
2023-08-21
Écrit par Admin
Dans tous les cas de naissances miraculeuses et emblématiques au sein de la famille/descendance d’Abraham, en commençant par Ismaël et Isaac jusqu’à Jean (paix sur eux), la femme qui va enfanter la personne qui aura un statut et une fonction emblématiques dans le récit de l’Alliance Abrahamique est auparavant empêchée d’avoir un enfant, soit par son âge avancé, soit par une contrainte de stérilité, ou les deux à la fois. Malgré son âge avancé et sa stérilité, l’intervention de Dieu fait que Sara va concevoir et donner naissance à Isaac (paix sur lui). Pour Rébecca, l’épouse d’Isaac, il est question de stérilité, de même que pour Anne, la mère de Samuel (paix sur lui) et son homonyme, la mère de Marie. Même pour cette dernière, la naissance d’un fils sans père qui lui est annoncée sera tellement éprouvante qu’elle va souhaiter mourir avant. (Coran 19 : 23). Pour chacune de ces naissances miraculeuses qui voit intervenir Dieu, le garçon inespéré qui naît est d’abord affilié à son père comme le veut la tradition israélite voire sémite de façon plus générale : chez les Israélites, un enfant, c’est « ben un tel », d’où l’expression « fils d’Israël » et chez les Arabes, « ibn un tel ». C’est donc par la voie patrilinéaire que Dieu procède à un don de prophètes issus de la descendance d’Abraham (paix sur lui) dans le cadre de l’Alliance qu’Il a conclue avec lui. Or, pour Jésus, fils de Marie (paix sur lui), c’est tout autre chose qui va se passer. En effet, cette fois-ci, pour la première et dernière fois dans la descendance d’Abraham (paix sur lui) et notamment la lignée d’Israël, une jeune fille exempte de toute contrainte pouvant l’empêcher d’avoir un enfant et qu’aucun homme n’a jamais touchée, va donner naissance à un garçon nommé Jésus, fils de Marie (paix sur lui) : il est « ben miryam » en hébreu et « ibn mayam » en arabe ; il n’est le fils que de sa mère, Marie de Palestine, homonyme de Marie d’Égypte, sœur de Moïse et d’Aaron (paix sur eux). Il est nécessaire de rappeler que c’est dans le Coran qu’on trouve le récit de loin le plus complet sur la vie de Marie jusqu’à la naissance de son fils Jésus (paix sur eux), ce que nous appelons la « biographie coranique de Marie ». L’implication majeure de cela est que les articulations de la fonction de Marie et de celle de son fils Jésus (paix sur eux) dans l’Histoire de l’Alliance et du Salut ne peuvent être comprises de façon satisfaisante et correcte sans une prise en compte rigoureuse et conséquente de ce qu’en dit ce Livre1. Voici les principales étapes de la « biographie coranique » de Marie qui apportent un éclairage incontournable à sa fonction dans l’Histoire de l’Alliance et du Salut : Selon le Coran, Marie est la première à s’étonner d’entendre les anges lui faire l’annonce de la naissance de Jésus fils de Marie (paix sur eux) alors qu’elle était dans le Temple. Cela constitue une preuve entre autres de son impeccable chasteté. A la réponse étonnée qu’elle donne aux anges dans le Temple « Comment aurai-je un enfant alors qu’aucun homme ne m’a jamais touchée ? », Marie ajoute face à l’ange Jibrîl (paix sur lui) qui lui fait face hors du Temple et à l’improviste « et je ne suis pas une prostituée ! » En vérité, lors de son échange avec Jibrîl (paix sur lui), Marie lui dit que dans son cas, elle ne pouvait avoir d’enfant que par le mariage ou la prostitution, et qu’elle n’était donc pas concernée. Le miracle va se décliner dans l’expression « Jésus, fils de Marie » qui renvoie à ceci que Jésus n’est le fils que de sa mère, Marie. Mais la théologie chrétienne va finir par se départir rapidement de cette expression pourtant mentionnée dans les Évangiles et lui préférer celle de « Jésus, fils de Dieu » ou encore « Le fils de l’homme », là où le Coran utilise les expressions « Le Messie, Jésus fils de Marie », « Jésus, fils de Marie », « Le Messie, fils de Marie » et les noms de Messie et Jésus. Voici ce qui distingue principalement Marie des femmes d’Israël qui ont eu des maternités miraculeuses et lui donne cette fonction singulière dans l’Histoire de l’Alliance et du Salut : Par contre, Marie est dans le cas d’une jeune fille harmonieusement constituée5mais qu’aucun homme n’a jamais touchée ni par les liens du mariage ni par la prostitution. (Coran 3 : 47) ; (Coran 19 : 20). D’expérience humaine, Marie n’a aucune chance d’avoir une maternité, même si aucune contrainte liée à sa propre personne n’est présente6, et pourtant, elle va en avoir et donner naissance à Jésus, fils de Marie (paix sur lui) ! Ce miracle unique dans la lignée d’Israël et dans l’humanité donne à Marie cette fonction unique d’entre les femmes du monde : « Quand les Anges dirent : ‘Ô Marie ! Allah t’a élue, t’a purifiée et t’a élue au-dessus des femmes du monde » (Coran 3 : 42). Pour difficile qu’ait été cette épreuve pour Marie qui en a souffert jusqu’à souhaiter mourir et qui a été calomniée pour ce fait7, il ne s'agissait en réalité que d’une démonstration de la Toute Puissance de Dieu comme le laissent penser la plupart des commentateurs du Coran. On peut néanmoins envisager d'autres hypothèses si on tient compte de l’articulation coranique de la mère Marie et du fils Jésus en un seul signe (âya), (Coran 21 : 91) ; (Coran 23 : 50). Ahmadou Makhtar Kanté Notes : 1 Certains textes apocryphes mentionnent la jeune Marie mise dans une cellule et confiée à la garde d’un certain Joseph. 2Ce qui ne correspond pas au dogme chrétien de l’immaculée conception. 3 Il y a bien un plan de mise à l’abri de Jésus et de sa mère Marie (paix sur eux). Cela implique ceci que le lieu de naissance de Jésus, fils de Marie était sujet à des conflits et à l’instabilité politique et religieuse. On déduit de la biographie coranique de Marie, que Jésus, fils de Marie est né loin du Temple (Coran 19 : 16) ; (Coran 19 : 22) ; puis, sa mère et lui se sont installés dans une autre localité encore plus éloignée donc de Jérusalem (Coran 23 : 50). 4 (Coran 5 : 116). Ce sera au jour du Jugement denier. 5 (Coran 3 : 37). 6 On comprend mieux dans ce contexte pourquoi le Coran mentionne que Dieu assura à la jeune Marie un développement harmonieux et complet de sa personne. (Coran 3 : 37). 7 (Coran 19 : 23) ; (Coran 4 : 156).Mizane.info publie la première partie d'un texte de l'imam et essayiste sénégalais Ahmadou Makhtar Kanté. Un texte inédit qui décrypte et analyse la fonction de la Vierge Marie à la lumière du Coran.


