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04/08/2021
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L’OPA de la grande distribution sur le bio

Les producteurs indépendants du bio ne représentent plus que 1000 magasins sur 3000 en France. Le reste a été englouti par la grande distribution qui impose ses standards.

Dans une tribune publiée sur Reporterre, Thomas Besnier, gérant d’un magasin bio indépendant présente une analyse synthétique des problèmes que rencontre la filière bio indépendante qui a fait l’objet d’une acquisition importe par la grande distribution.

Depuis 2015, ce marché a augmenté de 20 % chaque année, rappelle-t-il, ce qui a attiré l’attention et ouvert l’appétit de la grande distribution.

Sous couvert de rachat des petites enseignes indépendantes, la filière de la grande distribution a réussi à mettre progressivement la main sur me secteur du bio.

« Qu’il s’agisse d’Intermarché, devenu actionnaire des Comptoirs de la bio en 2018 ; de Carrefour, propriétaire, depuis 2018, de So.bio, chaîne régionale de magasins bio, de Greenweez, leader français de l’e-commerce bio, depuis 2016, et de Bio C’Bon, depuis novembre 2020 ; ou encore du Groupe Casino, propriétaire de l’enseigne Naturalia depuis 2008 », écrit-il sur Reporterre.

Une politique commerciale qui a des conséquences sur les valeurs du secteur tel qu’il fut conçu dans les années 1960, à savoir « la préservation de l’environnement (sols, biodiversité), l’attachement à la production saisonnière, le respect du droit du travail en vigueur, le développement d’une économie locale et solidaire favorisant le lien social plutôt que le profit ».

Sur le premier point, la délocalisation de la production internationale du bio génère de la pollution liée aux transports routiers.

Elle prive ce faisant les producteurs locaux de leur travail en créant des zones de concentrations de travailleurs immigrés parqués dans des serres comme à Almeria, au sud de l’Espagne, afin d’associer productivité industrielle et baisse des coûts.

Le résultat, poursuit Thomas Besnier, ce sont « surtout des monocultures qui participent à l’épuisement des sols, et un recours à une main-d’œuvre surexploitée ».

La grande distribution imposerait également ses standards de prix et de productivité industrielle aux producteurs indépendants, les contraignant, le cas échéant, à la fermeture.

La production locale de fruits et légumes est donc sacrifiée au détriment de la rentabilité capitaliste. Ce qui menace à terme toute la filiale indépendante !

« La grande distribution représente 55 % des débouchés des produits bio, contre 28 % pour les magasins bio spécialisés (dont 15 % de magasins indépendants), et 11 % pour la vente directe. La menace est grande pour le bio indépendant : en 2019, 53 magasins bio indépendants ont fermé leurs portes en France, ce qui représente 70 % des fermetures globales de magasins sur cette même période », estime M. Besnier.

Au-delà de ce constat négatif, des solutions restent possible.

A commencer par l’écriture et la diffusion d’une charte de « totale biodiversité » destinée à toute la chaîne du bio, du producteur au consommateur, et qui pourrait aider « les magasins à faire valoir une idée du bio exigeante ».

Cette charte se recentrerait sur les valeurs fondamentales du bio : la préservation de l’environnement (sols, biodiversité), l’attachement à la production saisonnière, le respect du droit du travail en vigueur, le développement d’une économie locale et solidaire favorisant le lien social plutôt que le profit.

Elle devrait favoriser, selon M. Besnier, « les variétés de fruits et légumes anciens, encourager des modes de production respectueux des équilibres naturels (l’agroforesterie, la permaculture…), et des pratiques sociales respectueuses du droit ».

L’un des enjeux est d’offrir au consommateur une gamme comportant 30 à 40 % de produits locaux.

Quelques marques indépendantes, comme Demeter, Nature et progrès, fourniraient le modèle à suivre à travers un cahier des charges sérieux.

« La mixité des cultures bio-conventionnel y est interdite (donc pas de traces d’OGM ni de pesticides) ; une zone de biodiversité (forêts, jachères ou prairies, permettant la conservation de la faune et de la flore) devant être égale à 10 % de la surface totale de l’exploitation est obligatoire ; et la prise en compte du bien-être animal (l’élevage hors-sol est interdit, la concentration d’animaux au mètre carré limitée). »

De quoi contribuer à refaire des enseignes bio des lieux éthiques mais aussi des espaces de convivialité humains.

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