La contradiction des points de vue politique doit se solutionner de la seule manière durable et non violente qui soit : la synthèse réelle. Cette synthèse a des conditions que ne réunissent pas les acteurs politiques du moment. Pourquoi ? La réponse dans cette chronique de Fouad Bahri.
Il y a la synthèse du réel, authentique, et s’imposant quoi qu’en pensent les Hommes. Et il y a la synthèse artificielle, émanant d’un point de vue situé dans l’histoire, point de vue particulier qui a été extrapolé et présenté comme le niveau de l’universalité, du Vrai et du Bien dans l’histoire.
Cette présentation endossée par la théorie et la propagande permet à ce point de vue de camoufler son origine et le caractère postulatif de sa situation, dissimulation nécessaire pour s’imposer politiquement à tous. Mais l’aspect partisan et particulier qui anime actuellement le combat politique du moment (gauche antifasciste contre droite fasciste du côté de la gauche/gauche immigrationniste et antinationale contre droite patriote et souverainiste du côté de la droite) démontre une fois encore la nature factice de ces oppositions qui ne se projettent dans aucune synthèse réelle et non artificielle.
Une autre lecture de la dialectique
Cette incapacité de préparer et d’anticiper le niveau d’une synthèse qui puisse solutionner les contradictions des positions actuelles en conflit ne s’explique pas par la démarxisation de la gauche. A bien des égards, les marxistes eux-mêmes avaient échoué à comprendre la véritable nature de la dialectique hégélienne dont il firent une application située et enfermée dans une grille de lecture particulière (dialectique historique matérialiste).

Les échecs inévitables des analyses et des politiques communistes dans l’histoire (émergence de la classe moyenne en lieu et place d’un affrontement entre prolétaires et bourgeois, les révolutions prolétaires annoncées en Europe n’advinrent pas, les contradictions du capitalisme n’ont pas abouti à l’avènement du socialisme et du communisme, etc.) dévoilèrent avec force ce caractère partiel et partial du marxisme : une idéologie positiviste née d’une bourgeoisie en rupture avec l’idéologie dominante de son siècle et des conditions spirituelles et matérielles propres à ce siècle, mais encore d’une anthropologie moderne qu’elle partageait avec les libéraux.
Les Hommes de l’Unité
Pour revenir à notre moment politique, la résolution véritable d’une contradiction politique ne peut s’obtenir que de trois manières : la destruction de l’une des parties, le déclin irrémédiable de l’une des parties, auto-destruction naturelle et endogène, ou la prise en compte véritable des positions en conflit et leur résolution en une synthèse qui dépasse leur opposition et la conserve sous une autre forme, réconciliée.
Ce dernier résultat ne peut être obtenu depuis une position conflictuelle partisane qui ne fait qu’exacerber les attitudes des partis en présence. Obtenir une synthèse authentique, à la fois théorique et pratique, implique une compréhension du point de vue adverse, ce qui signifie déjà un dépassement de son propre point de vue car l’horizon de l’universel ne peut être atteint pour l’Homme que depuis un point de vue particulier. Cette tâche incombe aux Hommes de l’Unité.

La capacité à analyser, comprendre, et solutionner par une tierce proposition synthétisant les positions en conflit est incompatible avec une logique guerrière ou suprémaciste. Nier la légitimité d’un point de vue ne le fait pas disparaître mais renforce son enracinement. Dans un contexte d’affrontement, cette position reste inaudible. Et pourtant…
L’esprit souffle où il veut
La seule manière d’éviter une intensification des conflits, qui ne peut déboucher elle même que sur un pourrissement général et prolongé de la conflictualité ou une guerre civile, est de provoquer un déplacement des points de vue. Seule l’élévation, mouvement vertical, permet ce déplacement et cette sortie de l’impasse d’horizontalités en lutte. La métapolitique est la solution du politique car elle en est la condition.
La modernité n’a pas aboli la métapolitique mais a déplacé ses fonctions, reformulé ses concepts et dissimulé sa réalité par une brume verbale et psychique caractéristique de la chute d’Icare ou plus exactement encore du destin européen de l’Homme Prométhéen.
Une connaissance vraie émancipe de l’agitation stérile et construit une action vitale et féconde propre à durer. Dès à présent, le brouillard vacille, le vent du changement se lève. L’esprit souffle où il veut et par son souffle dissipe la brume et annonce la tempête, cette synthèse ultime de l’eau, de l’air et du feu s’abattant sur la terre.
Fouad Bahri