
2026-09-30
Écrit par Rédaction
C'est l'histoire d'une mosquée, plusieurs fois centenaires, sacrifiée au nom d’un pèlerinage hindou. Les autorités assurent que l’opération relève d’un projet d’aménagement urbain et concerne aussi d’autres bâtiments religieux. Mais pour de nombreux musulmans indiens, l’affaire s’inscrit dans un climat islamophobe plus large de pression sur les mosquées, madrasas et sanctuaires sous des gouvernements dirigés par le BJP. Des milliers de fidèles rassemblés autour de la Shahi Masjid La tension a culminé dimanche 27 et lundi 28 septembre autour de la Shahi Masjid, située dans le quartier de Chhatri Chowk à Ujjain. Craignant l’arrivée de bulldozers, des centaines puis des milliers de musulmans ont passé la nuit aux abords de la mosquée afin de s’opposer à sa démolition partielle. La municipalité souhaite élargir à 15 mètres une route empruntée lors du Simhastha Kumbh Mela, gigantesque pèlerinage hindou organisé tous les douze ans sur les rives de la rivière Kshipra. L’édition 2028 devrait attirer plusieurs dizaines de millions de personnes. La portion de la mosquée située sur le nouvel alignement routier devait donc être retirée. Selon Al Jazeera, la municipalité avait initialement réclamé la suppression de plus de sept pieds de la structure. Après plusieurs négociations avec le comité de la mosquée, la surface concernée aurait été ramenée à environ trois pieds. La mobilisation s’est toutefois tendue lundi matin. Des manifestants ont lancé des pierres selon les autorités, tandis que la police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des charges pour disperser la foule. Plusieurs personnes ont été blessées et plusieurs hommes interpellés. « Nous l’avons démolie de nos propres mains » Face au risque d’une intervention forcée des autorités, les responsables de la mosquée ont finalement accepté que des fidèles procèdent eux-mêmes au démontage de certaines parties de l’édifice.Des dizaines d’hommes ont ainsi retiré, avec une émotion palpable, à coups de marteaux et de barres métalliques une plateforme attenante à la mosquée. Une partie du minaret a ensuite été démontée par les autorités. Un habitant, Zeeshan Khan, a expliqué à Al Jazeera , que les autorités avaient placé la communauté devant une alternative simple : procéder elle-même à la démolition partielle ou laisser l’administration s’en charger. Le secteur autour de la mosquée reste placé sous forte surveillance policière. Les autorités et la police ont annoncé des poursuites contre certains créateurs de contenus jugés responsables d’avoir alimenté les tensions. La contestation a désormais dépassé Ujjain. Mardi, une manifestation a été organisée à New Delhi par plusieurs organisations musulmanes, avec la présence de parlementaires et de responsables religieux. Une affaire devenue symbole pour les musulmans indiens Le président de Jamaat-e-Islami Hind, Syed Sadatullah Hussaini, a estimé que l’affaire dépassait largement le cas de la Shahi Masjid : lorsqu’un lieu de culte est démoli sans garanties suffisantes, a-t-il déclaré, cela soulève selon lui des questions concernant « l’État de droit » et la protection constitutionnelle des lieux religieux. Des responsables musulmans avaient auparavant saisi la justice pour tenter d’empêcher la démolition. La Haute Cour du Madhya Pradesh a rejeté leurs recours le 10 septembre, considérant que l’élargissement de la voie répondait à un intérêt public lié à la sécurité et à la circulation des millions de pèlerins. Pour de nombreux musulmans indiens, le contexte reste particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits accusent les gouvernements BJP de multiplier les opérations contre des mosquées, des madrasas, des sanctuaires et des propriétés musulmanes sous couvert d’irrégularités administratives ou d’aménagement urbain. À Ujjain, la mobilisation autour de la Shahi Masjid est ainsi devenue bien plus qu’un simple conflit d’urbanisme : pour ses défenseurs, elle symbolise désormais la crainte de voir disparaître progressivement une partie du patrimoine religieux musulman de l’Inde.À Ujjain, dans l’État indien du Madhya Pradesh, des milliers de musulmans se sont mobilisés pour tenter d’empêcher la démolition partielle de la Shahi Masjid, une mosquée historique située sur le tracé d’un projet d’élargissement de route préparé pour le pèlerinage hindou Simhastha Kumbh de 2028. Après plusieurs nuits de tension, une partie de l’édifice a finalement été démontée.