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11/12/2019
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Lutte contre l’islamophobie : de quoi parlons-nous ?

Faouzia Zebdi-Ghorab avec Omar Mazri. 

En 2012, une table ronde réunissait de nombreux acteurs antiracistes sur la question de la lutte contre l’islamophobie à la Maison de la fraternité. Près de huit ans après, Faouzia Zebdi-Ghorab, initiatrice de l’événement, soulève quelques interrogations sur la stratégie à adopter. Comment lutter efficacement contre l’islamophobie et dans quel but ? Une tribune publiée par Mizane.info.

Il y a presque 8 ans maintenant, j’initiais avec Mr Omar Mazri la première table ronde sur l’islamophobie. C’était le 13 mai 2012.

Certains de mes invités apparaissent sur la photo : Adam Ouadah, Ismail Mounir, Jamel el Hamri, Pierre Dortiguier, Nourredine Aoussat et Youssef Girard.

Et d’autres que l’on ne voit pas sur la photo : Almamy Kanoute, Demba Sokhana, Ibrahim Tangara, René Naba, Smain Bedrouni, Youssef Boussoumah, Lila Charef, Jacob Cohen et Ahmed Khelifi qui nous a quittés en 2015 (Rahimahullah).

Almamy Kanouté (à gauche) avec Nourredine Aoussat.

Je ne parlerai pas ici des personnes qui ont refusé l’invitation, et d’autres qui se sont excusées de ne pouvoir venir.

J’en profite par ailleurs pour saluer le public qui nous avait suivis, essentiellement féminin d’ailleurs.

Mon ami Pierre Dortiguier avait apporté une juste conclusion à cette journée :  au profit de qui joue cette terreur antislamique ?

Poser la question est déjà voir germer la réponse, et la conférence «de Nanterre a été cet effort d’intelligence. »

Restaurer la « reconnaissance » de l’Islam et pour cela restaurer l’homme musulman et dans le contexte actuel l’homme tout court.

Commencer par le commencement.

Remettre du sens dans les luttes

Ou plutôt intégrer la « lutte contre l’islamophobie » dans un travail plus large de lutte contre un rationalisme fascisant qui nous aliène, nous mutile et transforme nos vies en gestes mécaniques et nos discours en invectives creuses.

La question préliminaire n’est pas de savoir comment nous allons lutter contre ces discours et ces postures islamophobes qui sont le fait d’individus dont les voix sont amplifiées par la plateforme des médias faiseurs d’opinions.

La question est d’abord celle du pourquoi ? Pourquoi et contre quoi devons-nous lutter ?

Pour restaurer l’image authentique de l’Islam ! Très bien.

Il est impossible de justifier l’injustifiable sinon en se cachant derrière des pseudos théorie, hier la « supériorité » de certaines races sur d’autres, aujourd’hui la « barbarie » de certaines pratiques ou croyances par rapport à d’autres.

Auquel cas de quelle expérience humaine devons-nous partir ? Ou plutôt de quel postulat aurait dit Roger Garaudy.

Tout musulman considère que la vie a un sens et par là même la mort. Très bien.

Mais alors de quelles expériences devons-nous partir pour redonner du sens à ce qui n’en a plus dans de nombreux domaines ?

Pierre Dortiguier (à droite) avec Ismail Mounir (au centre) et Youssef Girard.

 

Or, si l’on accepte que tout parte en vrille y compris des certitudes que nous tenions pour acquises depuis des générations, il est certain que la lutte contre l’islamophobie parait futile, voire dérisoire.

Ne plus reprendre à notre compte tout ce qui au fil des derniers siècles a mené au désastre humain auquel nous assistons, pour ceux bien sûr qui ont décidé de regarder par-delà les apparences de la gabegie technologique.

L’islam IKEAisé ou les rites, l’art, la poésie, les commémorations, sont devenus folklore antéislamique et donc égarement.

Un juridisme sec dépourvu d’âme, de couleur, de chaleur où le moindre épanchement est taxé d’égarement.

Tout se vaut donc plus rien n’est vraiment sacré.

Principe de discernement

C’est comme cela que je lis et comprends la lutte contre l’islamophobie :

-Sur un plan strictement politique en désignant précisément les bénéficiaires de ce « crime », et donc en ne noyant pas le poisson dans des débats sur l’islamophobie des Français.

-Sur un plan strictement islamique c’est-à-dire en dehors des luttes partisanes, des slogans, du brouhaha médiatique, d’une énième action spectaculaire, des institutions….

Sortir d’une religion du discours et du show pour entrer dans une ère afin que portés par notre foi nous contribuions à donner du sens à ce qui n’en a plus (fausses vies, faux loisirs, faux amis, fausse créativité [art contemporain] fausses idoles 1, etc…

 

Et enfin, pour raison garder dans ces moments troubles, il faut savoir qu’un démon en cache toujours un autre.

Ceux qui aujourd’hui prennent comme prétexte l’islam pour élaborer leur projet de zizanie se sont cachés jadis derrière la couleur de peau, la différence de culture, de langue, le degré de civilisation et de barbarie… etc.

Et hier comme aujourd’hui il est impossible de justifier l’injustifiable sinon en se cachant derrière des pseudos théorie, hier la « supériorité » de certaines races sur d’autres, aujourd’hui la « barbarie » de certaines pratiques ou croyances par rapport à d’autres.

Et tout ceci dans quel but ? That is the question, aurait dit notre indémontable Shakespeare.

Faouzia Zebdi-Ghorab

Notes :

1-Cf. Amr Khaled idole des jeunes musulmans, qui par ailleurs a pu produire de bonnes choses, a réalisé une vidéo sur Najet- Vallaud Belkacem qu’il décrit comme un modèle de réussite pour les musulmans !

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