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mardi 16 juillet 2024

Les illusions de la rationalisation identitaire

Dans sa dernière chronique à lire sur Mizane.info, Riyaad Ouakrim décortique l’obsession identitaire et sa volonté de rationaliser cette obsession en gommant au passage tous les éléments de discontinuité historiques qui invalident son approche.

La grande plaie de notre temps est cette obsession absurde pour la rationalisation identitaire, qu’elle soit d’ordre politique ou religieuse. Nous érigeons des postulats au rang d’axiomes et les confrontons à d’autres. De cette distorsion sémantique qui en découle, la définition de l’identité en est la première victime, en ce que les masses la subjuguent à leur désir apologétique de justifier un glorieux passé, souvent associé à un illustre personnage ou à une société hégémonique. S’ensuit une construction idéaliste du roman national, par lequel nous nous faisons seuls héritiers des Romains, des Puniques ou bien des Perses.

Les limites de l’approche identitaire

Il n’y a rien-là qui puisse s’apparenter à une vision objective de l’histoire. Car en effet, l’identité ne constitue pas un champ rationalisable. Elle est de différentes natures et évolue selon les influences et les circonstances du temps. Plus encore, il s’agit avant tout d’une conscience identitaire, dont les caractéristiques ne sont pas exportables. Une entité n’est pas moins régie par autant de mythes et de syncrétismes que d’un environnement social et sociétal propres.

C’est l’émergence du nationalisme qui a exacerbé cette définition dans l’objectif de trouver au sein d’un héritage généralement partagé un moyen de montrer que l’on en est les plus dignes représentants. Ce qui constitue une entreprise superficielle, soumise à la seule ambition suprématiste. Davantage quand on connait la nature de ces dites civilisations dont les origines géographiques ont souvent été diverses, et dont la culture fut le fruit de syncrétismes obéissant à des normes radicalement différentes de la nation moderne.

L’idéologie au mépris de l’évidence

C’est pour cela que l’homme moderne, pour légitimer ses prétentions civilisationnelles aux allures presque métaphysiques, a besoin de procéder à une simplification de l’histoire en vue de dégager les caractéristiques, même minimes, qui pourraient, par exemple, montrer une continuité entre le Palais de Pharaon et la résidence présidentielle de l’Egypte contemporaine.

On n’apprécie guère quand on est apologète de rendre compte de l’histoire globale d’une civilisation dont l’on se veut le seul héritier à la fois culturel et génétique, car ce serait compromettre ses prétentions. Même quand la réalité est évidente.

Les conflits identitaires se sont multipliés et radicalisés jusqu’à atteindre une absurdité paroxystique. On le voit dans les disputes culturelles entre états limitrophes – le Maroc et l’Algérie par exemple –, dans le cinéma où le sujet racial prend plus de place que le propos de l’œuvre en question, ou bien dans la lecture que l’on fait de la conquête Arabe, en dessous de laquelle se perpétue (plus ou moins) l’antagonisme Islam/Occident.

La caricature des thèses afrocentristes

En dehors du territoire occidental, la tendance à la rationalisation au sein des sociétés modernes est le fait d’une réaction à l’hégémonie occidentale. Il s’agit de montrer au travers de théories souvent farfelues que l’on ne devrait rien ou pas grand-chose à l’Occident. Que toutes les sciences et le développement dont l’ère coloniale a fait bénéficier aux autochtones seraient un juste retour de ce qui fut perdu et récupéré par les réceptacles européens. Entre autres, une manière de ne pas perdre la face devant la réalité du succès de la colonisation, et des complexes qui en suivirent, ce jusqu’aujourd’hui.

Les thèses afrocentristes en sont l’expression la plus caricaturale, mais loin sans faut, ne demeure pas le seul exemple. Dans un registre plus sérieux mais non moins galvaudé, c’est également le propos du discours apologétique musulman. Les grandes figures de la science médiévales sont érigées en avant-gardistes de la science moderne. Les grands génies occidentaux des derniers siècles deviennent ainsi des faussaires, car, dit-on, sujets à une influence inavouée.

Est-ce à dire que toute prétention identitaire est vouée à l’impertinence ? Certainement que l’on hérite toujours d’une facette d’une identité ancienne, et que la conscience identitaire peut se permettre de s’associer symboliquement à un esprit dont une composante perdure. Seulement, il serait irrationnel que d’y voir une continuité parfaite, tant bien sur le plan génétique que culturel, entre des populations espacées de plusieurs siècles que tout oppose, aussi bien dans la définition même de l’identité que dans les rouages de la conscience métaphysique.

Riyaad Ouakrim

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