le Prophète qui le considérera comme un propre membre de sa famille/ maison (Ahl Al Bayt). Portrait.
Son nom complet est Abû ‘Abd Allah Salmân Al-Fârisî. Il était aussi connu sous les appellations de Salmân Ibn al-Islam (le fils de l’islam) et Salmân al-Khayr (Salmân le Bienfaisant). Salmân vit le jour dans un village appelé Jiyân, situé à Ispahan, une ville entre Téhéran et Chirâz dans l’actuelle République islamique d’Iran.
Animé par une recherche permanente de la voie spirituelle conforme à la saine nature (fitra), il quitta la Perse et se lança à la recherche du Prophète dès qu’il apprit l’annonce de sa mission, afin de rejoindre l’islam. Il fut l’un des personnages ayant profondément marqué l’Histoire musulmane.
Nul n’est plus à même de conter la quête initiatique de Salmân Al-Fârisî que Salmân lui-même. Dans un récit rapporté par l’imam Ahmad, Salman confia son histoire à l’un des compagnons et proche parent du prophète Muhammad ﷺ, ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs, qui la transmit ensuite à d’autres :
Les débuts du périple initiatique
« J’étais un jeune Persan et je vivais à Ispahan, dans un village appelé Jiyân, où mon père était le chef et le citoyen le plus fortuné, occupant une position éminente parmi les siens. Dès ma naissance, il me porta un amour exceptionnel. Cette affection n’a cessé de grandir avec le temps, au point que mon père décida de me garder enfermé à la maison par crainte pour moi, comme on le faisait alors pour les jeunes filles.
Je progressais dans le mazdéisme au point d’être chargé seul de l’entretien du feu que nous adorions, veillant à raviver sa flamme afin qu’elle reste allumée jour et nuit. Mon père possédait un vaste domaine qui nous procurait des récoltes abondantes et dont il s’occupait sans relâche. Un jour, retenu par certaines affaires, il ne put s’y rendre et me dit : “Ô mon fils ! Comme tu le vois, je suis très occupé et je ne peux aujourd’hui me rendre au domaine. Va donc à ma place et prends-en soin.” Je partis alors m’en acquitter.
En chemin, je passai devant un édifice consacré au culte des chrétiens et j’entendis les voix qui s’en élevaient pendant leur prière. Je ne connaissais rien au christianisme, car j’avais toujours été enfermé chez moi, mais je m’arrêtai pour observer ce qu’ils faisaient. En les regardant prier, je fus impressionné et ressentis une profonde attirance pour leur religion. Je me dis alors : “Certes, cette religion est meilleure que la nôtre.” Je demeurai auprès d’eux jusqu’au coucher du soleil, désobéissant ainsi à mon père. Je leur demandai : “Quelle est l’origine de cette religion ?” — “Elle vient d’Ach-Châm (Grande Syrie)”, me répondirent-ils.
Séjour auprès des moines en Syrie
À la tombée de la nuit, je rentrai chez moi. Mon père me demanda alors ce que j’avais fait. Je lui répondis : “Ô mon père ! Je suis passé près de gens qui priaient dans leur église, et leur religion m’a émerveillé. Je suis resté avec eux jusqu’au coucher du soleil.” Troublé, mon père s’exclama : “Ô mon fils ! Ta religion, celle de tes ancêtres, est meilleure que cette foi qui ne renferme aucun bien.” Je répliquai : “Non, leur religion est certainement supérieure à la nôtre.” Craignant que je n’abandonne sa religion, mon père me fit alors enchaîner les pieds et m’enferma dans sa maison.
Enfermé, je saisis alors une occasion pour faire parvenir ce message aux Nazaréens : “Lorsqu’une caravane se dirigera vers Ach-Châm, veuillez m’en informer.” Peu de temps après, l’opportunité se présenta. Je parvins à me libérer de mes chaînes et quittai la maison en leur compagnie après m’être déguisé. Une fois arrivé au Châm, je demandai : “Qui est l’homme le plus savant dans cette religion ?” — “L’archevêque qui dirige l’église”, me répondirent-ils.
Au fil de ses séjours auprès de moines et de figures religieuses chrétiennes, il apprit d’eux l’annonce de la venue du dernier Prophète ﷺ et les signes qui accompagneraient son avènement. Salman rapporte la suite de son récit en ces termes :
Je me rendis auprès de cet homme [le moine] et lui racontai toute mon histoire. — “Reste donc chez moi”, me dit-il. Je demeurai ainsi auprès de lui et constatai qu’il était un homme vertueux, à l’image de ses compagnons disparus. Grâce à lui, je pus acquérir des biens, possédant quelques vaches et du butin. Le temps passa, puis vint l’instant de sa mort. Je lui dis alors : “Vous connaissez toute mon histoire, à qui me recommandez-vous désormais et que m’ordonnez-vous de faire ?”
