
2026-10-08
Écrit par Rédaction
Présentée comme un outil contre "l’islam politique", la résolution s’appuie sur des critères très vagues, dont certains touchent directement à l’action associative pour le droit des citoyens musulmans et la lutte contre l'islamophobie. Plébiscité par des personnaltiés de droite et l'extrême-droite, plusieurs autres élus dénoncent un amalgame entre islam, militantisme musulman et radicalisation. Une résolution portée par le PPE, soutenue par l’extrême droite La procédure européenne a été ouverte sous l’intitulé : « Nécessité d’une stratégie de l’Union pour lutter contre l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans ». La proposition B10-0424/2026 a été déposée le 29 septembre 2026. Le texte principal a été rédigé par Céline Imart, eurodéputée française (LR) du PPE. La veille du vote, elle expliquait vouloir une méthode européenne permettant d’identifier les signes d’« entrisme islamiste ». Le scrutin clôt, ce jeudi, a finalement donné 381 voix pour, 167 contre et 15 abstentions, selon le résultat affiché après le vote. Le texte a bénéficié du soutien de plusieurs composantes de la droite et de l’extrême droite européennes. Marion Maréchal, députée européenne ECR, a immédiatement réagit. Dans un message publié le 8 octobre, elle évoque une « résolution historique » et se félicite de l' « interdiction de l’accès aux institutions européennes pour les islamistes du Femyso, condamnation des partis de gauche qui les invitent, soutien aux gouvernements qui interdisent le voile intégral. » Du côté des Patriotes européens, plusieurs élus avaient eux aussi poussé une ligne très offensive. Susanna Ceccardi, vice-présidente du groupe Patriotes pour l’Europe, affirmait le 7 octobre que l’« entrisme islamique » consistait selon elle à faire entrer l’extrémisme islamiste dans les institutions afin de « subvertir l’ordre juridique national et européen ». C’est fait. Et c’est historique. Le Parlement européen vient d’adopter ma résolution contre l’entrisme islamiste et les réseaux des Frères musulmans. J’ai brisé un tabou que l’Europe trainait comme une chaîne : cette victoire signifie un changement de doctrine majeur dans les institutions. Fière d’avoir porté ce texte jusqu’au bout. Merci aux négociateurs des autres groupes avec qui j’ai eu plaisir à travailler, hors socialistes et extrême gauche qui ont boycotté le texte. Nous avons pu dépasser les clivages politiciens, sur un sujet majeur pour nos sociétés et notre jeunesse. Des critères discriminatoires qui débordent de la lutte contre le terrorisme Le projet du PPE évoque le supposé entrisme "islamiste" avec des termes vagues et essentialistes : « la confusion entre religion et politique », « le double discours institutionnel », « l’opacité financière », « la récurrence de certains partenariats », « la proximité avec des réseaux déjà identifiés », « la production de rapports militants » et « l’instrumentalisation des cadres de lutte contre la discrimination ». En effet pour cette résolution, produire des rapports, documenter les discriminations, dénoncer l’islamophobie ou saisir des institutions ne constitue pas une activité ordinaire de la société civile mais de l'entrisme. Inscrire ces pratiques parmi les indicateurs possibles d’« entrisme » revient ainsi à déplacer le soupçon depuis des actes illégaux ou violents vers des comportements politiques ou associatifs parfaitement légaux. Cette grille de lecture est donc suffisamment large pour pouvoir englober des associations musulmanes, des structures étudiantes ou des ONG engagées sur les discriminations. FEMYSO, organisation européenne de jeunesse musulmane représentant aujourd’hui un réseau d’une trentaine d’organisations dans 21 pays, est d’ailleurs explicitement ciblée par plusieurs responsables politiques favorables au texte. Le Parlement européen se déshonore en adoptant une résolution confuse qui amalgame islam et terrorisme et jette en pâture tous les Musulmans et les ONG au nom de la lutte contre "l'entrisme islamiste". Ainsi pour la droite, l'extrême droite et les macronistes, la "posture victimaire" est un "marqueur de radicalisation" et la lutte contre les discriminations est un "cheval de Troie" des islamistes. La nausée. Le Parlement européen « se déshonore » Dans un message publié après le vote, la député LFI Manon Aubry accuse le Parlement européen de « se déshonorer » avec une résolution qui « amalgame islam et terrorisme » et « jette en pâture tous les Musulmans et les ONG au nom de la lutte contre “l’entrisme islamiste” ». Elle critique notamment l’idée selon laquelle la « posture victimaire » serait devenu un marqueur de radicalisation et dénonce une vision dans laquelle la lutte contre les discriminations est transformée en « cheval de Troie des islamistes ». La veille du vote, Nathalie Loiseau, député plutôt centriste, reconnaissait elle-même l’existence d’une « tentation » d’amalgame entre entrisme et terrorisme islamiste chez les promoteurs de la résolution tout en l'ayant adopté. Les groupes de gauche, écologistes et sociaux-démocrates avaient également cherché à inscrire dans le texte des garanties contre l’utilisation des enjeux sécuritaires pour stigmatiser les musulmans, peine perdu. La résolution adoptée n’est pas une loi La résolution ne crée pas immédiatement une nouvelle infraction, n’interdit pas automatiquement une association et ne retire pas directement des droits aux citoyens musulmans européens. Son impact pourrait cependant être important à moyen terme. Le Parlement demande à la Commission européenne de développer une méthodologie commune permettant aux institutions et aux États membres d’identifier les structures considérées comme relevant de l’« entrisme », de renforcer les échanges d’informations et de mieux contrôler les financements publics européens. Une telle grille pourrait ensuite influencer les conditions d’accès aux financements, les relations entre administrations et associations, ou encore les politiques nationales de prévention de la radicalisation. C’est là que réside le principal enjeu pour les musulmans européens : le texte déplace le débat de la seule lutte contre la violence ou le terrorisme vers la surveillance de comportements politiques, religieux et associatifs beaucoup plus larges. Le vote du 8 octobre révèle ainsi une évolution politique nette : la lutte contre l’islamisme tend de plus en plus à intégrer dans son champ des formes ordinaires de militantisme, de représentation communautaire et de lutte contre les discriminations.Le Parlement européen a adopté jeudi 8 octobre 2026 une résolution appelant l’Union européenne à se doter d’une stratégie contre « l’entrisme islamiste » et l’influence supposée des réseaux liés aux Frères musulmans. Le texte a été porté par le PPE (Parti populaire européen) et rédigé par l’eurodéputée française (LR), Céline Imart.