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vendredi 01 mars 2024

Du Qatar 2022 à la CAN 2024, la fulgurance marocaine

Écrivain, enseignant, grand connaisseur du football méditerranéen, Gianguglielmo Lozato nous propose un regard sportif sur les chances du Maroc et de l’Algérie à l’approche de la CAN 2024 dans une chronique à lire sur Mizane.info.

Il y a un an,le Maroc avait fait vaciller la planète Football en nous proposant une épopée fabuleuse en Orient.Un retour suivi d’un hommage s’impose dans le monde sportif.Et au-delà. Pour nos mémoires. Pour nos consciences.De son côté, en vue de la toute prochaine Coupe d’Afrique des Nations,l’Algérie est avide d’une revanche suite à sa non participation à Qatar 2022.Elle détient des moyens de l’obtenir.

La Coupe du Monde de Football avait marqué la fin de l’année civile 2022.Puis les esprits jusqu’à début 2023 tant les rebondissements s’étaient avérés des plus prolifiques.

Le Maroc avait été l’acteur principal d’une pratique sportive pouvant se targuer de rester la plus suivie par la population à l’échelle planétaire.Classé quatrième de cette édition organisée de manière inédite sur un territoire arabe et musulman, en l’occurrence le Qatar, il n’a pas laissé indifférent,entraînant une cohorte d’admirateurs et de détracteurs,de commentateurs de diverses tendances.

Mais où en est-on, un an après ?

La compétition

Une Coupe du Monde de Football c’est inégalable sur le plan sportif et émotionnel. Il s’agit sûrement du seul moment de l’année où les femmes sont certaines de se voir moins importunées par les messieurs indélicats redevenant avant tout des supporters pressés de visionner le match de leur équipe.Cette forme d’hibernation masculine a coïncidé avec le passage de l’automne à l’hiver lors de Qatar 2022.Elle a été confrontée à un vent de fraîcheur et de chaleur réglé par un anticyclone venu de la pointe ouest de l’Afrique du Nord.

On peut parler d’épopée au vu de ce qui s’est passé il y a un an pour les footballeurs venus du Royaume de Mohammed VI.Tout y était : suspense, résultats, passion, manière. Pour le plus grand plaisir des passionnés de sport.

Pour initier ce rappel,les rebondissements nous les avons eus par le contraste entre les points obtenus sur le terrain et la frilosité des bookmakers envers le onze maghrébin.Ce qu’on peut appeler un manque de confiance de principe.Ce passage obligé à l’image de l’Égypte en 1990, cotée à 500 contre 1 ce qui ne l’empêcha pas de tenir plus qu’honorablement en échec l’Irlande (0-0) ainsi que les prestigieux Pays-Bas de l’époque sur un retentissant 1-1 a été remis en question par les Lions de l’Atlas. Ces derniers ont terminé sereinement premiers de leur groupe au premier tour. Puis ont éliminé l’Espagne et le Portugal. Avant de se faire barrer la route de la finale par les Français tenants du titre. Avec un essoufflement en petite finale (défaite face à la Croatie). Un scénario rappelant un peu le découragement de la France de Platini lors de la finale de la troisième place perdue en 1982, malmenée auparavant par l’Allemagne en demi-finale.

Un sof power marocain ou panarabe ?

Le Maroc du Football s’est présenté en étendard de la fierté arabe. Sur le plan sportif, c’est indéniablement le grand événement. Cette empreinte indélébile n’efface pas pour autant les exploits passés d’autres formations.Ce qu’a réussi le groupe emmené par son coach Walid Regragui a eu pour effet d’augmenter le capital sympathie d’une destination déjà très très touristique.

Sur le plan purement sportif, la Tunisie avait déjà accompli des choses très positives en coupe du monde. Tout comme le Cameroun, le Nigeria ou le Sénégal.Le Maroc a combattu à la fois pour l’honneur du football arabe et pour celui du football africain.Toutefois,d’autres thuriféraires d’un renouveau ont apporté leur pierre à l’édifice de cette collection automne-hiver 2022 des émotions footballistiques.La Tunisie,l’Arabie Saoudite et l’Iran ont produit quelques séquences dignes d’intérêt. Cette géopolitique du ballon rond a permis de placer le Maroc sur le fauteuil du leadership. En tant qu’équipe puis rapidement en tant qu’entité culturelle.

Cette mise en lumière de la nation marocaine est passé du sport de haut niveau à la gastronomie et à la politique internationale. Organisé au Qatar, le suprême événement international consacré au ballon rond a montré que ses organisateurs ne s’étaient mis en évidence qu’économiquement. Leurs rivaux venus d’Afrique du Nord ont démontré des choses sur le terrain. Puis sur le plan de la solidarité, du collectif, un peu comme l’Algérie avait son équipe du FLN en prévision de l’Indépendance. L’équipe nationale du Maroc a déployé son blason porté par vingt-trois joueurs déterminés. Les pays du Golfe ont appris à mieux considérer leurs coreligionnaires du Maghreb.

