
2026-10-29
Écrit par Rédaction
Insulté de « jihadiste » par le président américain, Abdul El-Sayed pourrait pourtant lui infliger une défaite politique majeure. À 41 ans, cet ancien responsable de la santé publique de Detroit incarne une gauche défendant l'assurance maladie universelle, la justice sociale et une rupture avec la politique américaine de soutien militaire à Israël. Sa progression dans un État, remporté par Trump en 2024, pourrait contribuer à faire basculer le Sénat. Un médecin d'origine égyptienne devenu figure de la gauche américaine Né le 31 octobre 1984 à Rochester Hills, dans le Michigan, Abdulrahman Mohamed El-Sayed est le fils d'immigrés égyptiens. Élevé dans la région de Detroit, il effectue ses études à l'université du Michigan, avant d'obtenir un diplôme de médecine à Columbia et un doctorat en santé publique à Oxford, où il étudie grâce à une prestigieuse bourse Rhodes. Son parcours professionnel l'éloigne rapidement de la médecine clinique pour le conduire vers les politiques publiques. En 2015, il prend la direction du département de santé publique de Detroit, qu'il contribue à reconstruire après la faillite municipale. Il dirigera ensuite les services de santé du comté de Wayne. Son engagement politique commence à prendre une dimension nationale en 2018, lorsqu'il se présente à la primaire démocrate pour le poste de gouverneur du Michigan. Soutenu par Bernie Sanders, il termine deuxième derrière Gretchen Whitmer, avant de poursuivre son travail sur les inégalités sanitaires. Aujourd'hui candidat au Sénat, El-Sayed défend un programme résolument progressiste : assurance maladie universelle (Medicare for All), taxation des grandes fortunes, logements abordables, protection de l'environnement et limitation de l'influence des grandes entreprises sur la politique. Il défend également la fin de l'aide militaire américaine à Israël, une position particulièrement sensible dans le Michigan, qui abrite l'une des plus importantes communautés arabes et musulmanes des États-Unis. Donald Trump multiplie les attaques islamophobes .Mais cette ascension politique s'accompagne d'une campagne particulièrement violente. Depuis plusieurs semaines, Donald Trump multiplie les attaques personnelles contre Abdul El-Sayed, associant ouvertement son identité musulmane au terrorisme. Le 25 octobre, lors d'un meeting à Port Huron, le président américain a déclaré être venu empêcher « un membre jihadiste des Frères musulmans » de devenir sénateur. Il a également affirmé que le candidat démocrate souhaitait imposer la charia aux États-Unis. Le président américain s'attaque aussi régulièrement à son prénom, préférant l'appeler « Mohammed », dans une tentative de le présenter comme étranger à la société américaine. Face à ces attaques, le démocrate a choisi de répondre avec ironie. Lors d'un rassemblement à Grand Rapids, il a lancé à l'adresse de Trump : « Il pourra simplement m'appeler sénateur après novembre », avant d'ajouter : « Pour toi, ce sera sénateur Muhammad, mon frère. » Les déclarations présidentielles ont suscité de nombreuses condamnations, y compris parmi d'anciens soutiens de Trump. Bishara Bahbah, fondateur du mouvement Arab Americans for Trump, a dénoncé des propos qui « franchissent une ligne rouge » et les a qualifiés de « racistes ». Bernie Sanders a lui aussi dénoncé une stratégie politique consistant à diviser la population en désignant des boucs émissaires. À cinq jours du scrutin, une victoire historique devient possible Malgré cette offensive, Abdul El-Sayed progresse dans les intentions de vote. Selon un sondage Mitchell Research réalisé les 26 et 27 octobre auprès de 636 électeurs susceptibles de voter, le démocrate recueille 51 % des intentions de vote contre 44 % pour son adversaire républicain Mike Rogers. Une avance de sept points, supérieure aux résultats de plusieurs enquêtes précédentes. La bataille est décisive : le siège actuellement occupé par le démocrate Gary Peters, qui ne sollicite pas de nouveau mandat, fait partie des scrutins susceptibles de déterminer la majorité au Sénat américain. Le Michigan constitue également un territoire politique particulièrement disputé. Donald Trump y avait remporté l'élection présidentielle de 2024, notamment grâce à une progression de son électorat dans certaines communautés arabes-américaines, déçues par la politique de Joe Biden concernant Gaza. La candidature d'El-Sayed pourrait contribuer à modifier ces équilibres. Sa victoire éventuelle aurait une portée historique. Aucun musulman n'a encore siégé au Sénat des États-Unis, alors que plusieurs parlementaires musulmans ont déjà été élus à la Chambre des représentants, notamment Keith Ellison, André Carson, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. À cinq jours des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, devance son adversaire républicain Mike Rogers dans plusieurs sondages. Ce médecin musulman d'origine égyptienne, régulièrement attaqué par Donald Trump, pourrait devenir le premier sénateur musulman de l'histoire des États-Unis.