
2026-10-06
Écrit par Rédaction
L’« ultra-pauvreté » devient-elle un piège dont on ne sort plus. Derrière ce terme journalistique, les chercheurs parlent plus précisément d’« extrême pauvreté » : précarité alimentaire, absence de logement stable, faibles revenus et dépendance prolongée à l’aide. Les données montrent surtout qu’une fois installée, cette pauvreté devient de plus en plus difficile à quitter. Une pauvreté qui s’enracine en France L’étude publiée le 5 octobre par les Restos du Cœur repose sur une base exceptionnelle : 5,5 millions de personnes et plus de 16 millions d’observations recueillies entre 2018 et 2025. Intitulée L’extrême pauvreté dans les pays riches : Analyse empirique sur données françaises, elle cherche à mesurer des populations souvent mal captées par les statistiques classiques : personnes dépendantes de l’aide alimentaire, sans logement stable ou en situation de très grande précarité. Premier enseignement : la durée moyenne d’un passage aux Restos est de 18 mois. La majorité des bénéficiaires sortent du dispositif au bout d’un an, mais 14 % y restent plus de trois ans. Surtout, l’étude montre un effet d’enfermement : plus une personne reste longtemps dans la grande pauvreté, plus ses chances d’en sortir diminuent. Autre chiffre marquant : environ une personne sur dix pourrait avoir recours à l’aide alimentaire au cours des dix prochaines années. La précarité résidentielle a, elle, augmenté de 62 % depuis 2018. Les enfants de moins de 10 ans représentent près de 25 % des personnes en situation de précarité résidentielle, alors qu’ils ne représentent qu’environ 10 % de la population générale. L’inflation expliquerait à elle seule plus de la moitié de la hausse du sans-abrisme observée depuis 2018. RSA et « plein-emploi » : trois associations réclament un moratoire Ce 6 octobre, ATD Quart Monde, Aequitaz et le Secours catholique ont publié un rapport très critique sur la mise en œuvre de la loi dite « pour le plein-emploi ». Les trois associations estiment que la logique d’accompagnement des allocataires du RSA se transforme trop souvent en logique de contrôle et de sanction, alors même que les personnes concernées cumulent parfois problèmes de logement, de santé, de mobilité, garde d’enfants ou absence d’emploi accessible. Elles demandent désormais un moratoire sur certains aspects de la réforme.Leur inquiétude rejoint directement les conclusions des Restos du Cœur : retirer ou suspendre une partie des ressources d’un ménage déjà très pauvre peut favoriser l’entrée dans un cycle de précarité encore plus profond. Selon le rapport relayé par Le Monde, les ambitions de retour rapide à l’emploi se heurtent à la complexité des situations sociales et aux moyens limités des structures chargées de l’accompagnement. Les associations alertent sur un risque : lorsqu’un foyer se situe déjà au bord de la rupture, une sanction administrative peut avoir des conséquences immédiates sur l’alimentation, le logement ou l’endettement. 9,8 millions de pauvres et un record historique Selon les dernières données de l’Insee, publiées en juillet, 9,8 millions de personnes vivant en logement ordinaire en France hexagonale se situaient sous le seuil de pauvreté en 2024, fixé à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Le taux de pauvreté atteignait 15,4 %, soit son niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique en 1996. La moitié des personnes pauvres disposaient de moins de 1 074 euros mensuels. Les familles monoparentales restent particulièrement exposées : leur taux de pauvreté atteignait 34 % en 2024. Les chômeurs figurent également parmi les populations les plus touchées. L’étude des Restos montre par ailleurs que les mécanismes économiques jouent directement sur la grande précarité : une hausse de 10 % du chômage est associée à environ 10 % de précarité résidentielle supplémentaire et 13 % de précarité alimentaire supplémentaire. Une hausse de 10 % des loyers accroît elle aussi sensiblement ces risques.Deux enquêtes successives, les 5 et 6 octobre 2026, dressent un constat préoccupant sur la pauvreté en France. Une étude scientifique fondée sur les données des Restos du Cœur montre que l’« extrême pauvreté » tend à s’installer dans la durée, tandis qu’ATD Quart Monde, Aequitaz et le Secours catholique alertent sur les effets de certaines politiques d’insertion susceptibles d’aggraver encore la précarité.