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Soudan : plus de 100 morts dans un marché, la guerre oubliée continue

Soudan : plus de 100 morts dans un marché, la guerre oubliée continue

2026-10-29

Écrit par Rédaction

Une frappe de drone attribuée à l'armée soudanaise a fait au moins 102 morts et 113 blessés, ce lundi, sur un marché de Nyala, au Darfour-Sud. Selon une organisation soudanaise de défense des droits humains, de nombreuses femmes et des enfants figurent parmi les victimes. Ce nouveau massacre illustre l'intensification d'une guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023.

À Nyala, dans l'ouest du Soudan, les drones ont une nouvelle fois frappé des civils pris au piège de la guerre entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR). Alors que les témoignages décrivent l'ampleur des pertes humaines, les organisations humanitaires dénoncent la multiplication des attaques contre les marchés, les habitations et les infrastructures essentielles. Une escalade meurtrière qui aggrave une catastrophe humanitaire touchant des dizaines de millions de personnes, dans une relative indifférence internationale.

À Nyala, un marché transformé en scène de massacre

Lundi 26 octobre, un drone frappe le marché de Tanqonj, dans l'ouest de Nyala, capitale du Darfour-Sud. Des commerçants et des clients se trouvent encore sur place lorsqu'une puissante explosion ravage le secteur. Une seconde frappe touche également un quartier résidentiel voisin. Selon le collectif d'avocats soudanais Emergency Lawyers, 102 personnes ont été tuées et 113 autres blessées. L'organisation attribue le bombardement aux Forces armées soudanaises et réclame l'ouverture d'une enquête indépendante.

Les témoignages recueillis donnent la mesure du drame. Plusieurs corps auraient été déposés dans une fosse commune. Zahra Hamidan, qui vend de la nourriture sur le marché, a également assisté à la mort de plusieurs travailleuses. Elle indique que sa collègue Halima Issa et trois jeunes filles qui travaillaient avec elle ont été tuées à proximité de son étal. À l'hôpital universitaire de Nyala, soutenu par Médecins sans frontières (MSF), les équipes médicales ont dû faire face à un afflux de blessés, parmi lesquels de nombreuses femmes et des enfants.

« Mes collègues ont vu des patients arriver à l'hôpital avec des blessures causées par des éclats d'obus, le visage en sang et de graves brûlures », témoigne Dale Koninckx, coordinateur de MSF à Nyala. Jeudi 29 octobre, des habitants demeuraient encore portés disparus, tandis que les recherches se poursuivaient dans les secteurs touchés.

La guerre des drones transforme les infrastructures civiles en champs de bataille

Le massacre de Nyala s'inscrit dans une intensification des bombardements par drones, devenus l'une des armes les plus meurtrières du conflit soudanais. D'après l'ONU, ces attaques ont provoqué la mort de plus de 300 personnes durant les trois premières semaines d'octobre seulement. À Nyala, une précédente frappe avait déjà visé le marché d'Al-Mawashi, le 16 octobre, tuant au moins quatre personnes.

Depuis avril 2023, les Forces armées soudanaises, commandées par le général Abdel Fattah al-Burhan, affrontent les Forces de soutien rapide du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Anciennes alliées dans la prise du pouvoir militaire, les deux factions se disputent désormais le contrôle du pays. Nyala se trouve sous l'autorité des FSR, qui ont installé dans le Darfour une administration rivale de celle soutenue par l'armée régulière.

Des témoins interrogés par Associated Press indiquent que des combattants des FSR se trouvaient également sur le marché bombardé, où des vendeuses proposaient des repas et du thé. Les FSR utilisent également des drones pour frapper les territoires contrôlés par l'armée. Ces derniers jours, plusieurs installations électriques ont été attaquées dans les régions de Khartoum, d'Al-Jazirah et du Nil Blanc, provoquant des coupures de courant susceptibles d'affecter les hôpitaux, l'approvisionnement en eau et les services essentiels.

Une catastrophe humanitaire dans l'indifférence internationale

Déclenchée en avril 2023, la guerre soudanaise a provoqué l'une des plus graves catastrophes humanitaires contemporaines. Selon les Nations unies, environ 13 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile, à l'intérieur du pays ou au-delà de ses frontières. Près de 34 millions d'habitants, soit environ deux Soudanais sur trois, ont désormais besoin d'une assistance humanitaire. Les combats, les déplacements forcés, l'effondrement économique et les entraves à l'acheminement de l'aide ont plongé plusieurs régions dans une insécurité alimentaire extrême.

Le Darfour, déjà marqué par les massacres des années 2000, figure parmi les territoires les plus durement frappés. À Nyala, la proportion d'enfants examinés présentant une malnutrition aiguë sévère est passée de 5 % en janvier à 11 % en août 2026, selon les données humanitaires des Nations unies. Mubarak Bekheit, travailleur humanitaire au Darfour, décrit une population vivant dans la crainte permanente de nouveaux bombardements. Il souligne que ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd, perdant leurs proches, leurs maisons et leurs moyens de subsistance.

Alors que les puissances régionales poursuivent leurs rivalités et que les tentatives diplomatiques peinent à imposer un cessez-le-feu durable, la population soudanaise demeure abandonnée à une guerre dont l'ampleur dépasse largement l'attention médiatique qui lui est accordée.


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