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17/09/2021
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La notion d’adoration chez Ibn Taymiyyah

A quoi renvoie la notion d’adoration de Dieu dans l’œuvre d’Ibn Taymiyyah ? Quelles en sont les formes et les limites ? Mizane.info publie quelques extraits de l’ouvrage « Servitude à Dieu » du savant musulman damascène, traduit et annoté par le cheikh Muhammad Diakho (éd.Albouraq).

Le terme « adoration » est un nom générique englobant tout ce qu’aime Allâh, tout ce qui Le satisfait en fait de paroles et d’actes, intérieurs ou extérieurs. Accomplir la prière, verser l’aumône purificatrice légale, effectuer le pèlerinage, dire la vérité, rendre le dépôt (al-amâna), respecter ses deux parents (géniteurs), préserver les liens familiaux, remplir ses engagements, recommander le bien, interdire le mal (…) se montrer bon envers le voisin, l’orphelin et tout être humain ou animal sous commandement, invoquer Allâh, réciter le Coran, et toute chose semblable, font partie de l’adoration d’Allâh. Il en est de même de l’amour d’Allâh et de Son Prophète, de la crainte d’Allâh, du retour (repentir) à Lui, de la sincérité, de l’espérance de Sa grâce, de la peur de Son châtiment, et toutes choses (actes ou paroles) semblables. 1

Ceci parce que l’adoration est le but recherché d’Allâh et ce qui Le satisfait. C’est pour être adoré qu’Allâh créa toutes les créatures, conformément au verset : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » (s. 51, v. 56) Tel est l’ordre avec lequel Il envoya tous Ses messagers. Noé l’a annoncé dans le Coran : « Adorez Allâh ; pour vous, pas d’autre divinité que Lui. » (s. 7, v. 59) De même que Hûd : « Adorez Allâh ; pour vous, pas d’autre divinité que Lui. » (s. 7, v. 65) Çâlih : « Adorez Allâh ; pour vous, pas d’autre divinité que Lui. » (s. 7, v. 73) Chu‘ayb : « Adorez Allâh ; pour vous, pas d’autre divinité que Lui. » (s. 7, v. 85)

(…)

Le terme ‘ibâda, dans son sens général, comporte aussi l’idée de « nivellement ». On parle en effet de tarîq mu‘abbad, « chemin frayé » s’il est battu et foulé. Cependant, l’adoration exigée par Allâh implique nécessairement le sens de la docilité mais aussi celui de l’amour (al-hubb). Elle signifie l’extrême avilissement et l’extrême amour. Le degré le plus élevé de l’amour est le tatayyum, 2 et son plus bas degré est la simple « relation » (‘alâqa), puisque le cœur se lie à son amoureux. Ensuite vient l’état de « tendre amour » (çabâba), 3 puisqu’à ce stade le cœur n’aspire (inçibâb) qu’à Lui. S’en suit l’état de « désir ardent » (gharâm), d’amour violent qui s’exprime dans une présence ininterrompue de l’amour dans le cœur. Vient alors l’« attachement » (‘ishq) dont l’aboutissement est le tatayyum. On dit taymu-llâh qui a le sens de ‘abdullâh, « le serviteur et adorateur de Dieu » il a adoré passionnément Allâh ». Le mutayyam est celui qui s’est entièrement asservi pour son amoureux. Quiconque se subordonne à un être tout en le haïssant ne peut être qualifié d’adorateur de celui-ci. De même, aimer un être sans se plier à ses ordres ne peut être qualifié d’adoration non plus. 4 Tout comme on peut aimer son enfant et son ami. C’est pour cette raison-là que l’un sans l’autre (de l’amour et de la soumission) ne suffit pas pour être qualifié d’adoration d’Allâh. Non, il faut qu’Allâh soit plus aimé de son serviteur que tout autre être et plus grand que toute chose, plus encore, nul autre que Lui ne mérite de la part du serviteur l’avilissement parfait et complet. Tout amour d’une chose pour d’autres raisons qu’Allâh ne peut être saint. Toute magnificence pour d’autres raisons qu’Allâh est mensonge, sans valeur.

