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20/09/2019
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Muhammad, sceau des Prophètes 2/2

Seconde partie du texte de Mustafa Cherif consacré à la vie du Prophète Muhammad. L’islamologue y aborde les exigences propres à l’établissement d’une société pieuse, juste, fondée sur Dieu et sur la fraternité des Hommes.

 Le Prophète est l’homme universel, total. Il nous éduque à vivre de manière équilibrée, ne négligeant aucun aspect. Suivre le Prophète pour élever la condition humaine, purifier son cœur et se connaître, permet de connaître notre Seigneur. Il éduque à une éthique plénière, à une discipline totale de l’être et non de l’avoir. Loi, vérité, et voie tous ensemble. Il appelle à respecter notre nature afin d’élever la condition humaine de manière juste et harmonieuse. En islam, le Prophète, (sws), descendant d’Abraham, réunit en lui les qualités de tous les autres envoyés. Homme excellent, total, il réfutait toutes les idoles, tous les déséquilibres, tous les extrémismes, toutes les exclusions et injustices et tous les désordres. Dieu nous demande de suivre son enseignement : « Prenez ce que le Messager vous octroie ; et ce qu’il vous interdit abstenez-vous en » (Le fer,7). La faiblesse de la oumma (communauté musulmane, ndlr) actuelle est la relation entre l’état et la société et entre la oumma et le reste de l’humanité. Dans un monde qui sombre dans l’injustice et la violence, le Prophète demande de fortifier l’Etat et d’être à l’écoute de la société. Il n’opposait pas l’Etat et la société, ni les musulmans et le reste du monde. Il demande de vivre en harmonie, de participer à la vie de la Cité, de respecter les libertés fondamentales et de témoigner par une parole de bien et de paix dans la vérité : « Ô croyants ! Craignez Dieu et dites des choses conformes à la vérité, afin qu’Il rende vos œuvres plus méritoires et absolve vos fautes. Quiconque obéit à Dieu et à Son Prophète obtiendra un immense succès. » (Les Coalisés, 33-70)

Forger une société juste et pieuse

Dans la gestion des affaires de la Cité, le Prophète consultait, il s’appuyait sur ses compagnons et toutes les compétences, il tirait des leçons de ses expériences. Deux actes historiques du Prophète, la Constitution de Médine qu’il a mis en place et son discours d’Adieu à Arafat, fondent l’État de droit, le lien citoyen et la bonne gouvernance, afin que les extrémistes de tous bords ne perturbent pas le vivre ensemble. Le Prophète refuse tout à la fois le despotisme et l’anarchie. Comme le proclame le saint Coran, il n’est point un oppresseur, mais un avertisseur, un modèle de vie universel pour forger une société juste et pieuse. Sa méthode vise le bien commun. Le Prophète disait : « Le musulman (al-muslim) est celui qui ne porte pas atteinte à autrui avec sa langue et sa main ; le croyant (al-mu’min) est celui auquel les gens font confiance à l’égard de leur vie et leurs biens et le bel-agissant (muhsine) est celui qui quand on le voit on pense à Dieu. » Al iman la foi et al amane sont liés.

Aujourd’hui la oumma, ensemble spirituel, est divisée, perturbée par des problèmes multiples. Par le dialogue vigilant, la foi réfléchie et le savoir bénéfique, sur la voie du Prophète de la miséricorde, nous pouvons retrouver notre juste place dans le monde

Le Prophète était par excellence l’homme de parole, fidèle à ses engagements et promesses. Un homme sûr, al amine. C’est une condition de la bonne gouvernance. Il défendait la sacralité de la vie : « Quiconque tue une personne non coupable de meurtre ou de dépravation, c’est comme s’il avait tué tout le genre humain. Quiconque sauve une personne, c’est comme s’il faisait le don de sa vie à toute l’humanité » (Le Voyage nocturne, 33).

De la légitime défense à la liberté de conscience

Et en dernier recours, selon des conditions humanitaires et écologiques strictes, le droit légitime de se défendre est autorisé, afin de ne pas favoriser le rapport du loup et de l’agneau, d’empêcher que la violence dégénère et de permettre la survivance de la religion : « Si Dieu ne repoussait pas certains hommes en leur opposant d’autres hommes, des monastères seraient détruits, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le Nom de Dieu est invoqué » (Le pèlerinage, 39). Il tenait compte de la réalité et demandait à ce qu’on prenne en considération la diversité du monde, le niveau et la perception des personnes et des peuples à qui on s’adresse. « Nulle contrainte en religion ». Conformément à l’ordre divin, il respectait la liberté de conscience : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est- ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? »  (Yunus, 99). Aujourd’hui la oumma, ensemble spirituel, est divisée, perturbée par des problèmes multiples. Par le dialogue vigilant, la foi réfléchie et le savoir bénéfique, sur la voie du Prophète de la miséricorde, nous pouvons retrouver notre juste place dans le monde : « Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns et les autres par les bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu, il vous éclairera au sujet de vos différends » (L’ouverture, 5).

Le Dieu unique, l’unité des musulmans et la fraternité humaine 

La voie mohammadienne incite au souvenir de l’essentiel : le Dieu unique, l’unité des musulmans et la fraternité humaine : « Les croyants sont des frères. Réconciliez donc vos frères et craignez Dieu, afin de mériter Sa miséricorde » (Les appartements, 10). Le Prophète enseigne que le croyant, pour honorer la vie et la religion, doit respecter le droit à la différence, se tenir éloigné des divisions et du désespoir. Il recommande au croyant, fort de sa foi confiante et sereine, d’être utile à sa patrie, à sa communauté et à l’humanité. Le sceau des envoyés enseigne la méthode du dialogue sage et civilisé pour réussir le vivre ensemble, en fidélité à la révélation : « Appelle à la Voie de ton Seigneur avec sagesse et par de persuasives exhortations. Sois modéré dans ta discussion avec eux. Du reste, c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’écarte de Sa Voie, comme Il connaît le mieux ceux qui sont bien guidés » (Les abeilles 16.125). Le Prophète a permis à de nombreux peuples de s’unifier, de s’humaniser, de donner des fruits, en résistant aux extrêmes de tous bords, par le bel agir, et en contribuant au vivre ensemble national et mondial, citoyens du juste milieu, spirituellement conscients.

Sur le même sujet, lire : 

« Muhammad », Ibn Ishaq

« Muhammad, l´envoyé de Dieu », Etienne Dinet