C’est une première en France. Le cinéaste franco-libanais Ali Cherri et la Fédération internationale pour les droits humains ont déposé plainte à Paris, ce jeudi, contre X pour dénoncer un bombardement israélien sur un immeuble à Beyrouth, ayant causé la mort d’au moins sept civils, un acte pouvant être qualifié de crime de guerre.
L’artiste et cinéaste franco-libanais Ali Cherri a déposé ce jeudi, aux côtés de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), une plainte avec constitution de partie civile auprès du pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris. Déposée contre X, elle dénonce le bombardement par l’armée israélienne d’un bien à caractère civil, susceptible de constituer un crime de guerre.
« Mon devoir est de faire reconnaître ce crime de guerre commis par Israël »
L’artiste franco-libanais saisit la justice française dans l’espoir de voir ouverte une enquête pour « crime de guerre ». Le 26 novembre 2024, quelques heures avant l’entrée en vigueur d’un “cessez-le-feu”, l’appartement d’Ali Cherri a été visé par un bombardement de l’armée israélienne. Parmi les victimes figurent ses deux parents, Mahmoud Naim Cherri et Nadira Hayek, ainsi qu’une employée de maison, Birki Negesa.
Au total, sept civils, âgés de 77 à 87 ans, ont été tués dans l’attaque de cet immeuble de 12 étages, au centre de la capitale libanaise. S’appuyant sur les travaux de reconstitution numérique de l’organisation Forensic Architecture et sur la documentation d’Amnesty International, la plainte met en avant le caractère ciblé de la frappe et la responsabilité de l’armée israélienne.
« En tant que fils, citoyen et victime, mon devoir est de faire reconnaître ce crime de guerre commis par l’armée israélienne pour ce qu’il est, afin qu’il soit jugé, pour mes parents comme pour tous les civils tués ce jour-là. La justice ne peut pas réparer la mort, mais demander justice, c’est refuser que l’impunité mène à l’anéantissement d’autres vies », a déclaré Ali Cherri.
Ali Cherri, dont les parents ont été tué dans un bombardement israélien, a déposé plainte contre Israël pour crimes de guerre, auprès du tribunal judiciaire de #Paris, constituant ainsi la première procédure judiciaire ouverte sur les attaques israéliennes au #Liban. pic.twitter.com/cDpy33yQNm
— Nouvelle Aube – Yeni Şafak Français (@nouvelleaubefr) April 2, 2026
Une première en France
Si les juridictions françaises ne sont pas compétentes pour juger directement l’atteinte à la vie de ses parents, la double nationalité franco-libanaise d’Ali Cherri permet aux autorités judiciaires de se saisir du bombardement de l’appartement dont il était propriétaire.
Une telle procédure constituerait une première, souligne son avocate Me Clémence Bectarte : « À ce jour, aucune procédure judiciaire n’a été ouverte, ni au Liban, ni à l’étranger » concernant les attaques israéliennes menées au Liban entre octobre 2023 et novembre 2024.
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« La justice française doit s’assurer que ces crimes ne restent pas impunis »
Le 11 mars 2026, Mohamad Shehab, caméraman ayant filmé l’appartement des parents d’Ali Cherri pour Forensic Architecture, a été tué avec sa fille de trois ans lors d’une frappe israélienne visant leur domicile. Son épouse est actuellement dans un état critique. Cette attaque, survenue dans des circonstances similaires, illustre la poursuite et l’intensification des opérations militaires contre des civils au Liban.
« Ces attaques constituent une violation manifeste et répétée du droit international humanitaire, qui impose le respect du principe de distinction entre les objectifs militaires et les biens et populations civiles », affirme Clémence Bectarte. « La justice française doit s’assurer que ces crimes ne restent pas impunis et garantir la poursuite des auteurs, en particulier lorsque ses propres ressortissants en sont victimes ».