On entend (littéralement) par « serviteur » (‘abd) celui qui est soumis et dirigé par Allâh. Dans ce sens, toutes les créatures sont des ‘ibâd Allâh (soumis et asservis), aussi bien les véridiques, les croyants, les gens du Paradis que les pervers, les mécréants et les gens de l’Enfer. Car Il est leur Seigneur à eux tous et leur Roi. De Sa volonté, de Son dessein et de Ses ordres (cosmiques) parfaits, ils ne sortiront jamais. Existe [sur le plan de la Création] ce que Lui veut, même s’ils ne le veulent pas, et ce qu’ils veulent n’existe pas, s’Il ne le veut pas. Comme Il l’indique : « Désirent-ils une autre religion que celle d’Allâh, alors que se soumet à Lui, bon gré, mal gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur la terre, et que c’est vers Lui qu’ils seront ramenés ? » (s. 3, v. 83) Il est le Seigneur (arRabb) des mondes, leur Créateur, Celui qui pourvoit à leurs moyens d’existence (râziq), Celui qui les fait vivre et mourir, Celui qui tourne (muqallib) en tous sens leurs cœurs, le Gérant de toutes leurs affaires. Ils n’ont aucun autre seigneur ni maître ni créateur que Lui. [Ils Lui sont tous soumis], qu’ils reconnaissent cela ou qu’ils le renient, qu’ils le sachent ou l’ignorent. Quant aux gens de foi, eux, ils l’ont su et l’ont reconnu, contrairement à l’ignorant ou à l’arrogant face à son Seigneur, qui ne reconnaît rien et ne se soumet pas, tout en sachant qu’Allâh est bel et bien son Seigneur, son Créateur. Le simple fait de « connaître » la vérité engendre un châtiment assuré si cette connaissance s’accompagne de l’arrogance et du reniement (al-jahd), comme Allâh dit : « Ils les nièrent injustement et orgueilleusement, tandis qu’en eux-mêmes ils y croyaient avec certitude. Regarde donc ce qu’il est advenu des corrupteurs. » (s. 27, v. 14).

(…)

Il dit encore : « Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants. Or une partie d’entre eux cache la vérité, alors qu’ils le savent. » (s. 2, v. 146) Allâh dit aussi : « Or, vraiment, ils ne croient pas que tu es menteur, mais ce sont les versets (le Coran) d’Allâh que les injustes renient. » (s. 6, v. 33) Lorsque le ‘abd sait qu’Allâh est son Seigneur, son Créateur, qu’il a besoin de Lui, qu’il ne peut être indépendant de Lui, là, il a (véritablement) connaissance de sa condition de « servitude » liée à la fonction seigneuriale d’Allâh.

Ce serviteur implore son seigneur, L’appelle, s’en remet à Lui, mais il n’en demeure pas moins qu’il peut aussi bien L’adorer que transgresser Ses lois, il peut également aussi L’adorer tout en commettant des péchés, comme il peut L’adorer tout en adorant aussi le diable et les idoles. 5

Ce genre de servitude ne distingue pas les gens du Paradis de ceux de l’Enfer, et cela ne fait pas forcément d’un homme quelqu’un de pieux. Allâh dit : « Et la plupart d’entre eux ne croient en Allâh qu’en Lui donnant des associés. » (s. 12, v. 106) Certes les polythéistes affirmaient eux aussi qu’Allâh est leur créateur, Celui qui pourvoit à leur subsistance. Pourtant, en plus de Son adoration, ils adoraient d’autres que Lui. Allâh révèle à ce sujet : « Et si tu leur demandes : “Qui a créé les cieux et la terre ?” Ils diront très certainement : “Le Puissant, l’Omniscient les a créés.” » (s. 43, v. 9) « Dis : “À qui appartient la terre et ceux qui y sont, si vous savez ?” Ils diront : “A Allâh”. Dis : “Ne vous souvenez vous donc pas ?” Dis : “Qui est le Seigneur des sept cieux et le Seigneur du Trône sublime ?” Ils diront : “[Ils appartiennent] à Allâh”. Dis : “Ne craignez-vous donc pas ?” Dis : “Qui détient dans sa main la royauté absolue de toute chose, et qui protège et n’a pas besoin d’être protégé ? [Dites], si vous le savez !” Ils diront : “Allâh”.

C’est de cela (le constat de la fonction seigneuriale d’Allâh dans l’univers) dont parlent nombre de ceux qui contemplent et en prennent connaissance. Il ne s’agit pourtant là que d’une vérité ou réalité ontologique (haqîqa kawniyya) 6 que tous peuvent découvrir et connaître, que ce soit le croyant, le mécréant, le croyant pieux, le pervers, ou même Iblîs, le diable. Ce dernier ne reconnaît-il pas et n’affirme-t-il pas cette réalité ? Ainsi que les gens de l’Enfer ? En effet, Iblîs a dit : « “Ô mon Seigneur, donne-moi un délai jusqu’au jour où ils seront (les gens) ressuscités. » (s. 15, v. 36)

Allâh révèle à ce propos : « Il dit : “Ô mon Seigneur parce que Tu m’as induit en erreur, eh bien je leur enjoliverai la vie sur la terre et les égarerai tous. » (s. 15, v. 36). « Par Ta puissance ! dit [Satan]. Je les séduirai assurément tous. » (s. 38, v. 82) « [Satan] dit encore : “Vois-Tu ? Celui que Tu as honoré audessus de moi, si Tu me donnais du répit jusqu’au Jour de la Résurrection, j’éprouverai, certes, sa descendance, excepté un petit nombre [parmi eux]. » (s. 17, v. 62)

