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30/09/2022
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Les leçons de l’affaire Iquioussen : épisode 1, la chasse à l’homme

L’affaire Hassan Iquioussen, par son intensité, ses développements démentiels, ses multiples aspects et ce quelle annonce pour demain, est riche d’enseignements. Mizane.info vous présente, sous la plume de Fouad Bahri, une série consacrée à cette vaste affaire et aux nombreuses leçons qu’il faut en tirer. Episode 1 : la chasse à l’homme.

L’affaire Hassan Iquioussen n’a pas fini de marquer la conscience (islamique) française. Tant par la manière dont elle s’est déroulée que par les enseignements qu’elle nous prodigue.

Sur la manière d’abord. Un dispositif policier inédit, pour ce cas de figure. Un homme à la nationalité étrangère, expulsable sur décision administrative confirmée par la justice voit un esclandre de voitures policières débarquer chez lui, bloquer le quartier, filtrer le voisinage, interroger.

Une mise en scène déplorable s’en suit, orchestrée par des chaînes d’informations en continu, dont certaines, rappelons-le, relayent officiellement avec la participation active de chroniqueurs, de journalistes et de politiques, l’idéologie de l’extrême droite française. On parle de fuite, de traque. Les mots sont lâchés. Une chasse à l’homme est ouverte, alimentée par les commentaires du ministre de l’Intérieur à l’origine de toute cette affaire. Un scénario anxiogène mobilisé pour un homme jamais, pourtant, condamné par la justice.

Hassan Iquioussen.

Sauf que l’homme est introuvable. En prenant les devants, en échappant à l’arrestation sordide et humiliante que les forces de police lui réservaient, Hassan Iquioussen a semble-t-il génialement possédé ceux qui voulaient lui « faire la peau ».

Alors, privé de leur satisfaction, ses poursuivants ont décidé de monter d’un cran le niveau de pression. « Un mandat d’arrêt européen a été délivré par un juge d’instruction de Valenciennes (Nord) contre le prédicateur Hassan Iquioussen, considéré comme en fuite après la validation de son arrêté d’expulsion », pouvait-on lire ce matin dans le Figaro.

A la bonne heure, cette dernière procédure prouve une chose : le président de la République et son ministre ne souhaitaient pas expulser Hassan Iquioussen, auquel cas sa sortie du territoire français les auraient satisfaits. L’expulsion n’est que le moyen juridique d’un autre objectif : humilier un symbole, une fonction, figurativement mise à mort. Ce n’est pas le premier à subir cet acharnement et ce ne sera vraisemblablement pas le dernier.

Pour l’exécutif français, il s’agit clairement d’instiller un climat de peur afin de décourager les élites musulmanes à prendre publiquement la parole. Si vous le faites, vous serez dans le viseur. Voilà le message que le ministre a adressé aux mosquées qui avaient publié un communiqué de soutien.

Il est certain que toute cette affaire a provoqué un choc dans la communauté musulmane.

A lire également : Hassan Iquioussen, épisode 2 : islam politique, mode d’emploi

Comment un homme qui a toute sa vie appelé les musulmans de France à aimer leur pays, à ne pas s’exiler, à contribuer socialement, économiquement, culturellement et politiquement à son bien-être, peut-il être traqué et traité comme un terroriste ? Un homme considéré en fuite alors qu’il est déjà sorti du territoire français, exécutant de lui-même l’arrêté prononcé contre lui et de ce fait ne méritant pas ce qualificatif criminogène d’homme en fuite.

Cela ne compte pas. Plus rien ne compte. Ni la loi, ni le droit, et si la justice ne va pas dans le sens du ministre, on changera la loi, on défera le droit, pour l’emporter coûte que coûte car c’est tout ce qui compte. Nous reviendrons sur ce point juridique plus loin.

Alors oui, l’affaire Iquioussen est riche d’enseignements. Mais le plus important d’entre eux est incontestablement le suivant.

La question islamique, en France, est politique avant d’être religieuse. Il s’agit là d’un paradigme. Tout traitement du sujet « islam » qu’il soit religieux, juridique, médiatique (informationnel), historique, culturel, éthique, politique ou autre, est perçu, défini et identifié par l’opinion publique française comme un phénomène d’abord politique.

Cette perception n’est pas naturelle. En rien, elle ne relève d’une réception spontanée née d’un contact quotidien, d’une connaissance personnelle ou d’une expérience approfondie de la question. En tous points, ce paradigme est une construction par le haut. Une fabrique.

Jadis, ce paradigme s’exprimait avec plus de raffinement, de coloration intellectuelle, de références historiques. On pense volontiers à la période de certains écrits orientalistes (sous certaines réserves). Cette époque a laissé place à la nôtre, caractérisée par sa vulgarité, son insolence, sa médiocrité, son ignorance crasse et son manque à peu près complet de scrupules.

Ce paradigme a produit son lot de slogans et de prêts à penser :

-Le voile est politique.

-La viande halal est un marqueur identitaire préfigurant la conquête civilisationnelle d’un islam revendicatif dans les quartiers.

-Les citoyens français de confession musulmane qui militent pour des droits et qui sont engagés politiquement, comme tout citoyen, sont des islamistes, qualificatif jamais défini, ce qui permet d’y inclure tout ce qu’on veut, mais qui égratigne au passage ceux qui s’en voient affublés puisqu’il désigne dans la bouche de ceux qui l’emploient un individu dangereux, disposant d’un agenda politique d’islamisation de la société, œuvrant dans l’ombre et utilisant tous les moyens à sa disposition pour atteindre cet objectif.

-Le conservatisme religieux de l’islam, parfaitement commun à celui de toutes les religions, est présenté comme la marque d’un séparatisme, autre terme flou, vague, mouvant, imprécis, donc extrapolable à souhait, l’essentiel étant qu’il soit anxiogène lui aussi, et qu’il postule une certaine dangerosité.

Un demi-siècle de politique de la ville favorisant le regroupement des étrangers dans les mêmes quartiers, dans les banlieues des grandes villes françaises, créant de ce fait des cités-ghettos dépourvu de mixité sociale et culturelle, devient aujourd’hui, par la grâce du saint esprit jupitérien, des territoires séparés de la République comme ils étaient hier par la rhétorique des néo-conservateurs de plateau (Finkielkraut, BHL, Pascal Bruckner, et d’autres) des territoires perdus de la République. Les docteurs en casuistique républicaine se chargeront des détails.

Fouad Bahri