
2026-10-08
Écrit par Rédaction
La décision prolonge l’incertitude pour les 258 élèves et leurs familles. Avocat, parents, responsables de l’école et soutiens dénoncent un deux poids, deux mesures et une mesure disproportionnée. Le tribunal retient des problèmes de sécurité Le juge des référés du tribunal administratif d’Amiens a rejeté hier les deux requêtes déposées par l’association Al Ghazali et l’Association cultuelle et culturelle des musulmans de l’Oise, qui demandaient la suspension des arrêtés préfectoraux et la réouverture rapide des locaux. Dans sa décision, le tribunal rappelle d’abord qu’une visite de la commission de sécurité, le 2 juin, avait constaté des non-conformités dans le bâtiment de l’école primaire. L’association avait ensuite réalisé des travaux et transmis le 23 septembre un rapport destiné à permettre une nouvelle saisine de la commission de sécurité. Mais le juge estime que l’établissement « ne présentait pas toutes les garanties de sécurité des élèves ». Le tribunal précise enfin que la condition d’urgence propre au référé-liberté n’était pas remplie, estimant notamment qu’il n’était pas démontré que la fermeture compromettait gravement, à très court terme, la pérennité des associations gestionnaires. L’établissement conteste cette appréciation. Dans un communiqué diffusé après la décision, Al Ghazali affirme que le document nécessaire à la réouverture de l’école primaire a bien été transmis à la préfecture le 23 septembre et considère que la réunion de la commission de sécurité relève désormais de l’administration. Concernant les salles provisoirement utilisées dans la mosquée, la direction assure disposer de documents permettant, selon elle, d’en démontrer la conformité. Elle annonce surtout qu’un recours sera déposé devant le Conseil d’État, estimant que la procédure « n’est pas terminée ». « C’est scandaleux, c’est injuste, c’est disproportionné. » Le groupe scolaire privé musulman Al Ghazali, situé à Creil, contestait aujourd’hui devant le tribunal administratif d’Amiens les deux arrêtés ayant conduit à sa fermeture. À l’audience, Maître Sefen Guez Guez, avocat de l’établissement, a notamment rappelé que l’école demande depuis le 16 juillet 2026 à l’administration de venir constater sur place les conditions d’accueil de l’école élémentaire. Le juge a entendu les différentes parties et examiné leurs arguments. Le délibéré est désormais attendu. Les équipes, les familles et les élèves restent mobilisés dans l’attente de la décision de justice. @Me_GuezGuez « Un traitement disproportionné » La décision a suscité une forte déception chez les familles. Des parents d(élèves et personnels de l'école dénoncent un « deux poids, deux mesures », certains comparant la fermeture d’Al Ghazali à des établissements publics maintenus ouverts malgré des problèmes sanitaires ou de vétusté. La mobilisation s’était déjà matérialisée lundi 5 octobre devant le tribunal administratif d’Amiens, où plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées pour soutenir l’établissement. Les avocats de l’école avaient, avant la décision, contesté la proportionnalité de la fermeture et soulevé la question d’un traitement différencié des établissements musulmans. Dans un communiqué du 2 octobre, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a qualifié la fermeture de mesure « manifestement disproportionnée ». Le CFCM reconnaît que « le respect des règles de sécurité constitue une exigence légitime et indispensable », mais estime qu’une fermeture devrait demeurer une « mesure de dernier recours » lorsque les manquements peuvent être corrigés. L’instance invoque également l’égalité de traitement entre établissements confessionnels et cite notamment les précédents Averroès, Al Kindi et Avicenne. COMMUNIQUÉ Fermeture de l’établissement Al Ghazali de Creil : le CFCM dénonce une énième mesure manifestement disproportionnée Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a appris avec préoccupation la décision du préfet de l’Oise ordonnant la fermeture, pour une durée de six mois, de l’établissement scolaire privé musulman Al Ghazali de Creil. Au regard des éléments actuellement rendus publics, cette mesure est manifestement disproportionnée, notamment au regard de ses conséquences pour les 258 enfants scolarisés et leurs familles. Le respect des règles de sécurité constitue une exigence légitime et indispensable. Toutefois, lorsque les manquements constatés peuvent être corrigés par des travaux de mise en conformité et un dialogue avec les autorités compétentes, la fermeture d’un établissement devrait demeurer une mesure de dernier recours. Par ailleurs, le principe d’égalité devant la loi impose que tous les établissements confessionnels soient soumis aux mêmes exigences et bénéficient du même traitement lorsqu’il s’agit d’apprécier la gravité des manquements et la nécessité d’une fermeture. Alors qu’aucun contrat avec un établissement privé n’avait été rompu depuis 1991, en deux ans, l’État a mis fin à deux contrats avec deux établissements musulmans Averroès à Lille et Al Kindi près de Lyon. Ces derniers, comme de nombreux établissements musulmans, ont fait l’objet de très nombreux contrôles quand des établissements catholiques et juifs accusés de manquements graves n’ont jamais été inquiétés. C’est le cas de Stanislas à Paris ou de Notre-Dame-de-Bétharram dans les Pyrénées-Atlantiques. Ce deux poids deux mesures alimente chez les musulmans de France le sentiment qu’ils ne bénéficient pas des mêmes droits que leurs concitoyens d’autres confessions et que l’avenir de la scolarité de leurs enfants n’est pas pris suffisamment en compte. Ce sentiment n’a cessé de s’aggraver même si la justice a annulé plusieurs décisions visant des établissements privés musulmans à l’instar de la fermeture du collège Avicenne, annulée par le tribunal administratif de Nice, puis par la Cour d’Appel de Marseille le 10 octobre 2025. Aussi, le CFCM demande que la situation de l’établissement Al Ghazali soit réexaminée dans le strict respect du principe de proportionnalité, de l’égalité de traitement afin de garantir simultanément la sécurité des élèves et la continuité de leur scolarité. Paris, le 2 octobre 2026 Le Conseil Français du Culte Musulman « Les mêmes règles s’appliquent-elles réellement à tous ? » L’Institut Ibn Badis de Nanterre a lui aussi apporté son soutien à Al Ghazali dans un communiqué daté du 4 octobre. L’établissement scolaire affirme connaître lui-même les contrôles administratifs. « Nous connaissons les contrôles. Nous les vivons », écrit-il, avant de poser une question : « Les mêmes règles s’appliquent-elles réellement à tous ? ». Ibn Badis assure ne réclamer « aucun passe-droit », mais demande pourquoi « le niveau de contrôle, les délais laissés pour agir et la proportionnalité des réponses administratives » peuvent donner le sentiment de ne pas être les mêmes lorsqu’un établissement musulman est concerné. La fermeture a également une conséquence financière immédiate. Établissement privé hors contrat, Al Ghazali dépend largement des cotisations des familles. Une cagnotte a été ouverte afin de financer les charges courantes, les enseignants et les frais liés aux procédures juridiques. Au dernier relevé disponible, elle affichait près de 10 000 euros collectés sur un objectif de 50 000 euros. Pour les 258 élèves concernés, la situation demeure donc suspendue aux prochaines étapes judiciaires et administratives. .Le tribunal administratif d’Amiens a rejeté, mercredi 7 octobre 2026, les demandes de réouverture rapide du groupe scolaire privé musulman Al Ghazali de Creil. L’établissement, fermé administrativement pour six mois, annonce vouloir saisir le Conseil d’État.