
2026-10-15
Écrit par Rédaction
Creil, le 14 octobre 2026 Nous, professeur(e)s du groupe scolaire Al-Ghazali de Creil, d’aujourd’hui et d’hier, ne pouvons rester muets face à la volonté de l’État de fermer cette école, ce collège, ce lycée. Une volonté qui condamnerait donc 258 élèves, leurs familles et toute une équipe éducative. Nous savons bien ce que les services de l’État ont cru voir en poussant les portes d’Al-Ghazali, car nous étions là à chacun des innombrables contrôles – prévus ou non – qui se succèdent depuis des années, et nous avons observé les regards de ceux qui nous observaient. Nous savons que face aux fillettes voilées dans la cour de récréation, ils ont voulu voir de futures islamistes, soumises à l’idéologie parentale… Allez, disons-le, des ennemies potentielles de la République ? Nous, professeur(e)s, nous avons vu toutes ces années des enfants souriantes, heureuses d’être là, rigolotes, curieuses, agitées parfois, sages souvent, rebelles de temps en temps, créatives, attachantes, fortes… Nous avons pu percevoir dans ce voile, qu’elles portent pour la plupart, le simple souhait de parents, à l’image de tous les parents du monde, de protéger leurs enfants à leur manière. Nous y avons surtout vu le rappel d’une identité que ces fillettes aiment afficher avec une grande gaieté et une joyeuse légèreté, comme tous les enfants du monde aiment sentir à cet âge, sans trop encore le comprendre, qu’une identité héritée de leurs parents les habite. Avec les plus grandes de ces filles, ces lycéennes, quasi adultes, qui le portent par choix et conviction religieuse, nous avons eu beaucoup de discussions sur ce voile, sur le choix de le conserver ou non si les études et le travail l’obligent, sur ce qu’il symbolise dans le regard des autres. Bref, nous avons fait le travail de tous les enseignants : porter à la conscience des jeunes esprits les composantes de leurs identités. Nous ne les avons pas enfermées dans nos visions, nous avons écouté les leurs et avons voulu les aider à en faire des appuis pour leurs avenirs. Nous savons bien ce que l’État, avec sa politique actuelle, a vu en entrant dans les salles de cours : des professeurs parfois barbus, d’autres qui – encore et toujours – portent le voile, beaucoup de noms à consonance arabe… Ils ont remarqué la mosquée attenante à l’école primaire, les références à l’islam sur les dessins des élèves affichés aux murs… Nous, professeur(e)s, nous avons partagé le quotidien de collègues particulièrement dévoués à leur mission éducative, soucieux de ne jamais sortir des règles de l’enseignement telles qu’édictées par l’Éducation nationale, et même soucieux de faire toujours un peu plus, afin que personne, jamais, ne puisse dire : « Eux, ils font moins bien parce que c’est une école musulmane ». Nous avons vu des professionnels ne comptant pas leurs heures, ouvrant des cours supplémentaires avant les examens, disponibles pour leurs élèves et les parents, parfois bénévolement. Nous avons vu des encadrants mettre tout leur cœur pour le bien-être des petits habitants de cet espace dédié au savoir. Nous avons vu une équipe de travail très « normale », avec des tensions, des remises en question, des problématiques, des réunions, des affinités, de l’entraide, beaucoup de discussions, des réflexions… Une équipe très « normale » mais avec ce grand « plus » de ceux qui luttent chaque seconde contre un regard qui tente de les enfermer dans une case. Une équipe qui voulait prouver sans cesse des compétences pourtant acquises et documentées, prouver sa droiture, prouver ses bonnes intentions, craignant qu’aucun effort ne suffise jamais à défaire les préjugés. Et l’État vient de leur donner, malheureusement, raison. Nous savons bien ce que les agents de l’État ont vu en observant les parents d’élèves… Des musulmans ne voulant pas s’intégrer. Des séparatistes peut-être ? Des intégristes sans doute ? Nous, professeur(e)s, nous avons rencontré des parents dont l’implication dans le parcours scolaire de leurs enfants est remarquable. Des parents qui cassent leurs maigres tirelires pour offrir ce qu’ils pensent être le plus bénéfique à l’éducation de leurs enfants. Des parents qui viennent parfois de très loin pour déposer leurs enfants et leur permettre d’accéder à un endroit où le savoir leur sera délivré dans un cadre serein et spirituel. Certains ont emménagé dans l’Oise, précisément pour pouvoir inscrire leurs enfants dans cette école. Des parents qui se déplacent aux réunions avec les professeurs, qui s’inquiètent des résultats et sont avides de conseils. Des parents qui… pardon de le dire mais on a tendance à l’oublier… des parents qui AIMENT leurs enfants et veulent le MEILLEUR pour eux. Ils estiment qu’Al-Ghazali est cet endroit et nous, professeur(e)s, avons toujours œuvré pour leur donner raison. Nous