Pendant ce temps, le souverain marocain a traité d’égal à égal avec la monarchie saoudienne sur certains dossiers. Carambolage ou convergence des spiritualités et des systèmes de gouvernance ?L’Occident a eu l’occasion de réaliser de nouveau l’existence de l’Afrique du Nord, et pas seulement du Qatar pour représenter l’univers arabisant. Avec quelques imperfections toutefois puisque l’Afrique du Nord ne se résume pas au seul Maroc. Ce dernier se place actuellement sur une phase ascendante, au point d’attirer de plus en plus d’investisseurs étrangers et d’obtenir plus fréquemment la faveur des médias internationaux, délaissant l’Algérie, la Tunisie, et la Libye dont la situation est pourtant très préoccupante.

La morale de l’histoire

Une grande leçon sportive et extra-sportive nous a été dispensée. Le point commun qui relie les deux secteurs est l’aspect moral. Avant de passer à l’éthique, arrêtons sur les réalités du terrain et des matchs. Le sélectionneur national W.Regragui a su agir en tant qu’entraîneur et en tant que manager. Il a su gérer des égos différents et des gens nés au pays et à l’étranger. Une symbiose à laquelle il convient de rendre un vibrant hommage. Il convient dans le même temps de souligner qu’il n’est cependant pas un précurseur en matière de conciliation. En effet, l’Algérie de 1982 avait su faire cohabiter harmonieusement Arabes et Kabyles, avec une victoire pleine de clameurs sur l’Allemagne de l’Ouest.

Le problème est apparu plus tard, au « Mundial » mexicain, avec une mauvaise gestion croisée des natifs d’Algérie, des « Beurs » et de ceux évoluant dans le championnat local et à l’étranger. Heureusement, la conciliation puis la réconciliation sont apparues en tête de la liste des préoccupations de la FAF. Depuis la campagne de qualifications en vue du Brésil 2014, et l’incorporation de Slimani et Soudani évoluant en championnat algérien à ce moment-là, l’alchimie a débouché sur quelques beaux épisodes.

A présent, les « Fennecs » refont partie des grosses cylindrées de leur continent, prêts à défier les Lions de l’Atlas. Jusqu’en finale de la CAN s’il le faut. Cette rivalité entre deux pays frontaliers pourrait déboucher sur une grande tension en cas d’affrontement lors d’un match à élimination directe. Avec des débordements qui n’étonneraient plus personne. Puisque nous sommes encore dans le fictionnel, alors osons. Oui, osons penser que grâce au sport les conflits vont s’estomper au moins en apparence au long d’un match disputé dans un bon esprit ? Les footballeurs ont le pouvoir de conditionner les foules. Alors pourquoi pas influencer positivement le peuple, son moral par la morale ? Un rapprochement des peuples s’était vérifié pendant le Mondial. Par exemple, avec les Italiens dont l’équipe nationale était éliminée du tournoi et qui s’étaient mis à supporter le Maroc en pensant à Amrabat, l’infatigable joueur officiant dans l’entre-jeu de la Fiorentina. Puis avec les Tunisiens et le Monde Arabe en général. Et enfin avec les supporters algériens de la diaspora installée en France, qui ont pour une grande part fraternisé avec leurs homologues marocains.

Un an. C’est le temps nécessaire pour digérer un exploit aussi retentissant que ce que le Maroc du Football a accompli. Plus particulièrement pour une nation qui n’était pas habituée à atteindre ces étapes de la compétition sportive la plus populaire au monde.

Dorénavant il reste deux ans et demi avant la prochaine plus grande échéance internationale. Un axe temporel durant lequel le groupe marocain devra sauvegarder ses composantes tout en cherchant à éventuellement les bonifier.

La formation marocaine aura à cœur de confirmer. C’est-à-dire de persévérer. Pour ainsi faire taire les détracteurs potentiels. S’ériger en porte-parole d’un Football résumant une quadruple alliance afro-arabo-berbéro-orientale. Quatre éléments se présentant comme les quatre saisons du renouveau de la coupe du monde. Un assemblage où l’Algérie a les moyens de revenir en grâce à partir de la Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu ce mois de janvier.

La CAN approche. Une finale 100 % nordafricaine en terre subsaharienne serait un événement des plus marquants.Mais attention aux Ivoiriens évoluant à domicile, aux Sénégalais et aux Camerounais.Rien n’est acquis, tout est relancé.

Gianguglielmo Lozato

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