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Fondation de l’islam de France : l’échec d’une promesse républicaine

Fondation de l’islam de France : l’échec d’une promesse républicaine

2026-08-15

Écrit par Kamal Kabtane

Le retrait de la reconnaissance d’utilité publique de la Fondation de l’islam de France (FIF) marque un triste aboutissement pour une institution créée avec l’ambition de faire progresser la connaissance, la culture, la recherche et la formation autour de l’islam en France.

Au-delà de la décision administrative annoncée aujourd’hui, nous ne pouvons nous satisfaire du récit d’une Fondation qui aurait simplement échoué à trouver les ressources nécessaires à sa survie. Car son extinction financière était annoncée depuis longtemps.

En octobre 2020, lors de son discours des Mureaux, le président de la République Emmanuel Macron annonçait la mobilisation de 10 millions d’euros pour soutenir les initiatives de la Fondation de l’islam de France.

Près de quatre ans plus tard, en mars 2024, son président Ghaleb Bencheikh alertait publiquement sur la situation financière dramatique de l'institution et indiquait que ces 10 millions d'euros annoncés n'avaient toujours pas été reçus.

Dès lors, une question simple doit être posée : Comment peut-on annoncer solennellement le soutien de l'État à une institution, la laisser progressivement privée des moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission, puis constater son incapacité à poursuivre son objet ?

La Fondation de l’islam de France n’était pourtant pas un organisme cultuel. Elle avait précisément été pensée comme une institution culturelle et laïque permettant de développer la connaissance de l’islam, de soutenir la recherche et l’éducation, de favoriser la formation universitaire et de rendre accessibles au plus grand nombre les cultures et les civilisations de l’Islam.

Son bilan n'est pas inexistant : formations universitaires, bourses, recherche, conférences, projets culturels et actions de transmission ont été menés pendant près de dix ans.

Au moment où notre pays affirme vouloir combattre les obscurantismes, les radicalités et les ingérences étrangères, affaiblir jusqu'à disparition une institution française consacrée à la connaissance, à la culture et à la formation constitue une contradiction politique majeure.

On ne peut pas demander constamment aux musulmans de France de construire des institutions solides, transparentes, françaises et pleinement inscrites dans le cadre républicain, tout en laissant dépérir celles qui répondent précisément à ces exigences.

On ne peut pas appeler à l'émergence d'un islam de France autonome tout en échouant à créer les conditions permettant à ses institutions intellectuelles, culturelles et universitaires de durer. Et l'on ne peut pas faire de grandes annonces lorsque les circonstances l'exigent, puis laisser leurs bénéficiaires attendre jusqu'à l'épuisement.

Ce qui disparaît aujourd'hui n'est donc pas seulement un statut administratif. C'est une occasion manquée pour la République. Nous exprimons notre reconnaissance à Ghaleb Bencheikh ainsi qu'à toutes celles et ceux qui, pendant ces années, ont fait vivre la Fondation et porté ses projets malgré des moyens toujours plus contraints.

Nous appelons désormais l'État à faire toute la transparence sur les engagements pris envers la Fondation de l'islam de France, notamment sur les financements annoncés en 2020, leur nature exacte, leur éventuelle mobilisation et les raisons pour lesquelles ils n'ont pas permis d'assurer la pérennité de l'institution.

Plus largement, cet épisode doit conduire à une réflexion de fond.

Quelle politique la France souhaite-t-elle réellement conduire à l'égard de l'islam et des citoyens musulmans ? Une politique faite de discours, d'injonctions et d'institutions que l'on crée avant de les abandonner ? Ou une politique de long terme fondée sur la confiance, la responsabilité, la connaissance, la formation et le soutien aux initiatives qui construisent concrètement un islam pleinement ancré dans la société française ? Nous refusons que la disparition annoncée de la Fondation de l'islam de France se résume à quelques lignes au Journal officiel. La République doit aussi rendre compte de ses promesses.

Kamel KABTANE

Secrétaire Général de la Fondation de l’Islam de France

Recteur de la Grande Mosquée de Lyon

Président de l’Institut Français de Civilisation Musulmane


#Fondation islam de France#Ghaleb Bencheikh

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