
2021-11-30
Écrit par Admin
L'empereur Taizu de la dynastie Ming. Musée national du palais.
On l’ignore souvent mais les relations des populations musulmanes dans la Chine des Ming (XIVe siècle) étaient florissantes. Une entente cordiale a même donné lieu à une alliance contre la dynastie Qing qui réussit à renverser malgré tout l’Empire Ming. Retour sur cet épisode passionnant avec Riyaad Ouakrim sur Mizane.info.
Vers la fin du XIVème siècle, l’empereur Hongwu fonde la dynastie des Ming.
Très respectueux de la religion islamique qui le fascine, il encourage l’islamisation de nombreuses contrées, fait construire des mosquées et promulguer des édits favorisant l’insertion sociale des populations musulmanes, tout en s’entourant d’érudits, d’explorateurs et de généraux musulmans. Loin de se réduire à la seule personne de Hongwu, c’est tout au long de la dynastie des Ming que l’influence musulmane s’opère, et que des lois viennent régir la vie religieuse, intellectuelle et politique de la population musulmane.
C’est le début d’un essor islamique chinois, et d’une assimilation des plus réussies dans l’histoire des rapports entre musulmans et institutions impériales.
Des mosquées sous protection impériale
Nanjing, alors capitale de l’empire, devient un centre d’études islamiques. La Chine des Ming se voit ainsi dotée d’une élite musulmane, dont la foi est jugée beaucoup plus en adéquation avec les principes du Confucianisme que les branches du christianisme et d’autres mouvements spirituels. Dans de nombreuses provinces, on y étudie l’arabe, le persan, le droit et le hadith. Les empereurs se font protecteurs des arts islamiques et de l’intégrité des édifices musulmans. On retrouve sur certaines mosquées cet édit des empereurs :
« Je vous donne par la présente mon décret impérial afin de garder votre résidence. Les fonctionnaires, civils ou militaires, ou quiconque, ne doivent pas vous offenser ou vous insulter. Quiconque vous offense ou vous insulte contre mon ordre impérial sera puni comme un criminel. »[1]
Cette présence musulmane au sein des hautes institutions de l’empire a une répercussion sur la politique impériale et étrangère. Sous le règne de Ming Wuzong, on promulgue par exemple l’interdiction de l’abattage du porc. Les Ming se font protecteurs des principautés musulmanes du sud-est, et avertissent les autres états contre toute tentative d’invasion. Portugais et autres puissances voisines se verront infliger de lourdes sanctions.[2]
100 000 musulmans morts pour l’Empire Ming
Jusque dans leur chute, les Ming sauront compter sur le soutien musulman. Au moment des invasions Mandchoues en 1644, de nombreux musulmans lutteront aux côtés des empereurs, dont le philosophe Ma Zhu précédemment cité [7]. Après la défaite des forces loyalistes, durant laquelle près de cent-mille musulmans périront en défendant l’empire, sonne la victoire des Qing.
Les musulmans Hui, refusant la défaite et l’abdication des Ming, continueront de se révolter en supportant des princes Ming, et en adoptant leur patronyme en signe de loyauté. Chinois, Sultans voisins et Tibétains tentent de renverser la situation [8]. Sans succès. C’est la fin des Ming. Pendant les siècles à venir, de nombreuses révoltes sociales auront lieu, et des rivalités entre tariqas soufies engendreront des troubles au profit de l’administration Qing.
Le poème de l’empereur à la gloire du Prophète
Encore aujourd’hui, subsistent les tombes des héros musulmans qui ont combattu jusqu’à la fin de la dynastie Ming, dont ceux de : Milayin, Ding Guodong et Turumtay. Ces tombes portent le nom de « Jiaomen Sanzhong », soit le « Le Trio Loyal des Musulmans »[9]. De nos jours, si le gouvernement chinois estime que seulement 20 millions de Chinois de l’ethnie Hui habitent la nation, les organisations Hui estiment être quatre fois plus nombreuses.
