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CAN 2026 : à propos des tensions algéro-marocaines

« Le nationalisme est une maladie infantile » : à propos des tensions algéro-marocaines

La montée des tensions algéro/marocaines a encore trouvé un terrain de chasse pour s’exprimer : le terrain de la CAN 2026. Pour l’écrivain et éditorialiste Fouad Bahri, il est grand temps de signer la fin du match.

« Le nationalisme est une maladie infantile. C’est la rougeole de l’humanité » (Albert Einstein). C’est de pire en pire à chaque nouvelle occasion. Que ce soit sur le caftan, sur la chorba ou la harira, ou, CAN 2026 oblige, lorsqu’il est question de football, la rivalité algéro-marocaine est en passe de devenir autre chose qu’une simple concurrence entre nations : une guerre larvée.

La lecture des commentaires qui ont suivi le match Algérie/Nigéria ont permis de prendre la température d’une confrontation qui dépasse largement la question sportive. La volonté d’humiliation réciproque est manifeste et ouvre la voie à un climat délétère franchement détestable sur l’ensemble des réseaux sociaux. Prestation sportive en dent de scie, accusation de trucage, alliance israélo-marocaine : tous les prétextes sont bons pour exprimer une hostilité sous-jacente qui ne demande qu’à exploser.

Une guerre larvée instrumentalisée

La moindre vidéo de supporters algériens déçus ou marocains triomphalistes s’accompagne régulièrement d’une explosion de messages grossièrement haineux dans les deux sens. Le retour en flamme du nationalisme nord-africain et la montée de plus en plus évidente d’une haine algéro-marocaine a donc de quoi inquiéter.

Croire qu’il ne s’agit que de sport est une grossière erreur. Le football est un révélateur de fractures plus profondes qui remontent en l’occurrence au siècle dernier. Crise après crise (guerre des sables, guerre froide, crise du Sahara occidental, alliance sécuritaire israélo-marocaine), cette tension a atteint des proportions si grandes qu’elle ne peut plus être occultée. Et, comme toujours, cette haine est instrumentalisée politiquement par des mercenaires qui espèrent tirer le marron du feu et, quand c’est possible, jeter de l’huile dessus.

Notre intention n’est pas, dans ce billet, de distribuer les bons points et les mauvais points. Aucun pays n’est parfait et franchement, en comparant les situations socio-économiques d’Alger et Rabat, il n’y a pas de quoi pavoiser.

Israël et le Sahara occidental

Le génocide palestinien par l’armée sioniste et ses supplétifs religieux ont, certes, donné une autre dimension à ce contentieux, mais l’erreur est de confondre la politique hasardeuse et dangereuse du pouvoir marocain avec les aspirations sincères du peuple marocain qui est très largement hostile à tout rapprochement de leur Nation avec Tel Aviv, et ce, même si leur attachement à la monarchie ou la crainte de représailles ne leur permet pas toujours de l’exprimer avec intensité, à l’exception des Marocains qui l’ont fait et ont courageusement manifesté dans leur pays pour les droits du peuple palestinien.

La question du Sahara occidental a été politiquement très mal gérée. D’autres options, que la confrontation diplomatique, étaient sur la table, d’autres scénarios qu’une alliance avec le régime sioniste de Netanyahu étaient possibles, mais ils impliquent une amélioration de la relation politique entre les deux plus grandes nations d’Afrique du Nord, et, pour le moment, tous les signaux vont contre cette normalisation.

Les conséquences d’une tension

Quoi qu’il en soit, ce contexte est un échec éthique collectif pour les musulmans d’Afrique du nord et il appelle de notre part à un véritable sursaut spirituel. Il n’est pas acceptable que cette situation s’aggrave davantage car elle aura et a déjà des conséquences concrètes sur les relations sociales algéro-marocaines du quotidien. Combien de mariages algéro-marocains étouffés dans l’œuf, d’amitiés rompus, de fraternité religieuse dissoute ?

Les explications selon lesquelles ce type de tension a toujours existé et que l’idéal de la fraternité musulmane serait utopique ne nous intéressent pas car elles relèvent de la facilité et ne solutionnent pas le problème. En ce domaine, nous ne tirerons aucun profit de l’insouciance. Notre responsabilité éthique nous enjoint à sonner la fin du match et à rappeler à tous les Algériens et Marocains où sont les véritables enjeux politiques et civilisationnels de demain.

Une feuille de route

Les Algériens doivent cesser ces manifestations puériles de nationalisme à coups de drapeau brandi à n’importe quelle occasion, et prendre du recul sur leurs affects. Que cette énergie soit investie et canalisée dans le redressement social, politique, économique et culturel de l’Algérie qui a les moyens d’être une puissance géopolitique régional de premier plan de par ses ressources, son peuple et son histoire. Une histoire qui se conjugue avec celle du Maroc et de la Tunisie, dont les frontières coloniales ne disent rien de la réalité ontologique des habitants. Les Algériens de l’ouest ont plus de liens culturels, linguistiques, et alimentaires avec les Marocains vivant de l’autre côté de la frontière que des Algériens situés à l’autre extrémité du pays, vers la frontière tunisienne. Et tous ont plus en commun et donc, plus à perdre, à se combattre.  

Les Marocains, de leur côté, doivent rompre avec une vision néo-impériale nostalgique, entachée de ressentiment et rattachée à un âge d’or définitivement révolu. Le Maroc est une vieille nation, riche d’une longue histoire qui n’est pas terminée, forte d’une culture raffinée. La décolonisation des esprits et la sortie d’une logique de la confrontation sur le mode tribal, devenu national, doit aussi impérativement cesser des deux côtés de la frontière. La rupture de l’alliance marocaine avec Tel Aviv pourrait être un geste décisif qui inverserait la polarité des relations entre l’Algérie et le Maroc et aurait des répercussion positives sur la résolution du dossier sahraoui.

Vers un avenir africain

En semant les graines de l’humiliation, on ne récoltera que les fruits empoisonnés de l’amertume. Nous devons collectivement voir plus loin. Un avenir profitable à toutes les nations africaines passe par un réveil continental orienté économiquement vers l’Est, politiquement vers le centre (le continent lui-même) et culturellement vers l’Ouest. Et non le contraire.

Toutes les nations africaines y gagneront. Les BRICS ont ouvert la voie. Aux Africains de prouver non seulement qu’ils n’ont jamais quitté l’histoire, mais encore que l’histoire de demain ne s’écrira pas sans eux. Dans ce chapitre africain, une alliance symbolique algéro-marocaine marquerait tous les esprits, et Dieu sait quelle est la force d’un symbole devenu réalité.  

Fouad Bahri

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