
2026-10-16
Écrit par Rédaction
Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d'Algériens manifestaient pacifiquement contre un couvre-feu discriminatoire imposé en pleine guerre d'Algérie. La répression conduite par la police parisienne, sous l'autorité de Maurice Papon, provoqua la mort de nombreux manifestants, dont certains furent jetés dans la Seine. Malgré les reconnaissances successives de François Hollande et d'Emmanuel Macron, la responsabilité officielle de l'État demeure au cœur des revendications mémorielles. Le 17 octobre 1961, un massacre sanglant à Paris Le 17 octobre 1961, à l'appel du Front de libération nationale (FLN), des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement dans les rues de Paris contre le couvre-feu discriminatoire instauré quelques jours auparavant par le préfet de police Maurice Papon. Depuis le 5 octobre, les « Français musulmans d'Algérie » sont soumis à des restrictions de circulation nocturne. Cette mesure s'inscrit dans le contexte de la guerre d'indépendance algérienne et de la répression des réseaux nationalistes en hexagone. La manifestation est brutalement réprimée. Des Algériens sont frappés, arrêtés, certains tués par balles ou précipités dans la Seine. Plusieurs milliers de personnes sont conduites dans des centres de détention improvisés. Pendant longtemps, les autorités françaises minimisent le nombre de victimes. Les recherches historiques, notamment celles de Jean-Luc Einaudi, puis de Jim House et Neil MacMaster, ont depuis établi l'ampleur des violences. Le bilan aurait atteint plus de 200 morts Longtemps occultés dans le récit national, les événements du 17 octobre 1961 ont progressivement retrouvé une place dans la mémoire collective grâce aux témoignages des survivants, aux associations et aux travaux des historiens. « Crime d'État » : l'appel solennel d'une trentaine de maires Soixante-cinq ans après le massacre, une trentaine de maires français demandent une nouvelle étape dans sa reconnaissance officielle. Dans un appel rendu public le 15 octobre, les élus réclament que la répression du 17 octobre 1961 soit reconnue comme un « crime d'État », estimant que les responsabilités dépassent celles du seul préfet Maurice Papon. Parmi les signataires figurent Emmanuel Grégoire, maire de Paris, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen, Patrice Bessac, maire de Montreuil, Philippe Rio, maire de Grigny, et Ali Rabeh, maire de Trappes. Les élus réclament également que le 17 octobre soit inscrit au calendrier des commémorations nationales, ainsi qu'un accès élargi aux archives policières, administratives et judiciaires. Ils demandent aussi le développement d'initiatives pédagogiques et de lieux de mémoire, afin de transmettre aux jeunes générations l'histoire de cette répression coloniale. Pour les signataires, il s'agit de « regarder notre histoire en face » et de reconnaître pleinement la responsabilité des institutions françaises dans les violences commises. Une reconnaissance étatique incomplète et insuffisante En octobre 2012, François Hollande devient le premier président français à reconnaître publiquement la « sanglante répression » des manifestants algériens du 17 octobre 1961. En 2021, Emmanuel Macron participe à une cérémonie de commémoration au pont de Bezons. L'Élysée qualifie alors les crimes commis sous l'autorité de Maurice Papon d'« inexcusables pour la République ». Ces déclarations constituent des avancées, mais elles restent jugées insuffisantes par plusieurs historiens et associations, qui réclament une reconnaissance explicite de la responsabilité de l'État. Le 28 mars 2024, l'Assemblée nationale adopte également une résolution condamnant la répression des Algériens du 17 octobre 1961, sans retenir la qualification de crime d'État. C'est précisément cette reconnaissance que les maires demandent aujourd'hui d'approfondir. Ils appellent les autorités à « aller jusqu'au bout du chemin engagé ».À la veille du 65e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, une trentaine de maires français ont lancé, ce jeudi, un appel solennel à l'État pour qu'il reconnaisse officiellement la répression des manifestants algériens à Paris comme un « crime d'État ». Parmi les signataires figurent les maires de Paris, Saint-Denis, Montreuil et Saint-Ouen.