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10/08/2022
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Expulsion de Hassan Iquioussen : pluie de condamnations dans toute la France

Ce week-end, une avalanche de condamnations s’est abattue sur le ministre de l’Intérieur et la préfecture du Nord, décidés à expulser l’imam Hassan Iquioussen. Mizane.info fait le point sur l’ensemble de ces réactions.

Après la pluie, le déluge. La décision controversée du préfet du Nord, sous la houlette du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, d’expulser du territoire français l’imam et conférencier Hassan Iquioussen a provoqué une marée de contestations et de condamnations. Et ce tant au niveau intracommunautaire qu’extracommunautaire.

La France des mosquées

Une vague d’incompréhension et de solidarité a émergé des mosquées elles-mêmes dans toute la France. Du nord au sud de l’est à l’ouest, le refus d’une décision politicienne et arbitraire a marqué dans un langage austère et policé, la position des lieux de culte musulman.

A Grenoble, le Centre culturel musulman (CCMG) exprime sa « profonde inquiétude et stupeur au sujet de la décision administrative d’expulser du territoire français le conférencier Hassan Iquioussen pour des accusations qui sont complètement à l’opposé de ce nous avons toujours connu de lui. » Une décision qualifiée de « mauvais service rendu à notre pays ». « Depuis plus de trois décennies, Hassan Iquioussen est engagé publiquement, avec constance et sans la moindre ambiguïté, en faveur de la fraternité, de l’ouverture, du dialogue, et de l’engagement citoyen responsable (…) L’accuser du contraire nous semble relever de l’erreur manifeste. »

A Nice, Otmane Aissaoui président de l’Union des musulmans des Alpes Maritimes évoque sa « sidération face aux accusations que l’on a pu entendre à son encontre car elles nous semblent être à l’opposé de ce qu’est réellement monsieur Iquioussen. Jamais à mon sens une personne qui suit ses interventions ses discours ou ses actions, n’en sortira avec de la haine pour la France ou pour les gens en général. Bien au contraire. »

Une mobilisation sans précédent

A Limoges, l’AMLF (association des Musulmans de Limoges pour la Fraternité) a pris connaissance « avec stupeur » de la procédure d’expulsion engagée à l’encontre de M. Hassan Iquioussen. « Notre incompréhension est d’autant plus grande que le fondement de cette décision – propos haineux et discriminatoires ne concordent pas avec ce que nous connaissons du discours de M. Iquioussen. Au nom de notre association nous témoignons de l’engagement sans faille de M. Iquioussen dans le respect des valeurs de notre nation. »

A Besançon, le Centre Culturel Islamique de Franche-Comté a fait part lui aussi de « son incompréhension et son étonnement ».

« M. Hassan Iquioussen est une personnalité connue et reconnue par les Français de confession musulmane. Son engagement est sans faille depuis plusieurs décennies : il a en effet toujours été animé par cette volonté de donner une compréhension intelligente, éclairée de l’islam, notamment en direction des jeunes. »

Hassan Iquioussen.

Dans le Nord, 26 mosquées ont publié un communiqué commun exprimant encore et toujours la même « incompréhension et stupeur » face à cette décision d’expulsion qualifiée « d’erreur manifeste ». Les mosquées du Nord signataires mettent en avant le respect constant des valeurs nationales, le discours de responsabilité à destination des jeunes et la condamnation des postures de repli de M. Iquioussen.

Hassan Iquioussen : les dangers d’une expulsion

Le Rhône n’est pas en reste. Le conseil théologique des imams du Rhône et le conseil des mosquées du Rhône, sous la direction de Kamel KABTANE (président du CMR) Mohamed Minta et Azzedine GACI, (porte-paroles du CTIR), ont fait part de leur étonnement et de leur questionnement. « Les motivations qui accompagnent cette décision ne nous semblent pas conformes à l’esprit de justice et d’équité qui sont la clef de voûte de nos institutions. »

Les deux instances ont tenu à affirmer que Hassan Iquioussen lors des différentes interventions et conférences qu’il a donné dans les mosquées du département du Rhône, « a toujours été dans une ligne de respect des principes et des lois qui fondent notre république. Il a toujours défendu les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité en considérant que la laïcité est une chance pour le vivre ensemble entre toutes les religions et toutes les philosophies, qui peuplent notre pays. »

Le CMR et le CTIR insistent également sur les conséquences qu’une telle décision pourrait avoir sur le pays. « C’est parce que nous le connaissons, que nous sommes conscients de nos responsabilités et de la portée que cette décision pourrait avoir dans l’opinion public, que nous interpellons l’esprit de justice et d’équité qui anime les institutions de notre pays et qui doit présider à toute décision. »

Dans l’Oise, le conseil départemental des associations musulmans de l’Oise évoque « une décision surprenante en vue de la situation et de la personne de Mr Iquioussen ». « Nous l’avons toujours connu fidèle à son engagement rejetant la haine de l’autre, condamnant le racisme, l’antisémitisme, l’extrémisme, l’obscurantisme et le terrorisme »

Le conseil départemental du culte musulman de la Loire qui a déclaré apporter tout son soutien à Hassan Iquioussen et sa famille appelle « tous les élues locaux et député.e.s ligérien.ne.s à exprimer clairement leurs positions sur cette décision qui nous paraît injuste et disproportionnée. »

A Bourg-en-Bresse, le conseil départemental du culte musulman parle d’une décision « partiale et partielle ».

