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01/12/2021
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Ce qu’il faut retenir du quinquennat de Macron

A quelques mois des élections présidentielles, c’est l’heure du bilan. Voyons ensemble les réformes les plus marquantes du quinquennat Macron et les conséquences économiques, pas très positives, pour les Français.

Le “ projet de loi travail “ et la réforme des retraites : Macron et la normalisation de l’utilisation de l’article 49.3

L’une des réformes les plus marquantes de ce quinquennat Macron est, bien sûr, celle du travail. Le projet de loi relatif au travail est le premier à avoir été mis en place dès juin 2017, juste après son élection. Au programme : plafonnement des indemnités prudhommales en cas de licenciement abusif, primauté à l’accord d’entreprise sur l’accord de branche ou encore référendum d’entreprise à l’initiative de l’employeur en cas d’accord minoritaire.

Validé de façon exceptionnelle par l’article 49.3 de la Constitution, il est suspendu temporairement par l’arrivée du COVID, mais reste un des tournants majeurs pour la France au même titre que sa voisine : la réforme des retraites. En effet, celle-ci a également fait couler beaucoup d’encre depuis son annonce en 2017. L’idée initiale étant de mettre en place un système universel, le régime unique viendra remplacer les régimes spéciaux. Refusée en premier lieu par le Parlement, elle a finalement été adoptée par le biais de l’article 49.3 de la Constitution le 27 février 2020.

Un système d’assurance chômage bouleversé

La réforme sur l’assurance chômage est également entrée en vigueur le 1er octobre 2021. Celle-ci a pour objectif de lutter contre les recours excessifs aux contrats courts, les situations dans lesquelles, selon le gouvernement, l’assurance chômage permettait de gagner plus qu’en travaillant. Il faudra dorénavant avoir travaillé six mois sur les vingt-quatre derniers mois, au lieu de quatre mois actuellement, afin de bénéficier des indemnités de Pôle Emploi. De plus, la réforme prévoit une dégressivité de l’allocation pour les plus hauts revenus. Malheureusement, les prévisions n’annoncent pas que des bonnes nouvelles. En effet, 1,15 million de personnes verraient leurs droits baisser de 17 %, et la baisse irait jusqu’à 40 % pour les plus précaires.

Une création d’emplois pas très créative et une dette publique en constante augmentation

Pour ce qui est de la création d’emploi, là encore, les chiffres ne sont pas au beau fixe. On dénombre 62 500 emplois supprimés dans le monde depuis le COVID, dont la moitié en France. Plusieurs groupes du CAC 40, tels que Renault, Air France et Safran ont également annoncé un nombre considérable de suppression d’emplois. Le taux de chômage en France apparaît stable à 8,1% de la population active, mais reste supérieur à celui des pays voisins (6 % pour l’Allemagne et 7 % en Belgique). Sans compter que les chiffres n’incluent pas les personnes refusant des postes proposés par Pôle Emploi bien en deçà de leurs qualifications et qui se font radiées au second refus.

La promesse de réduire les effectifs de la fonction publique n’a pas été respectée et les 5,66 millions de fonctionnaires sont toujours en place. Quant au dernier projet de loi de finance de son quinquennat, celui-ci se dirigerait dans le sens du “ quoi qu’il en coûte “ et le temps des économies n’est pas encore venu. En effet, le budget de l’État va augmenter de plus de 11 milliards d’euros. Avec une dette à 115 % de son PIB à la fin du deuxième trimestre de 2021, la France d’Emmanuel Macron n’est pas prête de pouvoir rembourser.

La suppression de l’ISF et l’augmentation des inégalités

En 2018, l’ISF (impôt sur les sociétés) a été transformé en IFI (impôt sur la fortune immobilière). La Flat tax, un système de prélèvement forfaitaire unique, était instaurée dans le même temps. L’idée était que les gros portefeuilles, étant moins taxés, relanceraient l’économie. Malheureusement, ce “ ruissellement” n’a pas encore été constaté. Les plus fortunés se sont enrichis de 1,7 millions d’euros selon les chiffres. On comprend mieux le surnom donné à Emmanuel Macron de “ Président des riches”. Ce remplacement aurait d’ailleurs fait perdre 3,44 milliards d’euros de recettes à l’Etat.

Des aides sociales doucement mais sûrement diminuées

Dans le même temps, la réforme de l’Aide personnalisée au logement a encore creusé l’écart entre les riches et les pauvres, et a touché plus particulièrement la jeunesse. Le mode de calcul des APL versées par la CAF a changé. Celles-ci ne sont plus calculées sur la base des revenus d’il y a deux ans mais sur les ressources des 12 derniers mois glissants avec actualisation tous les 3 mois et non plus une fois par an. Suite à cela, on a pu voir des files d’attentes interminables de jeunes devant les distributions de repas ainsi que de nombreux témoignages attestant que certains étudiants ne pouvaient se payer qu’un repas par jour. Les jeunes touchaient en moyenne 295 euros d’APL en décembre 2020 contre 256,5 euros en mars 2021. Les jeunes actifs, dont les revenus sont proches du Smic (entre 800 et 1 300 €), sont les plus touchés, avec une baisse moyenne de 95 € par mois.