savons bien ce qu’ils ont vu, eux, les inspecteurs, en scrutant Al-Ghazali : une école de musulmans. Point. Avec tout ce que cela peut signifier pour eux de négatif, et uniquement de négatif. Nous, professeur(e)s, musulmans ou non, nous y avons vu tout ce que cela avait de positif : des repères communs, le souci du respect de l’autre, l’ouverture sur la spiritualité et un sens au-delà du matériel, des points d’appui pour une réflexion philosophique bien avant la Terminale, une volonté commune d’œuvrer pour un projet collectif, le sens de la responsabilité et, surtout, un immense respect pour le savoir, pour celles et ceux qui peuvent le transmettre. Tout n’est pas rose dans un établissement comme Al-Ghazali, mais qui perçoit la situation des établissements scolaires en France aujourd’hui mesure l’étendue des failles de notre système éducatif. Tout n’est pas rose donc à Al-Ghazali, mais tout est coloré d’une même volonté : avancer, pour les enfants, pour leur avenir. Les intentions sont propres comme les locaux que de précieuses mains prennent soin de nettoyer tous les jours. L’État ne trouvera RIEN de sale : ni dans les cœurs, ni sur les cahiers, ni sur les tableaux, ni dans les livres, ni dans les cartables. Nous, professeur(e)s d’Al-Ghazali, d’hier et d’aujourd’hui, nous ne pouvons nous taire quand l’État ferme les classes de nos 258 élèves en invoquant des prétextes dont tout le monde sait pourtant pertinemment que ce ne sont que des prétextes¹. Le combat continue – avec notamment un recours devant le Conseil d’État – et, tous les jours, parents, enfants, équipe éducative et soutiens espèrent encore que justice soit rendue. Mais si, malgré tous ces efforts, l’État confirme cette fermeture, alors elle sera une violente insulte aux plus de dix années de travail acharné de toute une équipe. Une insulte à toutes ces familles que l’on juge incapables de savoir ce qui est bon pour leurs enfants. Une insulte à toute une communauté réduite à de ridicules préjugés que les accusateurs n’assument même pas. Une insulte au bon sens. Une insulte, enfin, à l’avenir. Celui de nos enfants et, donc, le nôtre. Tout cela parce qu’ils ont vu ce que leurs cœurs voulaient voir. Tout cela parce que leurs regards projettent au lieu d’écouter. Tout cela parce qu’ils désirent tant que nous soyons comme ce qu’ils pensent que nous sommes. Mais non. Nous, professeur(e)s d’hier et d’aujourd’hui d’Al-Ghazali, nous le savons par expérience : le cœur d’Al-Ghazali est trop lumineux pour qu’un simple et sombre regard le referme. Il continuera de briller vers le savoir, coûte que coûte, pour nos enfants et pour notre avenir à tous. Cela ne prendra qu’un peu plus de temps, d’efforts et de sacrifices. Que ces sacrifices soient aujourd’hui portés par 258 enfants, l’État en sera tenu responsable. Les professeurs d’Al-Ghazali, d’hier et d’aujourd’hui Lila Benazza, professeure de SVT Caroline Maeder, professeure d’histoire-géographie Zahir Hammoutene, professeur de philosophie Omar L., professeur d’histoire-géographie Félix Barrès, professeur de français et de philosophie Premiers signataires Christophe Oberlin, professeur de médecine Facinet Cissé, poète et romancier Lucas Cureau, traducteur-interprète, poète Noureddine Aoussat, conférencier, auteur Nadia Meziane, animatrice du site Lignes de Crêtes Alexandra Daix, professeure de français Myriam Guez Guez, professeure d’HGEMC Simon Landoir, professeur d’histoire Nesrine Mansour, enseignante en CM2 Steeve Aly, enseignant Nathalie Blanchard, médecin Nihad El Hichou, psychologue Sarah Afouf, thérapeute Henria Girard, aide-soignante retraitée Moustapha Thiam, ingénieur en informatique Serhat Yeni, apprenti ingénieur en génie civil Najat Ramouhi, monitrice éducatrice Sonia Ouaqqa, parent de deux élèves à Al-Ghazali Samira Guemache, parent d’élèves Aurélie Mirceski, parent intéressée par l’inscription de ses enfants … et plus de 300 signataires. Liste complète : tribune-al-ghazali.netlify.app Soutenir Signer la tribune : https://framaforms.org/soutien-a-lappel-des-professeurs-dal-ghazali-1791553412 Soutenir financièrement l’école Al-Ghazali : https://www.cotizup.com/@gs-al-ghazali-creil/fermeture-alghazali-aidez-nous Découvrir l’école : alghazali.org ¹ Pour plus de détails, voir : https://mizane.info/creil-le-tribunal-administratif-maintient-la-fermeture-de-l-ecole-al-ghazaliLes professeurs de l'école musulmane Al Ghazali à Creil ont rédigé une tribune pour apporter leur témoignage sur les réalités de l'enseignement dans leur établissement, les liens qu'ils ont su établir entre les élèves, les parents d'élèves et l'équipe d'enseignants. Un témoignage loin des portraits déformés auquel les établissements privés musulmans ont le droit dans une certaine presse française. Mizane.info, en soutien à cette démarche pédagogique, publie leur tribune.