
2026-10-02
Écrit par Rédaction
Derrière ces deux affaires se joue une bataille plus large sur l’interprétation de la laïcité à l’hôpital public. Les directions invoquent l’obligation de neutralité des agents, tandis que plusieurs syndicats dénoncent des mesures discriminatoires visant principalement des femmes musulmanes. En Haute-Savoie, sept soignantes soutenues par les syndicats Au Centre hospitalier Alpes Léman, à Contamine-sur-Arve, la mobilisation du 29 septembre a remis sur le devant de la scène une affaire qui dure depuis plusieurs mois. Selon Le Dauphiné Libéré, au moins sept femmes musulmanes travaillant dans l’établissement auraient été sommées par leur hiérarchie de retirer leur calot, sous peine de devoir quitter l’hôpital. La direction affirme appliquer le principe de laïcité et l’obligation de neutralité qui s’impose aux agents du service public. Les syndicats contestent cette lecture. « Ces derniers mois, la direction a demandé à plusieurs membres du personnel de retirer le calot qu’elles portaient sur la tête, car cela ne serait pas respectueux de la laïcité », a expliqué Sylvain Bertrand, membre de la CGT et aide-soignant. Les organisations syndicales dénoncent une mesure qu’elles qualifient de « discriminatoire ». Le cœur du conflit tient précisément au statut du calot. Ce couvre-chef est couramment utilisé dans certains services hospitaliers, notamment pour des raisons d’hygiène ou de pratique professionnelle. Mais son port permanent, en dehors des situations où il est requis, peut être interprété différemment par certaines directions. Un même débat avait déjà éclaté à Paris. L’affaire de Majdouline B. Cette affaire est devenue emblématique de la controverse. Infirmière à la Pitié-Salpêtrière, elle avait été révoquée en novembre 2025 après avoir refusé à plusieurs reprises de retirer son calot. Saisi en référé, le tribunal administratif avait suspendu cette première sanction, estimant notamment qu’un doute sérieux existait sur sa proportionnalité. L’AP-HP avait ensuite retiré la révocation et prononcé une exclusion temporaire de huit mois à compter du 27 janvier 2026. Majdouline conteste cette nouvelle sanction. Selon l’Union syndicale Solidaires, qui la soutient, son dossier revient devant le tribunal administratif de Paris ce vendredi 2 octobre. L’organisation appelle à un rassemblement devant le tribunal et réclame sa réintégration. Elle estime que « la laïcité ne peut être détournée pour justifier des pratiques discriminatoires ». La direction de l’AP-HP défend de son côté une interprétation juridique fondée sur la notion de « signe religieux par destination ». Bataille juridique autour de la notion de « signe religieux par destination » Le guide de la laïcité de l’AP-HP précise lui aussi qu’un vêtement ne manifestant pas, par nature, une appartenance religieuse peut être interprété comme tel en fonction du « comportement d’ensemble » de la personne, du caractère permanent de son port ou du refus réitéré de le retirer. Cette doctrine est précisément contestée par plusieurs syndicats, qui estiment qu’elle ouvre la voie à des interprétations subjectives. Lors d’une réunion de la CME de l’AP-HP, le Dr Olivier Milleron avait ainsi évoqué plusieurs situations qu’il jugeait problématiques : une assistante sociale interpellée pour un foulard qu’elle disait porter pour des raisons personnelles, une soignante atteinte d’alopécie dont le contrat n’aurait pas été renouvelé en raison d’un calot, ou encore des externes auxquelles il aurait été demandé d’enlever leur couvre-chef lors de visites. L’AP-HP soutient pour sa part qu’elle applique une jurisprudence administrative existante et l’obligation de neutralité imposée aux agents publics.Le 29 septembre 2026, plusieurs syndicats se sont mobilisés devant le Centre hospitalier Alpes Léman, en Haute-Savoie, pour soutenir sept soignantes musulmanes auxquelles la direction a demandé, ces derniers mois, de retirer leur calot. Une nouvelle mobilisation qui fait écho à l’affaire Majdouline B., infirmière de la Pitié-Salpêtrière, de nouveau attendue devant le tribunal administratif de Paris ce 2 octobre.