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Gaza : photographier le génocide au péril de sa vie

Gaza : photographier le génocide au péril de sa vie

2026-10-07

Écrit par Rédaction

Depuis trois ans, les journalistes palestiniens de Gaza documentent, souvent au prix de leur vie, les bombardements, les destructions, la famine et la mort. Le 7 octobre 2026, la Fédération internationale des journalistes rappelait qu’au moins 212 journalistes et travailleurs des médias avaient été tués à Gaza depuis octobre 2023.

Alors qu’Israël interdit toujours aux journalistes étrangers d’entrer librement dans Gaza pour y travailler de manière indépendante, les reporters palestiniens sont devenus les principaux témoins de ce qui s’y déroule. Leurs images constituent aujourd’hui une archive essentielle du génocide israélien sur place. Photographier Gaza est ainsi devenu autant un acte journalistique qu’un travail de mémoire et de conservation des preuves.

Les seuls yeux du monde à l'intérieur de Gaza

Depuis le 7 octobre 2023, les autorités israéliennes refusent aux journalistes internationaux un accès indépendant à la bande de Gaza. Quelques reporters étrangers ont pu y entrer lors de visites encadrées par l’armée israélienne, mais sans disposer de la liberté nécessaire pour enquêter ou circuler seuls. Israël a notamment invoqué la sécurité des journalistes et le risque que leurs déplacements révèlent des positions militaires.

Cette situation a poussé plus de deux douzaines de grands médias internationaux, dont Reuters, AP, BBC, CNN, le New York Times et le Washington Post, à réclamer en avril 2026 la levée de cette interdiction. « Être sur le terrain est essentiel », rappelaient-ils, notamment pour pouvoir confronter les récits officiels à ce que constatent directement les journalistes. La Foreign Press Association, Reporters sans frontières, le CPJ et l’Union des journalistes israéliens ont également saisi la Cour suprême israélienne pour obtenir cet accès.

Selon le CPJ, Israël a empêché pendant plus de 900 jours toute entrée indépendante de journalistes étrangers dans Gaza. En leur absence, ce sont donc presque exclusivement des journalistes palestiniens qui photographient les bombardements, les corps, les familles déplacées, les hôpitaux détruits ou les enfants frappés par la faim. Dans un rapport publié en 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme affirme avoir vérifié la mort de 289 journalistes palestiniens dans l’enclave.

18 000 photographies pour empêcher Gaza de disparaître

Parmi eux figure Ali Jadallah, photographe palestinien de l’agence Anadolu. Depuis octobre 2023, il a constitué une archive d’environ 18 000 photographies, aujourd’hui présentée dans une exposition consacrée à Gaza au Prix Bayeux. Ses clichés enregistrent autant la violence quotidienne que les gestes de survie d’une population qui tente de continuer à vivre au milieu des destructions. Ce travail a été accompli dans un contexte de deuil personnel permanent.

Sa femme et ses enfants ont pu rejoindre Istanbul, mais son père, trois de ses frères et l’une de ses sœurs ont été tués lorsque la maison familiale a été détruite dans le nord de Gaza. Malgré ces pertes, Jadallah a continué à photographier. Ses images ont désormais une valeur dépassant l’actualité immédiate. Elles préservent les visages, les lieux et les existences derrière les bilans chiffrés et constituent une trace visuelle susceptible de survivre à la destruction des bâtiments et au déplacement de leurs habitants.

D’autres photographes ont payé ce travail de leur vie. Mariam Dagga, 33 ans, collaboratrice de l’Associated Press, avait notamment photographié des familles déplacées, des victimes et des enfants souffrant de malnutrition à l’hôpital Nasser. Elle a été tuée le 25 août 2025 lors de frappes israéliennes contre cet hôpital, avec quatre autres journalistes.

Journalistes volontairement ciblés, menacés et tués

Le danger ne relève pas seulement du fait de travailler dans une zone de guerre. Le Haut-Commissariat de l’ONU dit avoir documenté des incidents laissant « fortement penser » que des journalistes ont été délibérément visés par l’armée israélienne. Il rapporte également le témoignage d’un reporter palestinien estimant que le gilet « PRESS », censé protéger les journalistes, était devenu un signe susceptible de les désigner comme cibles. Le journaliste d’Al Jazeera Anas al-Sharif avait ainsi reçu des menaces avant d’être tué le 10 août 2025 par une frappe israélienne visant une tente de journalistes près de l’hôpital Al-Shifa.

Le 7 octobre 2026, la Fédération internationale des journalistes rappelait que Gaza constitue désormais la période la plus meurtrière de l’histoire du journalisme et réclamait à nouveau l’accès de la presse internationale au territoire. Dans un génocide où filmer, photographier et transmettre peuvent coûter la vie, le travail des reporters palestiniens dépasse ainsi la seule couverture de l’actualité.

Leurs photographies et leurs témoignages constituent la mémoire immédiate de Gaza : une archive indispensable pour comprendre ce qui s’y est produit et pour que les victimes ne soient pas réduites à des nombres.


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