
2026-10-06
Écrit par Rédaction
Pour les manifestants sur place, l’expulsion de la mosquée s’inscrit dans une succession de décisions visant l’expression musulmane dans la ville. Réunis sous le mot d’ordre « Non à la répression locale ! », ils dénoncent une politique discriminatoire et réclament « égalité, justice, dignité et libertés ». « Ce ne sont pas les fidèles qui ont enfreint la loi » Le 22 septembre 2026, le tribunal administratif de Dijon a ordonné l’expulsion de l’association cultuelle musulmane occupant les locaux municipaux situés rue Edgar-Quinet, à Chalon-sur-Saône. La Ville lui a accordé quinze jours pour libérer les lieux. La mosquée était installée dans ce bâtiment depuis 1978, dans le cadre d’une mise à disposition gratuite décidée par la municipalité de l’époque. Le maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, affirme que cette convention contrevenait au principe de laïcité,. Le maire assure avoir découvert les termes de cette convention lors de son renouvellement en septembre 2021 et avoir proposé ensuite une nouvelle convention payante. Gilles Platret s’est félicité de la décision du tribunal, estimant qu’elle mettait fin à un « accommodement » contraire à la loi de 1905. Il a également prévenu qu’il pourrait demander le concours de la force publique si l’association refusait de quitter les lieux. Cette explicationest contestée par plusieurs opposants locaux. Le conseiller municipal Clément Mugnier reconnaît que le cadre juridique devait être régularisé, mais souligne que la mise à disposition gratuite avait été organisée par la Ville elle-même pendant près de cinquante ans. « Ce ne sont pas les fidèles qui ont enfreint la loi », estime-t-il, reprochant à la municipalité de faire supporter aux musulmans fréquentant le lieu de culte les conséquences d’une convention décidée par l’institution municipale. Chalon-sur-Saône, « laboratoire de l’islamophobie en France » ? Quelques jours plus tard, samedi 3 octobre, entre 80 et 110 personnes ont répondu à l’appel du collectif Libawat. Parti de la place de Beaune, le cortège a rejoint l’Hôtel de Ville sans incident sous plusieurs mots d’ordre : lutte contre le racisme, l’islamophobie et les discriminations.Pour les organisateurs, l’affaire de la mosquée constitue l’un des derniers épisodes d’un contentieux politique beaucoup plus ancien avec la municipalité. La présidente de Libawat, Morgane Guéchi, a ainsi énuméré plusieurs controverses ayant marqué les mandats de Gilles Platret : suppression des repas de substitution dans les cantines scolaires, interdiction du Salon de la femme orientale, controverses liées à des affiches montrant des femmes voilées, situation de la mosquée de la rue Edgar-Quinet ou encore règlement intérieur du conseil municipal. Quelques jours avant la manifestation, Libawat avait même qualifié Chalon-sur-Saône de « laboratoire de l’islamophobie en France », une appréciation militante assumée par le collectif. « Nous ne demandons pas de privilège. Nous demandons ce qui devrait être évident, l’égalité ! », a déclaré Morgane Guéchi devant les participants. De l'exclusion du voile au conseil municipal à la fermeture de la mosquée La mobilisation a également remis au premier plan le cas de Sabrina Sari, conseillère municipale d’opposition portant le voile. Depuis janvier 2026, le règlement intérieur du conseil municipal impose aux élus une tenue « neutre » et interdit notamment le port de signes religieux ostensibles. Deux élus avaient saisi en mars le tribunal administratif de Dijon en référé pour tenter d’obtenir la suspension de cette disposition. Leur demande avait été rejetée. Pour Damien Saley, conseiller municipal LFI, cette succession de décisions traduit une « islamophobie qui s’installe d’année en année ». La mairie défend de son côté ses décisions au nom de la neutralité, de la laïcité et du respect des règles applicables aux collectivités. Mais pour une partie des habitants mobilisés, la répétition des controverses ne relève plus de simples dossiers administratifs indépendants les uns des autres.Une centaine de personnes ont manifesté samedi 3 octobre 2026 à Chalon-sur-Saône contre l’islamophobie et les discriminations, quelques jours après que le tribunal administratif de Dijon a ordonné l’expulsion d’une association musulmane occupant depuis près d’un demi-siècle une mosquée installée dans un local municipal de la rue Edgar-Quinet.