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Raphaël Glucksmann et le "génocide" à géométrie variable

Raphaël Glucksmann et le "génocide" à géométrie variable

2026-10-12

Écrit par Bader Lejmi

Dans sa dernière chronique, Bader Lejmi revient à l'occasion de sa victoire aux primaires de la gauche, sur le cas de Gluksmann, l'Homme aux indignations sélectives.

Raphaël Glucksmann vient de gagner la primaire de la « gauche » façon PS, sur une ligne anti-LFI revendiquée. Mais souvient-on de ce qui l'a fait connaître à gauche ? Et surtout : qui l'a porté ?

Rwanda, 2004 : son documentaire sur le génocide des Tutsi et son attaque contre Mitterrand, « le plus grand scandale de la Ve République ». Puis les Ouïghours : la Chine applique au Xinjiang une logique coloniale interne, un génocide dit de « basse intensité », mais génocidaire quand même. Il le présente comme la défense de « millions de musulmans ». #FreeUyghours est relayé par Dadju, Omar Sy, Leïla Bekhti.

Ce qui l'a porté, c'est une conscience décoloniale, musulmane et afro-descendante qui a cru reconnaître en lui le défenseur des peuples du Sud. Et la gauche parisienne culturelle l'a adopté : le fils de, le bon gendre, la morale internationale sans jamais toucher à l'économie. Sauf que cette conscience, il ne l'a jamais eue. La clé du paradoxe : il a dénoncé un crime colonial parce que le colon n'était pas occidental. Sa conscience a un visa : elle ne voyage que vers les aversaires de l'Occident ou ses prétendus mauvais élèes. Rappel utile : en 2006-2007, il était à Alternative libérale, parti libéral de droite, sur les listes aux législatives à Paris avant de le nier douze ans plus tard. Il avouait d'ailleurs : « Ça ne m'a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites. »

"L'hégémonie morale de l'Occident est une bataille déjà perdue"

Son engagement n'est pas de gauche : c'est le versant moral d'un engagement néolibéral. Novembre 2019 : le PS boycotte la marche contre l'islamophobie, Puis Gaza, le crime colonial du présent. Même grammaire coloniale qu'au Xinjiang mais dans une intensité décupluée, une seule différence : l'auteur est un allié de l'Occident. Et là, tout s'arrête. « Génocide » est le mot des Palestiniens eux-mêmes ; c'est le seul qu'il refuse. Pourtant il a dit « génocide » pour les Ouïghours sans aucun verdict. Son réquisitoire sur le Rwanda reprochait à la France d'avoir laissé faire au lieu d'empêcher. En une phrase : il dit « génocide » quand le bourreau est chinois, il peine à reconnaître le terme sans la moindre conséquence juridique de « carnage » quand il est occidental. Le 26 janvier 2024, la CIJ, saisie par l'Afrique du Sud, a jugé plausible le droit des Palestiniens d'être protégés contre des actes de génocide. L'obligation de prévention joue dès le risque sérieux, sans attendre de verdict. Refuser le mot, c'est confisquer aux colonisés le droit de nommer leur propre colonisation. Sa candidature n'est donc pas celle de la gauche anti-LFI : c'est celle de la gauche anti-résistance. Anti-LFI, c'est le nom public de la restauration du paternalisme : l'Occident qui nomme les crimes à la place des peuples. La dernière prérogative coloniale. Mais l'hégémonie morale de l'Occident est une bataille déjà perdue. Il ne le sait juste pas encore. Alors il rapetisse sa mission : être anti-LFI, à défaut d'avoir été la conscience de l'Occident. Consultant en révolution pour les autres, restaurateur de l'ordre pour nous.

Bader Lejmi

#Bader Lejmi#Raphaël Gluksmann#Primaire socialiste#génocide#Gaza#Ouïghours#Occident

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