Le Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE) a publié son rapport annuel 2025 consacré à l’islamophobie en Europe. Entre analyse du phénomène à l’échelle européenne, données chiffrées, cartographies et recommandations adressées aux institutions internationales, la rédaction de Mizane info en a retenu les principaux enseignements.
Le rapport annuel du CCIE sur l’islamophobie en Europe vient d’être publié. Il met en lumière une réalité jugée incontestable : l’islamophobie constitue désormais « un phénomène structurel, inscrit au cœur des transformations contemporaines des États européens ». Par cette étude, le collectif explique poursuivre un double objectif : dégager des tendances communes à l’échelle européenne afin d’établir un état des lieux et formuler des recommandations en faveur d’une égalité réelle.
Activités et chiffres du CCIE en 2025
En introduction, le CCIE rappelle que l’islamophobie est devenue une réalité mortelle, évoquant l’assassinat d’Aboubakar Cissé en avril 2025. « Les violences antimusulmanes ne se limitent pas à des discours, mais peuvent mener à des meurtres, soulignant l’urgence d’une reconnaissance institutionnelle », indique le rapport.
Selon l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA), seuls 6 % des faits seraient signalés. En 2025, le CCIE a enregistré 876 signalements, dont 85 % en France : 686 discriminations, 316 provocations à la haine, 229 diffamations, 153 injures et 178 agressions physiques. Des mesures liées à la lutte contre la « radicalisation » et le « séparatisme » sont également recensées (dissolutions, gels d’avoirs, fermetures administratives). Les femmes représentent 80 % des victimes, dont 41 % en lien avec le port du voile.
Le CCIE a participé à 28 événements européens et contribué à la création d’EQUITAS. Concernant la haine en ligne, 14 899 598 publications (2017-2026) ont été analysées, dont 2 472 514 (16,6 %) jugées « toxiques ». 72 % proviennent de Twitter, 21 % de YouTube, 3 % de TikTok ; 52 % sont en anglais, 16 % en arabe, 10 % en français. La dimension religieuse apparaît dans 81 % des contenus toxiques et 37 % comportent une violence explicite.
📢 Le Collectif contre l'islamophobie en Europe publie son nouveau rapport annuel.
— CCIE (@CCIEurope) February 16, 2026
Un travail rigoureux pour documenter les discriminations et les actes de haine visant les musulmans, analyser les tendances et établir des faits essentiels au débat public. pic.twitter.com/Rabn43yqkw
Le cas particulier de la France
En 2025, la France apparaît comme un cas particulier où l’islamophobie s’inscrit dans une dynamique de rétrécissement de l’espace civique, touchant directement les organisations musulmanes et les acteurs associatifs engagés dans la défense des droits. Le phénomène dépasse les simples discours stigmatisants ou les discriminations sociales : il se manifeste aussi par un recours accru à des instruments juridiques et administratifs destinés à restreindre ou dissoudre des associations musulmanes.
Cette réduction de l’espace civique s’accompagne d’une forme de criminalisation diffuse de l’engagement associatif musulman. Des actions telles que la défense des droits, la solidarité communautaire, le plaidoyer antiraciste ou encore la critique des politiques publiques sont régulièrement disqualifiées, voire pénalisées, au nom du « communautarisme » ou d’un projet « séparatiste », parfois même qualifié d’“entriste”, supposé menacer la nation de l’intérieur.
Le cas français illustre ainsi de manière emblématique l’articulation entre islamophobie institutionnelle et restriction de l’espace civique, où la lutte contre le terrorisme et la défense des valeurs républicaines servent de justification à des limitations durables des libertés associatives et politiques
Le rapport 2025 du CCIE est en ligne !
— CCIE (@CCIEurope) February 19, 2026
📢 Ce rapport doit être lu, mais surtout diffusé.
Partagez-le largement autour de vous afin de rendre visibles des réalités encore trop souvent minimisées.
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Analyse comparative en Europe
L’islamophobie en Europe se manifeste sous diverses formes, allant de la répression légale à la stigmatisation sociale. Les réponses institutionnelles doivent être renforcées pour faire face à cette dynamique croissante et protéger les droits fondamentaux des musulmans. Le rapport évoque l’évolution de l’islamophobie en Autriche, en Belgique, en Espagne, au Pays-Bas, en Finlande, au Royaume-Uni, en Irlande, en Suisse et en Suède.
L’analyse comparative présentée dans le rapport fait ressortir une réalité désormais difficilement contestable : l’islamophobie en Europe ne relève ni d’excès marginaux ni d’une addition de situations nationales isolées, mais bien d’un phénomène structurel, inscrit au cœur des mutations contemporaines des États européens et de leurs imaginaires politiques, marqués par la montée de rhétoriques nationalistes d’extrême droite. Les femmes musulmanes apparaissent particulièrement exposées, et la lutte contre l’islamophobie est appelée à devenir un enjeu démocratique majeur.
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Les recommandations du CCIE
En conclusion, le CCIE formule huit recommandations à l’attention des institutions européennes,notamment de reconnaître explicitement l’islamophobie comme racisme spécifique, d’évaluer les politiques sécuritaires, d’améliorer la collecte de données, de protéger les libertés fondamentales et d’intégrer la dimension de genre, tout en considérant l’islamophobie comme un indicateur de fragilisation de l’État de droit.