Il répondit : “Ô mon fils ! Je ne connais plus personne sur cette terre qui soit encore fermement attaché à notre voie. Toutefois, le temps de l’avènement d’un Prophète est proche. Il apparaîtra sur la terre des Arabes, prêchera la religion d’Abraham et émigrera vers une contrée couverte de palmiers. Il sera reconnaissable à des signes évidents : il accepte le présent qu’on lui offre, mais ne consomme pas l’aumône, et entre ses épaules se trouve le sceau de la prophétie. Efforce-toi donc de rejoindre ce pays.” Après ces paroles, il rendit son dernier souffle. Quant à moi, je demeurai encore quelque temps à ʿAmûriyya. »
En quête du Prophète au pays des Arabes
Salman poursuivit son récit : « Un jour, un groupe de marchands arabes appartenant à la tribu de Kalb passa par ʿAmûriyya. Je leur proposai alors de m’emmener avec eux vers le pays des Arabes, en échange de ma vache et de ma part du butin. Ils acceptèrent, et je leur cédai toutes mes possessions. Mais une fois arrivés à Wâdî al-Qurâ, ils me trahirent, me vendirent à un homme juif, et j’entrai ainsi à son service.
Peu après, l’un de ses cousins, issu des Banû Quraydha, vint lui rendre visite. Il m’acheta à son tour et m’emmena avec lui à Yathrîb. Là, je vis les palmeraies dont m’avait parlé le moine de ʿAmûriyya, et je reconnus Médine à travers la description qu’il m’en avait faite. Je m’y installai donc auprès de mon nouveau maître. Lorsque le Prophète ﷺ entra à Yathrîb, je me trouvais au sommet d’un palmier appartenant à mon maître, occupé à accomplir une tâche, tandis que celui-ci était assis à son pied.
À ce moment-là, l’un de ses cousins arriva et lui dit : “Qu’Allah fasse périr les Banû Qîla ! Ils sont à Qubâ’, entourant un homme venu aujourd’hui de La Mecque et qui prétend être un prophète.” Dès que j’entendis ces paroles, je fus saisi d’un tremblement violent et tellement agité que je craignis de perdre l’équilibre. Je descendis aussitôt du palmier en disant à l’homme : “Que venez-vous de dire ? Répétez-moi donc cette nouvelle.” Mon maître, pris de colère, me frappa en s’écriant : “Pourquoi te mêles-tu de ce qui ne te regarde pas ? Retourne immédiatement à ton travail !”
La confirmation des signes de la Prophétie
Le soir même, je pris quelques dattes parmi celles que j’avais cueillies et me rendis à l’endroit où l’on accueillait le Prophète. En arrivant auprès de lui, je dis : “J’ai entendu dire que vous étiez un homme vertueux et que vous aviez auprès de vous des compagnons pauvres et étrangers. Voici quelque chose que j’avais réservé pour l’aumône, et je pense que vous la méritez« . Après que je les eus données, il dit à ses Compagnons : “Mangez !” tandis que lui-même s’abstint d’en consommer. Je me dis alors : “Voici l’un des signes« .
Je repartis ensuite et ramassai de nouveau quelques dattes. Lorsque le Prophète quitta Qubâ’ pour s’installer à Médine, je vins le voir et lui dis : “J’ai remarqué que vous ne consommez pas l’aumône ; voici donc un présent que je vous offre avec respect.” Il en mangea alors et invita ses Compagnons à en partager avec lui. Je me dis : “Voici le second des signes.” Un autre jour, je me rendis auprès du Prophète alors qu’il se trouvait à al-Baqîʿ, occupé à enterrer l’un de ses Compagnons.
