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20/09/2019
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Jérusalem, une ligne rouge franchie

La décision américaine de reconnaître Jérusalem, ville au statut international, comme capitale unilatérale d’Israël, a marqué une nouvelle fuite en avant politique et symbolique majeure dans le projet de colonisation sioniste au Moyen-Orient. Une ligne rouge a été franchie qui doit elle-même appeler une réponse politique globale pas seulement des peuples arabes et des pays musulmans mais également de la communauté internationale. Un éditorial de Mizane Info.

Donald Trump avec Benjamin Netanyahu.

L’irresponsabilité du président Donald Trump qui a reconnu unilatéralement Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël, reconnaissance qui vient violer les résolutions de l’ONU votées par Washington même sur le statut binational (capitale de deux états) de la ville sainte, est une provocation majeure qui marque d’un trait rouge les épisodes mouvementés de l’histoire politique de la Palestine. Le tollé fut général, les condamnations, y compris en langage diplomatique, unanimes. La France, c’est heureux, a pris ses distances et un rapprochement franco-turc entre Macron et Erdogan, pour faire changer d’avis Donald Trump, a été divulgué par l’agence Reuters. Les pays et les peuples arabes et musulmans, à la différence de certains de leurs gouvernants, condamnent sans réserve. De nombreuses manifestations ont été organisées pour dénoncer cette main-mise américano-israélienne sur la Ville Sainte des trois religions du Livre. Mais malgré l’importance symbolique et religieuse de la ville, la question du statut de Jérusalem demeure une question éminemment politique et juridique. Cette reconnaissance américaine semble avoir eu valeur de test pour mesurer le niveau de contestation et de réaction des différents gouvernements du monde. Une manière sans doute de prendre la température pour évaluer la force de mobilisation politique et institutionnelle internationales contre l’expansionnisme israélien. De ce point de vue, la situation est mitigée car Washington a annoncé vouloir différer le déplacement de son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem dans deux ans. Une annonce qui a été interprétée comme un rétropédalage, les services d’état du renseignement et militaires américains étant à priori peu favorable à cette décision de l’exécutif.

Exiger l’application immédiate des résolutions internationales et les faire respecter sur le terrain, demeure la principale solution politique et juridique à cette nouvelle manifestation provocatrice d’expansionnisme israélien. Ce qui demandera du courage et de la persévérance aux alliés européens de Washington, une qualité qui leur a fait malheureusement jusqu’à présent défaut

Vers un double front du refus oriental et occidental ? 

Pour autant, la situation sur le terrain est la même. Jérusalem-est est colonisé par les Israéliens, la continuité territoriale palestinienne est empêchée dans les faits par le biais d’un redécoupage au moyens de chek-points. La pression militaire, policière, économique et psychologique israélienne contre les populations palestiniennes est maintenue à son plus haut niveau. Une politique dont le terrible message semble clair : l’Etat israélien ne peut vivre que par l’oppression, la persécution et le harcèlement permanent de la population palestinienne. Si la situation sur le terrain évolue peu ou pas du tout, la mobilisation internationale reste élevée. Malgré le caractère fébrile et fragile de ses décisions, paralysés par des blocages internes récurrents (véto des membres du Conseil de sécurité), l’ONU ne peut laisser passer ce genre de provocation à la postérité car elle ferait jurisprudence. Les gouvernements occidentaux, majoritairement pro-israéliens, ne semblent pas pour autant prêts à soutenir cette fuite en avant des administrations Trump-Netanyahu. Les gouvernements des pays musulmans pour leur part restent divisés entre une posture collaborationniste (Arabie Saoudite, Egypte) et une posture de résistance militaire (Iran, Liban) ou diplomatique (Turquie). Les coalitions palestiniennes, toutes aussi divisées, font front commun, au moins sur le plan rhétorique contre l’occupant israélien. Des appels à un nouveau soulèvement palestinien (intifada) ont été lancés en ce sens. Dans ce contexte général, quelles sont les solutions d’une sortie de crise durable ?

(De gauche à droite) Hassan Rohani (Iran), Vladimir Poutine (Russie) et Recep Tayyip Erdogan (Turquie).

Soutenir les initiatives des Palestiniens est, cela va sans dire, un minimum syndical. Exiger l’application immédiate des résolutions internationales et les faire respecter sur le terrain, demeure la principale solution politique et juridique à cette nouvelle manifestation provocatrice d’expansionnisme israélien. Ce qui demandera du courage et de la persévérance aux alliés européens de Washington, une qualité qui leur a fait malheureusement jusqu’à présent défaut. Un double front politique du refus, occidental (européen) et oriental (Turquie-Iran-Russie), pourrait faire effet de levier sur Trump qui serait dans ce cas de figure rattrapé par le principe de réalité et bien obligé de lâcher du lest dans son soutien à Netanyahu.

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« Introduction aux fondements de l´Islam, Epître de Jérusalem : Al-Risâla al-Qudsiyya », Al Ghazali

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« Jérusalem dans le Coran », Imran Hossein