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13/08/2022
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COP 26 : « Le réchauffement climatique est un crime contre l’humanité »

La COP 26, réunion de grandes nations autour de la crise climatique majeure, a débuté et se terminera le 12 novembre. Pour l’écrivain et imam sénégalais Ahmad Kanté, cet événement doit permettre de repenser un système économique compatible avec la biosphère et non l’inverse. Il s’en explique sur Mizane.info.

C’est parti pour la COP 26 qui se tiendra du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow. En principe, c’est toujours mieux de s’asseoir pour échanger notamment sur des enjeux mondiaux que de ne pas le faire. Mais à condition que le ver ne soit pas déjà dans le fruit ou que les fruits escomptés soient au rendez-vous et que ce soit un moment solennel de responsabilité et non de ruse et d’esquive. Pour ne pas remonter trop loin, on peut s’accorder à dire qu’une alerte climatique vigoureuse a été donnée en 1972 par le Premier rapport du Club de Rome dont l’intitulé « The limits of growth » (Les limites de la croissance) préconisait une remise en cause des modes de productions et de consommation en vigueur sous la houlette de l’Occident bâties sur un modèle de développement non durable.

La justice climatique, une exigence éthique

En 1992, se tenait le sommet de Rio au Brésil qui réunit 189 pays. Entre autres sujets, le changement climatique était à l’ordre du jour et des engagements avaient été pris sous le double mode de l’atténuation et l’adaptation.

La 26e session de la COP 26 démarre avec l’absence de la Russie et de la Chine, l’Australie qui hésite à venir et les USA qui reviennent après la parenthèse du business man et climato-sceptique Donald Trump. Des voix plus ou moins expertes et indépendantes considèrent qu’on tourne en rond : des engagements insuffisants et des promesses non tenues. Force est de reconnaître que cette COP 26 ne semble pas bien partie pour apporter les réponses qui correspondent à l’ampleur, l’accélération et les effets catastrophiques du réchauffement climatique.

Nous préférons le terme réchauffement climatique à celui de changement climatique qui ne qualifie pas le phénomène comme il faut. En vérité et comme on pouvait s’y attendre, le réchauffement climatique est pris au piège des intérêts géopolitiques, c’est-à-dire, des volontés de puissance et du capital, donc, de la convoitise et du profit sans limite.

Karl Marx aurait bien proposé un modèle d’analyse pertinent à ce sujet !

Au demeurant, il faut bien admettre que le réchauffement climatique est un crime contre l’humanité car les écologues nous disent que le climat est une combinaison de paramètres bio-physico-chimiques réglée de telle sorte que la terre soit habitable pour les humains et toutes les autres formes de vie. L’implication majeure qui en découle est que la justice climatique est une exigence éthique de première urgence pour l’humanité. Sous ce rapport, la responsabilité des générations actuelles est grande envers les futures.

Le dévoiement des élites politiques

On sait ce qui se passe, comment ça se passe et pourquoi ça se passe et comment faire pour que ça change et prenne une autre tournure. On sait que ce sont les modes de production et de consommation en vigueur qu’il faut changer de fond en comble. On sait qu’il nous faut non pas une économie qui « intègre » le climat mais une qui soit compatible avec les lois de la Biosphère mais on est sous l’emprise carcérale voire l’idolâtrie du toujours plus, plus vite, et maintenant, ce qui est une sortie de civilisation en vérité.

Derrière de jolis mots de progrès, de modernité et de liberté se cachent des appétits monstrueux et insatiables de puissance et de jouissance. C’est là où se cristallise le lien entre réchauffement climatique et crise de civilisation. Mais de quelle civilisation est-il question ? Celle du profit capitaliste, individualiste, de compétition mortifère que l’Occident diffuse dans le monde depuis sa révolution industrielle. Même là-bas, François Hollande l’avait admis, les « décideurs » politiques font profil bas devant les exigences injustes et non éthiques des détenteurs du capital et de la bourse qu’il ne faut surtout pas offusquer!