Je le vis assis, vêtu d’une pèlerine. Je le saluai, puis me déplaçai afin d’observer son dos, cherchant le sceau que m’avait décrit le moine de ʿAmûriyya. Lorsque le Prophète remarqua mon insistance, il comprit mon intention, ôta sa pèlerine et me découvrit son dos. Dès que je reconnus le sceau de la prophétie, je me jetai sur lui, l’embrassai et me mis à pleurer. Le Prophète dit alors : “Qu’est-ce qu’il vous prend ?!”. Je me mis à lui raconter toute mon histoire, ce qu’il accueillit avec admiration. Il m’ordonna ensuite, avec joie, de relater mon parcours à ses Compagnons, qui en furent émerveillés. »
L’aide des Compagnons pour l’affranchissement de Salman
Lorsqu’il reconnut chez le Prophète ﷺ l’accomplissement de tous les signes que ses maîtres chrétiens lui avaient décrits, Salman prononça directement l’attestation de foi — la Chahada. Cependant, son état de servitude l’empêchait de disposer librement de lui-même. Le Prophète l’aida donc à obtenir son affranchissement et lui demanda d’établir un contrat avec son maître. Salman conclut alors un accord selon lequel il devait planter trois cents jeunes palmiers et verser quarante onces d’or en échange de sa liberté. Dans un récit rapporté (athar), Salman relate lui-même cet événement :
« Le Prophète demanda à ses Compagnons : “Aidez votre frère”, et ils se mirent tous à m’assister : l’un donna trente pousses, un autre vingt, un autre encore quinze, jusqu’à ce que nous réunissions les trois cents nécessaires. Puis le Messager d’Allah ﷺ me dit : “Va creuser les trois cents trous, et lorsque tu auras terminé, viens me voir afin que je les plante de mes propres mains.” »
Salman poursuit : « J’ai ainsi réglé une partie de mon affranchissement avec les palmiers, mais il restait encore la somme d’argent. Le Prophète ﷺ m’apporta alors une pièce d’or de la taille d’un œuf de poule, provenant du butin d’une bataille, et me dit d’aller m’acquitter du reste de ma dette. Je me rendis donc auprès de mon maître, la pièce fut pesée et elle dépassait les quarante onces. C’est ainsi que je fus affranchi de l’esclavage et que je redevins un homme libre. »
Son rôle déterminant dans la bataille du Fossé
Une fois libéré, Salman participa à toutes les batailles qui eurent lieu par la suite aux côtés du Prophète ﷺ. Lors de la bataille du Fossé (Al-Khandaq), en 627, il joua un rôle déterminant. Sa connaissance des techniques militaires perses et byzantines s’avéra particulièrement précieuse lorsque les forces ennemies assiégèrent Médine. Salman proposa ainsi au Prophète ﷺ de faire creuser une large tranchée autour de la ville afin d’en assurer la protection.
Les musulmans de Médine, très inférieurs en nombre face aux tribus coalisées, acceptèrent cette stratégie et entreprirent de creuser une tranchée au nord de la cité, empêchant ainsi la cavalerie ennemie d’y pénétrer et les contraignant à se limiter à des échanges à distance. Les Compagnons se mirent donc à l’ouvrage pour creuser les tranchées et dissuader toute attaque directe. Le Messager de Dieu ﷺ participa lui-même aux travaux.
Au cours du creusement, certains Compagnons rencontrèrent une roche massive et extrêmement dure qui les empêchait de continuer. Ils tentèrent de la briser, mais sans succès tant elle était solide. Salman se rendit alors auprès du Prophète pour lui demander l’autorisation de contourner cet obstacle un peu plus loin. L’Envoyé de Dieu ﷺ revint avec Salman à l’endroit concerné et observa la roche. Il demanda ensuite qu’on lui apporte une pioche et recommanda aux Compagnons de s’éloigner.
Il frappa une première fois et une étincelle apparut. Il frappa une deuxième fois et une seconde étincelle jaillit. Puis il frappa une troisième fois et une troisième étincelle surgit. Il dit alors à Salman : « Ô Salman, as-tu vu ces étincelles ? » Salman répondit : « Oui, ô Prophète, je les ai bien vues. » Le Prophète ﷺ déclara alors : « La première étincelle m’a montré une vision dans laquelle Allah m’a ouvert le Yémen. Avec la deuxième étincelle, Allah m’a ouvert le Sham et al-Maghreb (l’Occident). Et avec la troisième, Allah m’a ouvert l’Orient. »
« Salman est l’un des nôtres, un Ahl al-Bayt »
La stratégie militaire proposée par Salman se révéla extrêmement efficace, car elle neutralisa totalement la supériorité numérique des envahisseurs. Ceux-ci furent contraints d’assiéger Médine pendant près de trois semaines sans parvenir à leurs fins, avant de rebrousser chemin. Cette bataille demeure l’une des plus mémorables de l’histoire de l’Islam.
Lorsque la tranchée fut achevée, aussi bien les Ansâr que les Mouhâjirîn affirmèrent que Salman faisait partie des leurs. Le Prophète ﷺ déclara alors : « Salman n’est ni un Ansar ni un Mouhajir, mais il est l’un des nôtres, Ahl al-Bayt » (les gens de la Maison). Après la bataille de Khandaq, les musulmans se rendirent à Taïf, dont les habitants s’étaient retranchés derrière des murailles. Salman aurait alors proposé et mis en œuvre l’utilisation de catapultes pour briser les murs, ce qui permit finalement la conquête de Taïf.
Après le décès du Prophète ﷺ, Salman al-Fârisî poursuivit inlassablement son œuvre au service de la diffusion de l’Islam. Il voyagea à travers de nombreuses contrées, transmettant le message divin et enseignant les fondements de la religion aux populations qu’il rencontrait. Il fut notamment envoyé en Perse par le calife ‘Omar ibn al-Khattab afin d’y propager la foi islamique.
