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France Télévisions, données sensibles et prestataire israélien : les révélations de Mediapart

France Télévisions, données sensibles et prestataire israélien : les révélations de Mediapart

2026-10-05

Écrit par Rédaction

France Télévisions avait prévu de confier à la société israélienne Terrific un outil interactif destiné à son émission politique « L’Heure de vérité » en vue de la présidentielle de 2027. Selon une enquête publiée, ce lundi, le dispositif aurait impliqué le traitement de données sensibles sur les préférences politiques des téléspectateurs. Le projet a finalement été abandonné.

Un « Cambridge Analytica à la française » évité de justesse ? C’est la crainte exprimée par un salarié cité par Mediapart. L’enquête soulève plusieurs questions : choix d’un prestataire israélien spécialisé dans l’analyse des audiences, données politiques sensibles, absence alléguée d’appel d’offres, inquiétudes internes sur la cybersécurité et décision d’abandonner le dispositif.

Un outil interactif au cœur de la présidentielle de 2027

Le projet devait accompagner la nouvelle émission politique de France Télévisions, « L’Heure de vérité », conçue en perspective de la campagne présidentielle de 2027. D’après Mediapart, le groupe audiovisuel public avait choisi Terrific, une entreprise technologique israélienne fondée en 2021 et dirigée par Israel Grintz, afin de fournir un outil permettant aux téléspectateurs d’interagir avec les candidats.

Terrific travaille déjà avec France Télévisions. Sur son propre site, l’entreprise revendique avoir déployé pour France TV des dispositifs interactifs lors des Jeux olympiques d’hiver 2026 et du Tour de France, comprenant notamment des centaines de vidéos, images et sondages interactifs. L’enjeu aurait cependant changé de nature avec une émission directement consacrée à la présidentielle.Selon Mediapart, les interactions prévues auraient permis de recueillir des informations révélant les préférences et opinions politiques des utilisateurs, notamment via l’écosystème numérique de France Télévisions et de Franceinfo.

Or le RGPD classe les données révélant les opinions politiques parmi les catégories particulières de données personnelles bénéficiant d’un niveau de protection renforcé. France Télévisions affirme par ailleurs publiquement que les données de ses utilisateurs peuvent être confiées à des sous-traitants pour différents usages, notamment la mesure et l’analyse des audiences, les recommandations et le ciblage publicitaire.

Des alertes internes sur les données et le risque d’ingérence

Mediapart affirme que certains salariés ont alerté sur le risque représenté par la transmission de telles données à un prestataire étranger en pleine campagne présidentielle. L’un d’eux résume auprès du journal : « On a évité, à peu de chose près, un scandale Cambridge Analytica à la française ». La comparaison renvoie au scandale de 2018 concernant l’exploitation de données Facebook par Cambridge Analytica à des fins de profilage et de ciblage politique.

Le profil du dirigeant de Terrific alimente également les interrogations rapportées par Mediapart. Israel Grintz a travaillé auparavant au ministère israélien de la Défense, où, selon une présentation de son entreprise publiée lors d’une levée de fonds, il gérait des investissements dans le secteur civil de la donnée. Terrific explique elle-même utiliser l’analyse des données et des audiences afin d’améliorer le ciblage de ses clients. La société revendique d'ailleurs ouvertement son positionnement à l’intersection des médias, de la donnée et de l’intelligence artificielle.

Selon Mediapart, le PDG de Terrific a en outre cofondé une autre structure proposant des technologies de segmentation et de ciblage politique en ligne.

Un contrat contesté, finalement abandonné

Les conditions de sélection de Terrific constituent l’autre volet sensible de l’enquête. Mediapart affirme que le contrat aurait été conclu sans appel d’offres, alors même qu’une solution développée en interne aurait été disponible. Face aux réserves exprimées par plusieurs services, un salarié aurait reçu cette consigne, citée par Mediapart : « La direction souhaite mener ce projet au bout, il faut y aller, ça vient de plus haut. »

Finalement, le projet Terrific pour « L’Heure de vérité » a été abandonné. France Télévisions invoque, selon Mediapart, des raisons de cybersécurité. Mais le calendrier nourrit les interrogations du journal : la décision serait intervenue quelques jours après que le groupe public eut appris que Mediapart préparait une enquête sur le dossier. Mediapart souligne ainsi que France Télévisions comptait encore mener le projet avant d’être informé de la publication prochaine de son article. L’affaire intervient à un moment particulièrement sensible pour le service public audiovisuel, à moins d’un an de la campagne présidentielle de 2027.


#Israël#Mediapart#enquête#ingérence#Données

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