« Ce qui est recherché par cet arrêté, c’est l’humiliation de M. Iquioussen »

A Marseille (Centre musulman de Marseille), Mulhouse (l’Association des Musulmans d’Alsace), Poitiers (Communauté Musulmane de Poitiers), Clermont-Ferrand (association cultures et citoyennetés), Villeneuve-d’Ascq (Centre Islamique de Villeneuve d’Ascq), le même ton de stupeur, d’incompréhension, de crainte et d’indignation émane, le même constat d’une décision dénuée de sens et relevant de l’erreur domine. De nombreuses autres communes ont également exprimé leur désarroi et leur solidarité à Hassan Iquioussen.

A Ozoir-la-Ferrière, l’association culturelle et cultuelle Musulmane Ozoirienne souligne à quel point cette dernière affaire n’est que l’ultime épisode d’un climat de douleur et d’injustice vécue par les musulmans de France. « Des années durant, la communauté musulmane française resta silencieuse et fit preuve de patience face aux épreuves qui la touchaient, trop de temps s’est écoulé sans que sa voix ne s’élève devant les injustices qui la visaient (…) Nous trouvons donc injuste le traitement médiatique qui lui (Hassan Iquioussen) est réservé, et indigne l’expulsion qui paraît actée. Nous considérons même cette décision comme une entrave à la bonne cohésion nationale par le climat de suspicion qu’elle fait régner sur l’ensemble de la communauté musulmane. »

Musulmans de France a pareillement publié un long communiqué pour défendre et soutenir Hassan Iquioussen et exprimé ses inquiétudes sur le climat qui règne en France. « Depuis quelques années déjà, un climat délétère commençait à s’installer en France autour de l’islam et des musulmans. Et la tournure que prennent les événements depuis quelques mois et les messages envoyés à nos coreligionnaires ne sont pas rassurants et ne font qu’accentuer la situation. »

Le collectif contre l’islamophobie en Europe estime enfin que « ce qui est recherché par cet arrêté, c’est l’humiliation de M. Iquioussen, de sa famille et de manière générale les personnes de confession musulmane qui s’interrogent de plus en plus sur leur liberté religieuse en France. »

Condamnations d’autres voix citoyennes

Mais l’expulsion de Hassan Iquioussen n’a pas seulement frappé la communauté musulmane de France. D’autres voix citoyennes et institutionnelles, tout en condamnant certains propos et positions soutenues dans le passé par Hassan Iquioussen, ont manifesté la même dénonciation d’une double peine en France et d’une dérive administrative visant spécifiquement les citoyens de confession musulmane.

Alain Vantroys, LDH.

Alain Vantroys de la section Hauts de France de la Ligue des Droits de l’Homme a rappelé le ministre de l’Intérieur au respect de la loi et du droit.

« Il existe un principe clair dans une société laïque et démocratique : les seules limites à la liberté d’expression sont la possibilité pour autrui d’exercer la même liberté, et l’ordre public. Ce principe doit être respecté. Il est dommageable pour tous qu’un ministre, Gérald DARMANIN, se sépare ainsi de ce principe au nombre de ceux qui fondent les valeurs de notre République. Nous demandons qu’il soit fait droit au renouvellement du titre de séjour d’Hassan IQUIOUSSEN. »

Pour l’Union juive française pour la paix, cette affaire est une nouvelle preuve d’un détournement politicien de la laïcité et du climat de racisme qui s’institutionnalise en France.

« Une grande partie de la presse, loin de défendre les libertés, ressort une vieille déclaration de 2003 à connotation antisémite, sur laquelle l’imam Iquioussen est revenu et a présenté des excuses. Vingt ans après, la manœuvre politique est grossière. Si des déclarations de cet imam sont répréhensibles, qu’il soit jugé pour cela ! La loi séparatisme, on le voit ici clairement, est une loi de confusion des pouvoirs où le ministre de l’Intérieur s’institue pouvoir judiciaire (…)

Nous nous inquiétons de cette dérive liberticide, qui en dit long sur l’extrême-droitisation du pays par Macron et ses alliés. Rien ne saurait justifier une expulsion pour des motifs politiques ou idéologiques, si ce n’est le racisme inhérent à cette affaire. Il faut à tout prix lutter contre ce symbole de la fragmentation de la société entre les « Français de souche », à qui tous les conservatismes sont permis, et les autres, qu’on pourrait maltraiter et expulser selon les intérêts politiques bien compris du moment. »

David Guiraud est député de la 8e circonscription du Nord (Roubaix, Wattrelos).

 

David Guiraud, députes NUPES du Nord, déplore également dans un communiqué un « fait du Prince », « une aventure politique de Gérald Darmanin », des procédures « douteuses » et des « décisions arbitraires ».