La gouvernance de Salman sous le califat d’Omar
Grâce à sa parfaite connaissance de la langue et des usages persans, il réussit à amener un grand nombre de Perses à embrasser l’Islam et à établir une présence musulmane durable dans cette région. ‘Omar lui proposa même d’assumer la charge de gouverneur d’Al-Madyan, une province de Perse qu’il connaissait intimement. Toutefois, cette fonction officielle ne séduisait guère Salman, qui nourrissait une profonde aversion pour les richesses et les attraits de ce bas monde. Il déclina donc cette proposition.
Cependant, ‘Omar ne souhaitait confier la gouvernance qu’à des hommes dignes de confiance et d’intégrité. Il insista alors pour que Salman accepte cette responsabilité. Durant son mandat, il est rapporté que le traitement de Salman s’élevait à cinq mille dirhams, mais qu’il n’en conservait rien, préférant vivre du fruit de son propre travail.
Mieux encore, on rapporte qu’on le voyait s’adresser à près de trente mille personnes, assis sur la moitié d’un simple drap et utilisant l’autre moitié comme vêtement. Il avait pour habitude d’acheter de la viande et du poisson, puis d’inviter les malades à partager son repas. Il ne possédait pas de demeure attitrée et ne souhaitait nullement s’attacher aux biens de ce monde. Même lorsqu’une maison lui fut construite, elle demeura extrêmement modeste, petite et dépourvue de tout luxe.
La mort de Salmân al-Fârisî est estimée entre l’an 33 et l’an 36 de l’Hégire. En l’absence de sources historiques précises indiquant son année de naissance ou la durée exacte de sa longue quête de la vérité, les historiens ont divergé quant à l’âge qu’il atteignit. L’imam Adh-Dhahabî, après l’étude des évènements majeurs de sa vie, a estimé qu’il aurait vécu environ 80 années. Salmân al-Fârisî décéda sous le califat de ‘Uthmân ibn ‘Affân.
La profonde estime du Prophète ﷺ pour Salmân Al Fârisî
Salmân était reconnu pour l’étendue de son savoir. Dans sa quête sincère de la vérité, il connut trois religions et fréquenta d’éminents savants chrétiens. Cette expérience unique lui permit de devenir l’un des Compagnons les plus érudits concernant les subtilités des anciens Livres révélés. Il avait une profonde amitié avec le Compagnon Abû ad-Dardâ’, avec qui il entretenait un lien de fraternité établi par le Prophète ﷺ.
À leur sujet, un récit rapporte que Salmân rendit un jour visite à Abû ad-Dardâ’ et trouva Umm ad-Dardâ’ (son épouse) vêtue d’habits simples et usés. Il lui demanda alors la raison de cet état. Elle répondit : « Ton frère Abû ad-Dardâ’ ne s’intéresse guère aux biens et au luxe de ce monde ». Peu après, Abû ad-Dardâ’ arriva et prépara un repas pour Salmân. Ce dernier l’invita à manger avec lui, mais Abû ad-Dardâ’ refusa, expliquant qu’il jeûnait. Salmân déclara alors : « Je ne mangerai pas tant que tu ne mangeras pas avec moi ». Abû ad-Dardâ’ accepta donc de rompre son jeûne et mangea avec lui.
Lorsque la nuit tomba et qu’une partie de celle-ci s’écoula, Abû ad-Dardâ’ se leva pour accomplir la prière nocturne, mais Salmân lui dit de dormir, ce qu’il fit. Après un moment, Abû ad-Dardâ’ tenta de se lever à nouveau, mais Salmân lui demanda encore de se reposer. Aux dernières heures de la nuit, Salmân lui dit enfin de se lever, et tous deux accomplirent alors la prière. Salmân déclara ensuite à Abû ad-Dardâ’ : « Ton Seigneur a un droit sur toi, ton âme a un droit sur toi et ta famille a un droit sur toi ». Plus tard, Abû ad-Dardâ’ rapporta cet épisode au Prophète ﷺ, qui s’exclama : « Salmân a dit la vérité ».
De nombreux hadiths authentiques témoignent de l’estime et de l’affection profondes que portait le Messager de l’Islam ﷺ à Salmân al-Fârisî. Dans l’un d’eux, le Prophète ﷺ déclara : « Le Paradis aspire à trois personnes : ‘Alî, ‘Ammâr et Salmân ». Dans un autre hadith, le Prophète ﷺ affirma : « Allah m’a ordonné d’aimer quatre personnes, car Lui-même les aime », on lui demanda alors : « Et qui sont ces quatre personnes ? » Il répondit : « ‘Alî, Miqdâd, Salmân et Abû Dharr ».