
2026-10-06
Écrit par Rédaction
Une énième affaire qui intervient dans un pays où les représentants civils et militaires français ont longtemps bénéficié d’une latitude considérable, au sein d’une relation profondément asymétrique avec Bangui. De l’ère Bokassa aux accusations d’abus sexuels visant des militaires de Sangaris, cette nouvelle révélation ravive un passif où se mêlent influence politique et impunité. Un ambassadeur impliqué dans un réseau d'exploitation humaine ? Selon Le Canard enchaîné, Bruno Foucher aurait reçu dans ses appartements privés, entre janvier 2024 et mars 2026, une trentaine de jeunes femmes . Des sources évoquent jusqu’à une quinzaine de visites mensuelles. Les services chargés de protéger le site auraient fini par signaler une faille de sécurité. Le Quai d’Orsay confirme qu’une enquête administrative a bien été menée à Bangui en 2026 et qu’à réception de ses conclusions, une procédure disciplinaire a été ouverte. Certaines accusations plus graves circulant dans des médias centrafricains, on évoque de l'exploitation sexuelle, un recrutement organisé de jeunes femmes et l'implication de mineures. L’affaire interroge sur la durée pendant laquelle de telles pratiques ont pu se poursuivre dans une résidence hautement sécurisée. D'abord silencieuse, les autorités centrafricaines ont fini par réagir. Le 19 août, le porte-parole de la présidence, Albert Yaloké Mokpème, a indiqué que la justice pouvait se saisir de l’affaire afin d’en déterminer la nature exacte. Cette réaction tardive nourrit une question plus large : jusqu’où les structures françaises présentes à Bangui ont-elles historiquement pu agir avec une marge de manœuvre exceptionnelle, sous le regard passif, accommodant ou dépendant des autorités locales ? Le Quai d’Orsay a confirmé laconiquement, mardi 11 août, l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Bruno Foucher, son ambassadeur à Bangui. Selon l’hebdomadaire Le Canard enchaîné, il aurait fait venir une trentaine de jeunes Centrafricaines dans ses appartements privés entre janvier 2024 et mars 2026, à raison d’une quinzaine de visites par mois. Bruno Foucher, qui a reconnu des relations sexuelles avec deux des femmes, n’a toujours pas été sanctionné. L’affaire a été révélée par la presse, non par le ministère lui-même, et la procédure administrative a été engagée à cause de la faille sécuritaire que ces visites représentaient, et non pas par souci moral. Lorsque le ministre des Affaires étrangères Jean-Noel Barrot évoquait une « restauration complète des relations » entre la France et le Centrafrique lors de sa visite à Bangui le 13 mars dernier, on était loin de penser que cela incluait également les activités horizontales de son ambassadeur. Abus sexuels : les habitudes françaises prises depuis l'opération Sangaris À cette affaire s’ajoute d'autres accusations autrement plus graves. En 2014, une enquête de l’ONU recueillit des témoignages d’enfants centrafricains accusant des soldats français d’exploitation et d’abus sexuels. L’affaire fut suffisamment sérieuse pour que le Comité des droits de l’enfant des Nations unies fasse publiquement part de sa « profonde préoccupation ». Plusieurs procédures judiciaires furent ouvertes en France. Douze ans plus tard, l’affaire Foucher intervient donc sur un terrain particulièrement sensible. L'affaire ravive ainsi une question plus ancienne : celle d’une présence française longtemps habituée à bénéficier à Bangui d’un statut à part, dans un environnement où la faiblesse institutionnelle, la dépendance politique et parfois le silence des autorités locales ont souvent limité les mécanismes de contrôle. De Bokassa à Sangaris, la Centrafrique sous influence franco-française L’histoire politique centrafricaine est difficilement dissociable de l’influence française. Sous Jean-Bedel Bokassa déjà, diplomates, militaires et coopérants français occupaient une place considérable dans le fonctionnement du pays. Cette proximité ancienne a nourri l’image d’un État centrafricain dans lequel Paris pouvait disposer de leviers militaires, diplomatiques et politiques particulièrement étendus. Plus récemment, l’opération Sangaris, lancée en décembre 2013, devait contribuer à stabiliser le pays en pleine guerre civile. Quelque 2 000 soldats français furent déployés. Amnesty International dénonça rapidement l’incapacité des forces internationales à empêcher le « nettoyage ethnique » de populations musulmanes dans l’ouest du pays. L’ONG rapportait des massacres, destructions de mosquées et déplacements forcés, alors que les troupes internationales tardaient à se déployer dans les zones menacées.Le 11 août 2026, le Quai d’Orsay a confirmé l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Bruno Foucher, ambassadeur de France en République centrafricaine. Une enquête administrative avait été déclenchée après des signalements concernant les visites répétées de jeunes femmes dans la résidence diplomatique française de Bangui.