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mercredi 24 juillet 2024

Les fédérations musulmanes en France, entre un « islam officiel » et un « islam social »

Mosquée de Gennevilliers.

La gestion politique de la religion musulmane a produit une schizophrénie entre un « islam officiel » et un « islam social », entraînant une perte de crédibilité des fédérations musulmanes « auprès des Français de confession musulmane » écrit Zakaria Fouad sur Mizane.info.

Pour s’intégrer dans la société française, le judaïsme et le christianisme ont dû négocier avec la république. L’islam à son tour, étant la religion installée en France le plus récemment, vit depuis quelques années une phase de négociation compliquée.

Ces négociations sont sous-tendues par deux extrêmes : l’une qui cherche à imposer un islam considéré comme rival de l’État, et l’autre qui prône un islam sécularisé, c’est-à-dire réduit à une spiritualité sans pratique et sans aucune visibilité.

La France vit un retour au gallicanisme, qui a mené autrefois les rois catholiques de France à conserver l’Église sous leur autorité.

Le choix des intellectuels musulmans

Depuis plusieurs années, certains politiciens, bien que laïcs, se sont institués en autorité, choisissant parmi les différents discours musulmans (extrémistes ou non), celui qui leur convient le mieux, allant jusqu’à imposer à certaines associations musulmanes de licencier leurs imams, considérés « incompatibles » avec les valeurs de la république.

La laïcité, qui garantit la neutralité de l’État, mais également la liberté de conscience et la liberté d’exercice du culte dans le respect de l’ordre public, est utilisée par certains pour faire pression sur les religions en général et sur l’islam en particulier.

Des intellectuels, s’érigeant en défenseurs de liberté, d’égalité et fraternité, se mettent à dicter aux musulmans leurs pratiques religieuses, les infantilisant tant comme le font certaines États confessionnels musulmans.

Plutôt que d’accompagner les musulmans vers une meilleure compréhension de la laïcité et des valeurs républicaines, ces intellectuels réfléchissent à leur place.

Il leur semble ainsi gagner du temps, mais en réalité, cette approche est contre-productive.

D’ailleurs, elle a entraîné un sentiment de stigmatisation et de marginalisation chez beaucoup de français de confession musulmane, qui estiment que l’État les rejette, ce qui ne représente pas l’identité de la France : pays multiculturel, cosmopolite et multi-identitaire.

Si en 1905, l’État s’est définitivement libéré du contrôle de l’église sur la sphère politique, il semblerait qu’en 2021, un mouvement « anti-religion » n’ait toujours pas renoncé à s’ingérer dans les affaires religieuses en général et l’islam en particulier.

Ce mouvement est accompagné par certains médias, qui, en manque de réflexions honnêtes et profondes aux problèmes réels des Français, ont développé (ou libéré) un discours consistant à surenchérir sur tous les sujets qui sont en lien avec l’islam (hijab, halal, …).

D’une part pour détourner la population de ses problèmes économiques et sociaux.

D’autre part pour manipuler l’électorat notamment à quelques mois des élections présidentielles.

Retrouver la confiance entre musulmans et fédérations

Les fédérations religieuses musulmanes s’efforcent (généralement) de contrebalancer cette montée de l’opposition à la religion musulmane par la promotion d’un « islam officiel », en vue de certifier et normaliser le rapport entre l’islam et la république.

La concentration exagérée sur cet « islam officiel » par les grandes fédérations musulmanes s’est faite au détriment d’un « islam social », à tel point que ces fédérations ont perdu leur crédibilité auprès des Français de confession musulmane.

Ce manque de confiance s’amplifie dans la mesure où les fédérations ne se remettent pas en cause tant sur leurs programmes actuels que sur leurs stratégies futures.

Afin de retrouver la confiance des français musulmans, les fédérations devront, me semble-t-il, se réapproprier « l’islam social » en intégrant quatre thèmes principaux à leurs programmes :

1. L’essence de toute structure religieuse est de penser les paradigmes permettant de pratiquer sereinement la religion et de participer à l’éducation spirituelle de ses fidèles.

Pour ce faire, les fédérations ne doivent pas créer de rupture épistémologique ni avec la révélation ni avec l’héritage islamique, tout en gardant une ouverture à l’altérité.

Il est important qu’elles s’engagent dans une démarche constante de réforme mais qu’elles puissent également adapter leur compréhension des textes scripturaires à l’actualité française.

Pour ce faire, la mise en place de programmes spirituels et éducatifs destinés aux jeunes et aux adultes seraient nécessaires.

2. Participation active dans la vie politique, étant un levier primordial pour tout changement sociétal. Les fédérations ne peuvent atteindre leurs objectifs sans entrer dans une dynamique dialectique (tadafu’â) avec les autres composantes de la société française.

Cette dynamique devrait se traduire non seulement par un vivre-ensemble mais aussi par un faire-ensemble. Il faut cesser de croire que les divergences de visions entre les fédérations et les autorités politiques sont un mal qu’il faut éradiquer à tout prix.

La diversité est un élément majeur qui donne du sens aux idées et crée un équilibre au sein de la société tant sur le plan de la pensée que sur celui de l’action. La diversité n’a jamais été un frein à l’épanouissement de l’être humain au sein de la société.

3. Les fédérations doivent défendre les musulmans (hommes, femmes et associations) contre les discriminations et les injustices qu’ils pourraient subir. Cette défense doit être faite par les voies légales avec justice et justesse.

« O les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité: cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » [Coran 5:8]

4. Mettre davantage en avant les jeunes et les femmes compétents dans des postes de direction. En effet, les fédérations musulmanes sont vouées à la disparition si elles ne se renouvellent pas.

Ce changement doit se faire de façon rationnelle et réfléchie, car contrairement à ce que certains pourraient penser, les jeunes et les femmes ne représentent ni un problème ni, à eux seuls, la solution.

L’équilibre entre « l’islam officiel » et « l’islam social » permettra de combattre les acteurs de l’enfermement, de l’inégalité et du racisme, au travers d’un discours positif qui fasse émerger les idées et les actions dans une collaboration avec les composantes de la société française.

Un discours qui permette à tous les citoyens français de toutes philosophies ou confessions de vivre dignement et de construire, avec les autres, l’avenir de notre cher pays, la France, qui reste, malgré tout, un pays où il fait bon vivre.

Zakaria Fouad est ingénieur, titulaire d’un master en sciences islamiques.

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