Quinquennat Macron : une sécurité renforcée, en dépit de certaines libertés

Sur le thème de l’immigration et de la sécurité, là aussi le quinquennat de Macron laissera sa marque. Dès novembre 2017, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb crée la polémique avec sa “ circulaire Collomb “ sur l’hébergement d’urgence. Celle-ci prévoit l’envoi dans les centres sociaux d’équipes mobiles constituées d’agents des préfectures et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) afin de recenser les personnes hébergées selon leur droit au séjour. Les associations avaient alors affirmé qu’un pouvoir de contrainte avait été attribué à ces équipes chargées du recensement et que la finalité n’était autre que viser surtout les personnes dépourvues de droit au séjour afin de prévoir leur éventuelle expulsion.  Dans la logique de renforcement de la politique d’éloignement, la loi asile et immigration est entrée en vigueur le 10 septembre 2018. Il s’agit de réduire les délais de traitement des demandes d’asile. Pour cela, les délais de la procédure administrative ont été raccourcis également et les reconduites à la frontière des déboutés de leurs demandes, grandement facilitées.

Il laisse ensuite sa place à Gérald Darmanin, au cœur de la polémique avec le texte sur la sécurité globale et son article 24 sur la liberté de la presse, qui ne serait plus tout à fait libre. En effet, avant d’être modifié et remplacé par l’article 52 actuel, le texte initial prévoyait de modifier la loi de 1981 sur la liberté de la presse en créant un délit de diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre. Pour simplifier, les images prises et diffusées par un journaliste montrant les forces de l’ordre en opération, seraient interdites et bien sûr, punies par la loi. Dans son nouvel article 52, il est prévu que soit puni, non pas la diffusion d’images mais la « volonté malveillante de les identifier à l’occasion des opérations de police ».

Pour en finir avec la question de la sécurité, le gouvernement est venu renforcer sa logique de répression avec le « projet de loi confortant le respect des principes de la République ,» loi contre ce que le gouvernement nomme le “ séparatisme “. Ce texte qui entend lutter contre “ l’islamisme radical ” est censé rétablir le principe de laïcité en France, mais touche de très près à la loi de 1905 et sa liberté du culte et d’association. La récente vidéo réalisée par le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation expliquant les contours du “ séparatisme “ vu par la gouvernement, relance malheureusement le débat sur la difficulté pour les musulmans de France d’être pleinement acceptés par leur gouvernement.

Un plan de relance peu convaincant

Un plan de relance a été mis en place pour faire face aux difficultés économiques rencontrées depuis 2020 et notamment un recul de la croissance de 8,3 %. L’idée de Macron était bien de faire face à la crise en débloquant pas moins de 100 milliards d’euros d’aides publiques. Sauf que le concept est resté au stade de l’idée puisque ces euros ont terminé en dividendes. En effet, ce sont les groupes du CAC 40 qui ont gratuitement bénéficié de ce joli cadeau. Un scandale lorsqu’on apprend que les demandes des hôpitaux pour du matériel suite à la pénurie durant le COVID, ont été tout simplement refusées.

Le mouvement des gilets jaunes ou les limites du droit de manifester

Comment terminer ce bilan sans parler de l’un des mouvements sociaux les plus marquants de la 5ème République : les gilets jaunes. Débuté en octobre 2018 suite à l’augmentation du prix du carburant automobile, celui-ci a pris une ampleur exceptionnelle de par le nombre de manifestants présents durant les protestations (attestant du “ ras-le-bol “ des Français) ainsi que la répression effectuée par les forces de l’ordre.

Manifestation du mouvement des gilets jaunes, à Belfort, le 19 janvier 2019.

Les manifestations aboutissent à une suppression de la taxe d’habitation, une suppression des cotisations sur les heures supplémentaires, une baisse des cotisations salariales des salariés, une augmentation de l’allocation adulte handicapé de 100 euros par personne (uniquement pour les personnes seules, car celle-ci sera réduite pour les personnes en couple), une prime exceptionnelle de 1000 euros ( au bon vouloir de l’employeur ), une annulation de la hausse de la CSG pour les petites retraites et enfin, l’annulation de la hausse sur la taxe carbone sur les carburants.

Avec 9,1 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France en 2019 et une explosion des demandes alimentaires en 2021 ainsi qu’une augmentation du taux de chômage de 6,3 % sur un an, nous attendons le bilan de l’INSEE pour fin 2021 avec, disons-le, peu d’espoir. A quelques mois des élections présidentielles, le moins que l’on puisse dire est qu’Emmanuel Macron va devoir user de gros moyens « quoi qu’il en coûte » pour espérer remporter son élection.

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