D’autres propos similaires de Satan indiquent qu’il a reconnu qu’Allâh est bel et bien son Seigneur, son Créateur, et le Créateur de toute chose. De même les gens de l’Enfer ne disent-il pas : « Ils dirent : « Seigneur ! Notre malheur nous a vaincus, et nous étions des gens égarés. » (s. 23, v. 106) « Si tu les voyais, quand ils comparaîtront devant leur Seigneur. Or, s’ils étaient rendus [à la vie terrestre], ils reviendraient sûrement à ce qui leur était interdit. Ce sont vraiment des menteurs. » (s. 6, v. 30)

Quiconque s’arrête à la reconnaissance de cette réalité ontologique, par ce simple constat sans s’appliquer à ce qui lui a été ordonné sur le plan de la vérité ou réalité religieuse révélée (al-haqîqa ad-dîniyya), qui consiste à adorer Allâh comme l’exige Sa divinité (ilâhiyya), 7 et à obéir à Son ordre et aux ordres de Ses messagers, celui-là donc est du genre d’Iblîs et des gens de l’Enfer ; et ce, même s’il croit faire partie des élus d’Allâh sur la terre, des gnostiques (ahl al-ma‘rifa) ou des gens de « réalisation spirituelle » (ahlu at-tahqîq) qui prétendent ne plus être soumis aux obligations et aux interdits religieux. Ceux-là sont pires que les mécréants et les rebelles.

Quiconque croit et affirme qu’al-Khidr, 8 ou toute autre créature, n’est pas soumis aux impératifs religieux parce qu’il a réalisé la connaissance directe de la Volonté divine, ou pour toute autre raison, prononce là une parole qui est, de loin, plus mauvaise que les négations de ceux qui ne croient pas en Allâh et en Ses messagers. Pour mériter le titre de ‘abd dans le deuxième sens du terme (l’être volontairement soumis), il faut adorer Allâh, Lui seul, obéir à Ses ordres et à ceux de Ses messagers, se rallier à Ses amis vertueux et détester Ses adversaires. Cette adoration est donc liée à Sa divinité. 9

C’est pourquoi la formule du tawhîd consiste à reconnaître que lâ ilâha illa Allâh (nul autre qu’Allâh n’a le droit d’être adoré), contrairement à celui qui reconnaît Sa fonction seigneuriale mais ne L’adore pas ou L’adore en même temps qu’il adore d’autres que Lui. L’adoration pure qui se fait avec un cœur plein d’amour, de glorification, de vénération, de respect, de crainte, de totale espérance et d’autres vertus semblables, est celle qu’Allâh aime et agrée. C’est d’ailleurs ainsi qu’Il a décrit les élites de Ses serviteurs, et c’est à cette fin qu’Il a envoyé Ses messagers.

Notes :

1– La satisfaction d’Allâh (ridâ Allâh) est le but recherché de tout homme pieux. Le cheikh al-Islam n’a de cesse de mettre l’accent sur ce point. Le sâlik (l’aspirant) ou murîd (disciple) ne doit pas se tromper sur ce point, car, les discours flamboyants de beaucoup d’écoles soufies d’aujourd’hui convergent pour la plupart vers la réalisation de l’ego : « J’ai vu » ; « j’ai su » ; « j’ai entendu » ; « j’ai découvert » ; « on m’a dit », etc. Cette démarche est apparentée plus à une quête de « Soi » qu’à celle d’Allâh qui garantit Sa proximité à tous ceux qui réalisent Sa satisfaction. Or, ce qui Le satisfait Lui, indique le cheikh, c’est la réalisation pratique de la ‘ibâda tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.

2– Du verbe Tayyama : asservir ; captiver ; assujettir. Taym : esclave, affolé, passionné.

3– çabâba du verbe çabba / yaçabbu : aspirer à, désirer ardemment, devenir amoureux de quelqu’un, aimer tendrement.

4. Démonstration intellectuelle de la centralité de l’obéissance, de la subordination, de l’humilité, dans la religiosité. Toute l’œuvre juridique, spirituelle, philosophique, logique et exégétique du cheikh al-Islam est ainsi traversée, avec une force inégalée, par l’alternance des modes de raisonnement, tantôt rationnels, tantôt métaphysiques, tantôt juridiques. L’intellect (al-‘aql) au service de la révélation (al-naql) est un outil fondamental de compréhension tant qu’il ne cherche pas à la soumettre à ses caprices.

