
2026-10-13
Écrit par Rédaction
À la mosquée centrale de Séoul, plusieurs nouveaux convertis suivent chaque mois des cours d'initiation à l'islam. Entre découverte du monothéisme, aspirations familiales et volonté de s'affranchir de certaines normes sociales, cette présence musulmane coréenne témoigne de l'évolution progressive du paysage religieux sud-coréen. Une nouvelle génération de Coréens découvre l'Islam Dans le quartier cosmopolite d'Itaewon, à Séoul, la mosquée centrale accueille chaque mois entre cinq et vingt-cinq personnes venues suivre une formation aux principes fondamentaux de l'islam. Certaines choisissent ensuite de prononcer la chahada, profession de foi marquant leur entrée dans la religion musulmane. Selon l'enquête de Nathalie M. Kwon publiée dans The Korea Times, les candidats sont majoritairement des hommes âgés de 20 à 30 ans. Les motivations varient entre quête spirituelle, rencontres personnelles et volonté de s'affranchir des conventions sociales. Yusuf, un Coréen trentenaire converti en 2014 après avoir rencontré des amis musulmans , souligne notamment le rôle du mariage dans certaines conversions masculines.« Beaucoup d'hommes le font pour trouver une épouse », explique-t-il au quotidien sud-coréen. Cette observation renvoie aux difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse dans un pays marqué par une forte compétition professionnelle et des exigences sociales importantes autour du mariage. Mais les aspirations des convertis dépassent largement cette question. Deux femmes interrogées par The Korea Times expliquent avoir été séduites par la simplicité du monothéisme islamique et la croyance en un Dieu unique. Areum, une Coréenne d'une trentaine d'années, souligne également la place accordée au respect des aînés dans l'islam, une valeur qu'elle retrouve dans sa propre culture. Cette proximité lui a notamment permis de présenter plus facilement sa conversion à ses parents. En Corée du Sud, de jeunes musulmans récemment convertis ont suivi une formation dans une mosquée pour apprendre à accomplir correctement la prière. 🥹🌙📓 https://t.co/oWEAccBBhR Une présence musulmane vieille de plusieurs siècles Contrairement à une idée répandue, l'islam n'est pas totalement étranger à l'histoire de la péninsule coréenne. Les premiers contacts documentés remontent à la dynastie Silla, entre 57 avant notre ère et 935, lorsque des marchands venus du Moyen-Orient fréquentent la région. Des communautés musulmanes apparaissent ensuite sous les dynasties Goryeo (918-1392) et Joseon (1392-1910), participant aux échanges commerciaux et culturels avec d'autres régions d'Asie. Au XVe siècle, sous le règne du roi Sejong, des restrictions imposées aux pratiques religieuses publiques contribuent cependant à l'assimilation de ces communautés.L'implantation contemporaine de l'islam remonte principalement à la guerre de Corée (1950-1953). Les soldats turcs engagés auprès des forces des Nations unies jouent alors un rôle important dans la découverte de cette religion par la population locale. Environ 250 Coréens figurent parmi les premiers convertis de cette période. En 1967, la Fédération musulmane de Corée est fondée afin de structurer la vie religieuse. La construction de la mosquée centrale de Séoul, inaugurée en 1976, marque ensuite une nouvelle étape.Aujourd'hui, la communauté musulmane comprend également des travailleurs étrangers, des étudiants internationaux et des familles venues notamment d'Asie du Sud et du Sud-Est. Selon un représentant de la mosquée centrale de Séoul, la majorité des Coréens intéressés par l'islam sont de jeunes adultes cherchant d'autres repères que ceux proposés par les modèles sociaux dominants. Entre islamophobie et quête spirituelle, une communauté qui s'affirme La visibilité des musulmans coréens s'est également renforcée grâce aux réseaux sociaux. Des personnalités comme Ayana Jihye Moon, convertie durant son adolescence, ou le vidéaste Daud Kim contribuent à faire connaître l'islam auprès de jeunes générations, en Corée comme à l'étranger. Certaines influenceuses musulmanes associent désormais le hijab au hanbok, vêtement traditionnel coréen, illustrant une rencontre originale entre identité nationale et appartenance religieuse. Cette visibilité se heurte cependant à des préjugés persistants. Dans un entretien accordé à The Korea Times en mai 2022, l'anthropologue Lee Hee-soo, dénonçait la forte islamophobie présente dans la société sud-coréenne, qu'il attribuait notamment à l'influence des représentations médiatiques occidentales. Il soulignait que la méconnaissance de l'islam favorisait les discriminations envers les musulmans installés dans le pays. Les convertis rencontrés par Nathalie M. Kwon témoignent eux aussi de situations d'incompréhension familiale, de rejet social et parfois de difficultés professionnelles. Pourtant, plusieurs expliquent avoir découvert, au sein de la communauté musulmane, un sentiment d'appartenance qui leur manquait auparavant. Areum raconte ainsi son émotion lors de sa première visite à la mosquée centrale de Séoul : « J'ai enfin eu l'impression de rentrer chez moi ». Une déclaration qui résume une dimension essentielle de ces parcours : au-delà des pratiques religieuses, l'islam représente pour certains convertis coréens la découverte d'une communauté, d'une spiritualité et d'une nouvelle manière de concevoir leur existence.En Corée du Sud, près de 45 000 personnes d'origine coréenne ont embrassé l'islam, selon une estimation rapportée ce lundi 12 octobre, par le quotidien The Korea Times. Derrière ce chiffre se dessinent des parcours spirituels singuliers, notamment chez de jeunes adultes en quête de sens, de simplicité et de liens communautaires dans une société marquée par une forte pression sociale.