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« Palestine 36 », une fresque historique entre mémoire et résistance 

À l’affiche depuis le 14 janvier en France, le nouveau film de la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir revient sur les événements tragiques ayant précédé la révolte palestinienne de 1936-1939 contre la colonisation britannique, en mettant en lumière un épisode méconnu mais fondateur de l’histoire de la Palestine. 

Sur l’affiche du long-métrage, projeté dans les salles françaises depuis mercredi, une phrase donne immédiatement le ton : « 1936, la grande révolte arabe contre l’empire colonial britannique ». Cette fresque historique, intitulée Palestine 36, est l’œuvre de la cinéaste palestinienne Annemarie Jacir, née à Bethléem en 1974. 

Une étape marquante dans l’histoire du cinéma au Moyen-Orient 

Les films palestiniens ou arabes consacrés à l’histoire de la Palestine restent rares. Sur grand écran, le récit est le plus souvent raconté depuis un point de vue occidental. À ce titre, Palestine 36 s’impose déjà comme une étape marquante dans l’histoire du cinéma au Moyen-Orient. 

Mêlant fiction et images d’archives, Annemarie Jacir replonge le spectateur en Palestine en 1936, au moment où débute la grande révolte arabe contre le mandat britannique. Le pays est alors administré par Londres depuis la fin de la Première Guerre mondiale. L’arrivée croissante de colons juifs, fuyant la montée du nazisme et de l’antisémitisme en Europe, coïncide avec la dépossession progressive des terres palestiniennes. De cette situation naissent les germes de la révolte de 1936-1939, brutalement écrasée par les autorités britanniques. 

« Je ne voulais pas faire un film d’exilée » 

« C’est le film le plus ambitieux jamais réalisé en Palestine, parce que des décorateurs aux créateurs de costumes, en passant par les accessoiristes, nous sommes tous Palestiniens. Nous avons passé plus d’un an à préparer le tournage », explique la réalisatrice. L’équipe avait sélectionné des dizaines de lieux en Palestine, allant jusqu’à restaurer un village entier près de Salfit.  

« On devait commencer à tourner le 14 octobre 2023, mais après les événements du 7 octobre 2023, nous avons tout perdu », confie Annemarie Jacir. « Il est devenu trop dangereux de tourner dans ce village. Des colons juifs se sont installés sur les terres. » Dans ce contexte, elle dit avoir ressenti l’impossibilité de partager sa détresse, le cinéma lui paraissant dérisoire face au drame vécu à Gaza. 

Le tournage a finalement été déplacé dans le nord de la Jordanie. « On est repartis à zéro en filmant dans un autre village, raconte-t-elle, mais j’ai insisté pour qu’on revienne en Palestine, filmer à Jérusalem, à Bethléem. Nous luttons pour ne pas devenir des réfugiés. Je ne voulais pas faire un film d’exilée. » En novembre 2024, l’équipe est parvenue à retourner en Palestine pour achever le film. « Ça a été un grand moment, à la fois heureux et doux-amer parce qu’on était au milieu d’un génocide », confie-t-elle. 

Affiche du film

Un pont entre la révolte de 1936 et le génocide actuel à Gaza 

Le récit du long métrage se concentre plus précisément sur la vie de villageois ordinaires — et fictifs — sous le mandat britannique en Palestine entre 1922 et 1948, alors que l’afflux de colons juifs s’intensifie. Un père paysan tente de protéger sa terre et les siens. Son épouse s’efforce de préserver l’unité familiale. Leur fils adolescent est tiraillé entre le désir d’une existence normale et l’appel de la lutte, alors que la contestation palestinienne contre l’immigration juive débouche sur la grande révolte arabe de 1936-1939, réprimée par les Britanniques. 

Pour la critique palestinienne Ola Al-Sheikh, « regarder ce film n’est donc pas seulement un acte culturel. Il constitue également un pont entre la grande révolte de 1936 et le sang qui coule actuellement à Gaza, entre deux époques, celle du passé avec une mémoire qui refuse d’être oubliée, et celle du présent d’un peuple qui refuse d’être effacé ». 

Présenté dans plusieurs festivals internationaux de premier plan, le film est présélectionné pour représenter la Palestine aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international. La liste définitive des nommés sera connue le 22 janvier. 

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