
2026-10-23
Écrit par Rédaction
Alors que plusieurs fédérations françaises maintiennent des restrictions sur les femmes musulmanes portant le voile, Amnesty International dénonce des discriminations contraires aux droits fondamentaux. Aux côtés des sportives concernées, l'organisation accentue la pression sur le gouvernement. « Le sport doit rassembler et non pas exclure » « Aujourd'hui nous sommes devant le ministère des sports avec Basket Pour Toutes car nous exigeons une réponse de la ministre », a annoncé Amnesty International France sur X, à l'occasion d'une mobilisation organisée avec le collectif de sportives et de militants contre les discriminations. L'organisation entend faire entendre la voix des femmes musulmanes exclues des compétitions en raison de leur tenue. Lancée le 30 octobre 2025 sous le titre « Reprendre le terrain : la lutte pour les droits des femmes musulmanes dans le sport », sa pétition comptabilise désormais plus de 82 000 soutiens, avec un objectif de 90 000 signatures avant sa clôture, prévue le 30 octobre prochain. Le texte demande trois mesures : « La fin immédiate de l'interdiction du port du foulard dans le sport », « l'égalité d'accès au sport pour toutes et tous » et « la protection des personnes qui défendent les droits fondamentaux des femmes musulmanes ». Dans sa lettre à Marina Ferrari, Amnesty déplore que les sportives concernées ne soient pas véritablement associées aux décisions qui les touchent. Le collectif Basket Pour Toutes, constitué de joueuses, d'entraîneurs et de responsables associatifs, dénonce notamment les sanctions frappant certaines sportives et les difficultés rencontrées par les clubs qui souhaitent les maintenir dans leurs équipes. Une discrimination envers les musulmanes La mobilisation s'inscrit dans un combat engagé depuis plusieurs années contre les règlements imposant une neutralité religieuse aux sportives. Depuis 2016, plusieurs fédérations françaises, notamment celles de football, de basket-ball et de volley-ball, ont interdit les signes religieux ostensibles pendant leurs compétitions. La Fédération française de rugby a également adopté des restrictions en 2024, tandis que d'autres disciplines, comme le handball et l'athlétisme, autorisent les couvre-chefs sportifs. Dans un rapport publié en juillet 2024, intitulé « On ne respire plus. Même le sport on ne peut plus le faire », Amnesty International documentait les conséquences de ces interdictions sur les femmes et les jeunes filles musulmanes. À partir d'entretiens avec des sportives et des acteurs associatifs, l'organisation décrivait des atteintes à la liberté de religion et au principe de non-discrimination. La question avait également marqué les Jeux olympiques de Paris, la France ayant interdit à ses représentantes de porter un couvre-chef religieux dans le cadre de la compétition. En février 2025, une tribune collective soutenue par Amnesty, Les Hijabeuses, Basket Pour Toutes et plusieurs personnalités du monde sportif rappelait que « Les sportives qui portent le voile ont le droit de jouer, comme les autres ! ». Pour Amnesty, les règlements contestés constituent une exception française qui prive certaines femmes de leur liberté de pratiquer une activité sportive tout en conservant leurs convictions religieuses. Le gouvernement défend une vision laïciste de la neutralité religieuse Face à ces revendications, les autorités françaises maintiennent une position fondée sur le principe de neutralité dans les compétitions organisées par les fédérations délégataires de service public. Le 18 février 2025, le Sénat avait adopté une proposition de loi visant à renforcer la laïcité dans le sport. L'exécutif s'appuie notamment sur une décision du Conseil d'État du 29 juin 2023 validant l'interdiction édictée par la Fédération française de football. Une position vivement contestée par Amnesty International. En mars 2025, sa directrice de l'Action, Nathalie Godard, dénonçait une situation dans laquelle la France était « la seule nation empêchant ses sportives musulmanes qui le souhaitent de porter un simple couvre-chef sportif ». Elle accusait également le gouvernement de nourrir « la stigmatisation et le racisme ». Plus récemment, dans une réponse publiée le 8 septembre 2026, le ministère des Sports a réaffirmé l'application du principe de neutralité aux sportifs représentant la France dans certaines compétitions.Amnesty International France et le collectif Basket Pour Toutes se sont mobilisés cette semaine devant le ministère des Sports pour réclamer une réponse des autorités sur l'interdiction du voile dans les compétitions sportives. Leur pétition, adressée à la ministre Marina Ferrari, a dépassé les 82 000 signatures ce vendredi 23 octobre.