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Visite du pape en France : ferveur populaire et paradoxe de la laïcité

Visite du pape en France : ferveur populaire et paradoxe de la laïcité

2026-09-28

Écrit par Ibrahim Madras

Plus de 1,3 million de personnes ont participé aux différentes étapes de la visite de Léon XIV entre vendredi et dimanche, selon le Vatican. Messe géante à Paris, Stade de France rempli, procession à Lourdes : le voyage du pape révèle une ferveur religieuse étonnamment visible dans une France pourtant largement sécularisée.

Mais ces scènes ont aussi ravivé une interrogation familière : la laïcité française s’applique-t-elle avec la même rigueur à toutes les religions ? Sans être juridiquement interdite, l’expression religieuse dans l’espace public est régulièrement source de polémiques lorsqu’elle concerne les musulmans. Un contraste particulièrement visible durant cette visite pontificale.

Une France qui manifeste sa « soif de transcendance »

Selon les chiffres communiqués par le Vatican, plus de 1,3 million de personnes étaient venues rencontrer Léon XIV entre vendredi et dimanche. Cette affluence constitue certainement l’un des principaux enseignements de cette visite. Dans une France régulièrement décrite comme déchristianisée, des centaines de milliers de personnes — parmi lesquelles beaucoup de jeunes — ont manifesté publiquement une aspiration religieuse et spirituelle.

Léon XIV lui-même a choisi d’interpréter cette mobilisation sous l’angle d’une recherche de sens. « Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? », a interrogé le pape durant son homélie. Pour le souverain pontife, cette aspiration ne serait pas simplement matérielle mais correspondrait à « une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun ». Face aux « biens matériels » et aux « satisfactions immédiates », Léon XIV a affirmé devant la foule : « Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. »

Dans la foule, cette dimension spirituelle était également revendiquée. « Je suis surpris qu’il y ait tant de croyants à Paris », expliquait ainsi au Monde Andrianarison Matriniaha, protestant venu assister à la messe. L’archevêque de Tours, Vincent Jordy, estime pour sa part que cette « ferveur » dépasse largement le seul catholicisme pratiquant, soulignant la présence au Stade de France de jeunes athées ou appartenant à d’autres religions.

Une laïcité plus souple pour le catholicisme ?

Pendant plusieurs heures, l’une des principales avenues du pays s’est transformée en espace religieux. Des prêtres ont notamment installé des points de confession publique directement sur les Champs-Élysées. Des fidèles se sont agenouillés devant eux, parfois au pied des commerces et des terrasses. « Je ne pensais pas un jour que ça allait m’arriver de me confesser sur les Champs-Élysées », racontait une participante au Parisien.

Les images de cette ferveur ont produit un contraste saisissant avec certains débats français autour de la laïcité. Des manifestations musulmanes comparables dans l’espace public ont régulièrement suscité de violentes controverses en France. Les prières du vendredi dans les rues de certaines régions (rare et non volontaire) ou encore les prières annuelles de l'Aïd ont provoqué et provoquent toujours des mobilisations médiatiques d'élus opposés à la visibilité de la religiosité musulmane. Le Monde rappelle ainsi que Marine Le Pen, présente à la messe dirigée par le Pape, affirmait encore en 2017 à propos des prières musulmanes : « La rue est un espace public où les religions n’ont pas à s’exprimer. »

La comparaison doit toutefois être juridiquement nuancée : les rassemblements religieux peuvent être autorisés ou encadrés en fonction des circonstances et de l’ordre public, quelle que soit la religion concernée. La question se situe donc moins sur le terrain de la légalité que sur celui de l’application politique et médiatique du principe de laïcité vis à vis de l'Islam.

Rencontre interreligieuse à Metz

Ce lundi matin, Léon XIV a justement placé le dialogue interreligieux au centre de la dernière étape de son voyage. Au Centre des congrès Robert-Schuman de Metz, il a rencontré les représentants des principaux cultes français. Parmi eux figuraient notamment Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, le grand rabbin de France Haïm Korsia, le président de la Fédération protestante de France Christian Krieger, ainsi que Anthony Boussemart, représentant du bouddhisme.

Les responsables religieux ont lu ensemble « l’Appel de Metz », un texte commun appelant les religions à contribuer à « construire la paix » et à refuser les haines et les intolérances. Devant eux, Léon XIV a fermement rejeté toute instrumentalisation religieuse de la violence. « Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom », a-t-il déclaré. Le pape a également expliqué que le dialogue entre religions ne devait pas conduire à effacer leurs identités respectives : « Dialoguer ne diminue pas notre identité », mais permet au contraire de s’ouvrir « à la différence de l’autre ».

Un responsable musulman local, Sidi Omar Ben Aicha, vice-président de la Grande Mosquée de Metz, a salué une rencontre allant selon lui « à contre-courant de cette ambiance qui règne en France avec les extrêmes politiques ». Ce voyage aura néanmoins montré une autre réalité : loin d’avoir disparu, la demande spirituelle conserve en France une capacité de mobilisation considérable.

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