
2026-10-05
Écrit par Rédaction
Œil perdu à Tours, dents arrachées dans le Val-d’Oise, main arrachée à Lens : la réponse policière alimente désormais elle-même la contestation. Amnesty International et la Ligue des droits de l’Homme dénoncent un recours disproportionné à la force, tandis que le gouvernement assume au contraire un durcissement du maintien de l’ordre et met en cause l’« extrême-gauche ». Un mouvement qui ne faiblit pas Commencée autour du 21 septembre, notamment en région parisienne, la mobilisation s’est rapidement étendue à l’ensemble du territoire. Les lycéens dénoncent principalement les absences prolongées de professeurs, les classes surchargées, la vétusté de certains établissements, les journées jugées trop longues, les difficultés liées à Parcoursup et, plus largement, les inégalités entre établissements. Au plus fort de la mobilisation, plus de 1 000 lycées ont été concernés par des blocages ou perturbations. Ce lundi 5 octobre, entre 400 et 500 établissements sur environ 3 700 restaient affectés selon le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, tandis que le ministère avançait le chiffre précis de 413 établissements ayant connu des actions.Le soutien d’enseignants, de parents d’élèves et de syndicats s’est progressivement ajouté aux revendications initiales des lycéens. La CGT a notamment exprimé son soutien au mouvement, tandis que des organisations de personnels éducatifs demandent une réponse sur les moyens plutôt qu’une réponse essentiellement sécuritaire. Amnesty et la LDH alertent sur une « brutalisation » de la jeunesse La multiplication des interventions policières violentes a cependant profondément modifié la mobilisation. Le 28 septembre, à Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise, un lycéen de 14 ans a été touché à bout portant à la mâchoire par un tir provenant d’un lance-grenades . Une vidéo confirme les faits. Le procureur a indiqué que le jeune avait été hospitalisé avec la perte de nombreuses dents. Tours, un adolescent de 16 ans a a perdu l’usage d’un œil, le 30 septembre près du lycée Balzac. Le parquet a indiqué que ses blessures étaient compatibles avec un tir de LBD. À Lens, ce 5 octobre, un adolescent de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade de désencerclement lors d’un rassemblement devant le lycée Auguste-Béhal. À Belfort. Un lycéen de 17 ans affirme qu’un policier a tenté de le noyer dans un ruisseau lors de son interpellation et a déposé plainte pour tentative de meurtre. Une vidéo montre effectivement un policier tenter de l’immobiliser dans l’eau. Amnesty International et la Ligue des droits de l’Homme ont parallèlement dénoncé l’usage des LBD, grenades, gaz lacrymogènes et interpellations visant des mineurs. Amnesty a demandé la suspension de certains armements dans le cadre des mobilisations lycéennes, tandis que la LDH dénonce une « dérive globale par rapport à l’État de droit ». Mardi 6 octobre, nouvelle étape de la mobilisation En réaction, le gouvernement estime que le mouvement a dépassé le cadre de revendications lycéennes légitimes pour prendre, dans certains secteurs, les caractéristiques de « violences urbaines ». Dès les premiers jours, le Premier ministre Sébastien Lecornu a accusé LFI et des groupes d’« ultra-gauche » de chercher à instrumentaliser le mouvement. De son côté, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu que certaines revendications des lycéens étaient « légitimes » et a engagé une série de rencontres avec les organisations lycéennes, les syndicats enseignants, les parents d’élèves et les élus de la vie lycéenne. « Vous êtes écoutés, entendus et crus dans vos angoisses », a déclaré le ministre en s’adressant aux lycéens mobilisés. L’Union syndicale lycéenne, l’Union étudiante et plusieurs organisations syndicales appellent à une mobilisation nationale le mardi 6 octobre. Des rassemblements sont annoncés dans de nombreuses villes : Tours, Lille, Marseille, Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Nice, Toulouse ou encore Rennes.Le mouvement lycéen, parti fin septembre pour dénoncer le manque de professeurs, les classes surchargées et la dégradation des conditions d’étude, s’est installé dans la durée. Ce lundi 5 octobre 2026, 413 établissements étaient encore perturbés selon le ministère de l’Éducation nationale, à la veille d’une nouvelle journée nationale de mobilisation.