La démocratie représentative est en crise profonde du fait de son mensonge d’une gouvernance bonne et juste des pays et du monde. Les élus qui sortent du « suffrage universel » finissent par représenter les intérêts du capital, font ou défont ou encore s’opposent à des lois pour adapter les pays et le monde aux intérêts du profit capitaliste moyennant des retombées pour eux-mêmes inavoués ou inavouables.

Les scandales politico-financiers récurrents un peu partout dans le monde sont une illustration plus qu’inquiétante de la déliquescence de la gouvernance des affaires communes à un pays et au monde à laquelle nous faisons allusion.

La démission des Africains

Hélas, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge devenue trop chaude à cause du réchauffement climatique car l’Afrique et le monde musulman qui devaient tirer les leçons qui s’imposent choisissent, ou à tout le moins leurs décideurs, de faire le plus facile mais aussi le plus dramatique à savoir, opter pour le mimétisme et la dépendance. Ils ont renoncé à travailler pour un modèle alternatif de développement au grand dam de l’humanité.

L’écrivain et imam Ahmad Kanté.

Comment continuer à parler de civilisation, de valeurs, de dignité humaine, de droits humains, de solidarité, de responsabilité, de justice alors que le climat qui rend la terre habitable est en péril. Les premiers responsables continuent le sac de notre planète, notre maison commune comme le dit la belle expression du Pape François, alors que les plus vulnérables quémandent leur assistance : les Africains vont rappeler aux Occidentaux l’assistance promise lors de la COP 26, un 26e rappel !

Comble de l’ironie ou du cynisme, des moyens colossaux privés comme publiques et internationaux sont en train d’être dépensés pour trouver une ou d’autres planètes habitables. Mais vu qu’en deux siècles nous sommes parvenus à rendre cette belle planète bleue de plus en plus inhabitable, n’est-ce pas une fuite en avant que de se dire qu’on va trouver ailleurs comme l’enfant qui lance et casse tous les jouets et en réclament encore. Hélas, la terre n’est pas un jouet.

Le califat humain, un modèle de gestion écologique

En ces temps anxiogènes de réchauffement climatique dont les effets sont beaucoup plus dangereux, profonds et globaux que la COVID19, il est venu à notre souvenir que d’une part, le califat authentique dont parle le Coran à l’intention de l’humanité est l’exact contraire de ce que nous sommes en train de faire en terme de corruption, de pollution, de gaspillage, et de toutes sortes de crimes, des homicides comme des écocides :  « Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire « Khalifa « . Ils dirent : « Vas-Tu y mettre un qui y sèmera le désordre et versera le sang, quand nous sommes là à proclamer Ta louange et à Te glorifier?  » – Il dit : « En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas! « . » (Coran 2 : 30)

Cette civilisation de la corruption à l’ère de l’Anthropocène produit inévitablement des chocs que nous devons assumer et corriger ensemble car il y va de notre commun destin : « La corruption est apparue sur terre et en mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains; afin qu'[Allah] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont fait ; peut-être reviendront-ils. » (Coran 30 : 41). Nous sommes fermement convaincus que la crise climatique est d’abord une crise de civilisation donc de notre rapport à Dieu, à la terre, terme que nous préférons à « nature » et à l’humanité.

Sous ce rapport, lois, technoscience et moyens financiers ne peuvent pas être la solution mais juste des moyens pour une fin autre que le modèle de développement et de progrès en cours et qu’il ne s’agit pas du tout de prolonger mais de changer. En aurons-nous la volonté, le courage et le temps ?

À cette question qui finit notre propos, nous répondons par ce hadith : « Si l’Heure (la fin du monde) advient alors que l’un d’entre vous a une jeune pousse de palmier entre ses mains, s’il peut la planter qu’il le fasse ». (Boukhari)

Ahmad Kanté

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