5-Le fait de Le connaître et reconnaître ses propres conditions de servitude face à Lui, ne détermine pas de façon inéluctable un rang parmi Ses serviteurs.

6-Le cheikh al-Islam nous livre ici un chapitre intéressant sur la contemplation spirituelle : la distinction entre la réalité ontologique (al-haqîqa al-kawniyya) et la réalité religieuse révélée (al-haqîqa ad-dîniyya ash-shar‘iyya). Au sujet de la notion de haqîqa beaucoup se sont égarés, car, dit le Cheikh, l’important n’est pas forcément ce stade inférieur de la connaissance existentielle. Découvrir les diverses manifestations divines, et la présence ininterrompue de Ses attributs et des formes infinies qu’ils peuvent prendre dans l’existence, est généralement trompeur si on ne cherche pas à s’élever à un plus haut degré de perception spirituelle pour voir la « volonté divine religieuse » – le pourquoi de l’ordre et non le pourquoi de la chose ordonnée –, ou si on est incapable de dépasser ce stade. Tel est le cas de beaucoup de prétentieux qui, lorsqu’ils découvrent une manifestation cosmique divine, croient ainsi recueillir les fruits de leur piété, et se déclarent wâçil, ‘ârif, qutb, et autres dignités de ce genre. À ce niveau, on se croit, par tromperie du Diable, au contact du monde de la réalité divine alors qu’on se situe même au plus bas niveau de l’échelle de la connaissance parfaite d’Allâh, puisqu’on ne peut y découvrir (la réalité ontologique inférieure) que ce que peut y découvrir le mécréant, le pervers, ou le simple croyant pécheur et repentant. Les affirmations du Diable, des mécréants et des pervers recensées dans le saint Coran montrent la justesse de ce qu’avance le cheikh al-Islam. C’est en cela que réside la supériorité de sa conception d’une véritable quête d’Allâh fondée non pas sur une recherche égoïstement personnelle du savoir, mais sur une détermination sincère à participer à l’œuvre universelle d’exécution d’un dessein religieux axé sur l’obéissance inconditionnelle à Allâh. Le but ultime d’un murîd est de concourir à la satisfaction d’Allâh, par la réalisation de Son dessein religieux.

7-Nous ne nous sentons pas en sécurité en traduisant le terme ilâhiyya par « divinité ». Car ce dernier terme est lié à l’essence divine, à la nature d’Allâh en tant qu’Être suprême. « Diviniser » signifie attribuer la nature divine, l’essence divine à quelque chose ou quelqu’un, alors que la notion de Ilâhiyya, elle, dans son acception littérale et théologique, se réfère à un attribut : l’Adoré, le Vénéré, etc., et le verbe aliha se rend par : adorer, vénérer, se soumettre à, etc. Ilâhiyya désigne donc un droit universel et exclusif d’Allâh à être adoré, il n’a, pour ainsi dire, rien à avoir avec un attribut d’essence. De même, tous ces termes de « divinité », « Dieu », « religion », utilisés dans les traductions désordonnées de la pensée musulmane, pour rendre respectivement les notions de Ilâhiyya, Allâh, Ad dîn, doivent être pris avec beaucoup de précautions. Car ils ont en eux-mêmes cette disqualification incurable de ne pas comprendre le sens islamique de l’exclusivité (al-khuçûçiyya) et de droit exclusif d’Allâh que comportent les termes arabes mentionnés. Cette dimension inaperçue (en général) des vocables est cependant nécessaire à la compréhension et à la pénétration des sens religieux des termes par lesquels nous rendons les concepts fondamentaux de la pensée islamique. En effet, la connaissance de la Rubûbiyya (approximativement traduisible par « fonction seigneuriale » d’Allâh : Allâh est le Seigneur et le Créateur de toute chose) est universellement donnée comme une évidence qui s’impose à tous, d’un point de vue ontologique, et n’est d’aucun secours sur le plan universel sinon qu’intellectuel. Quant à la connaissance de la Ulûhiyya (le droit exclusif d’Allâh à être adoré), elle est donnée en « réalisation », en « exécution », même si son dessein est à constater dans la révélation, il reste que les êtres humains sont libres de la concrétiser, ou de ne pas la concrétiser, au cours de leur existence où ils sont appelés par les prophètes à honorer les droits d’Allâh. Cette ulûhiyya est néanmoins indissociable de la rubûbiyya d’Allâh.

8-Personnage coranique (voir les versets 60-82 de la sourate 18) autour duquel les mystiques musulmans ont construit beaucoup de légendes à partir d’anecdotes pour la plupart invraisemblables.

9-À Son droit exclusif d’être adoré. C’est le sens véritable de la ‘Ubûdiyya : l’obligation à tous d’adorer Allâh et de n’adorer que Lui.