
2026-07-31
Écrit par Rédaction
Devenue une cible potentielle pour les drones iraniens après l’agression militaire américaine contre l’Iran, la présence de 4 000 soldats américains en Jordanie suscite une contestation interne inédite. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, plusieurs centaines de personnalités politiques et juridiques jordaniennes ont demandé, la semaine dernière, le retrait des forces américaines stationnées dans le pays. La Jordanie au cœur des tensions entre Washington et Téhéran Le déclenchement de la guerre par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran, fin février, a placé la Jordanie au centre des tensions régionales. Depuis la reprise des frappes, le 7 juillet, des dizaines de militaires américains ont été blessés lors d’attaques iraniennes menées sur le territoire jordanien. Mi-juillet, trois soldats américains ont même été tués sur une base située dans le royaume. Craignant d’être entraînés dans la guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, plus de 130 personnalités jordaniennes issues des milieux politique, universitaire, culturel, syndical et tribal ont appelé au retrait des troupes étrangères de Jordanie ainsi qu’à l’annulation, ou au minimum à la restriction, de l’accord militaire conclu avec Washington. Dans une déclaration publiée la semaine dernière, les signataires estiment que la présence de forces étrangères expose la Jordanie à des risques sécuritaires, politiques et économiques, tout en augmentant la probabilité que le pays soit entraîné dans un conflit régional auquel il n’a aucun intérêt direct à participer. « Nous exigeons le retrait des forces étrangères du territoire jordanien » « Compte tenu de notre responsabilité nationale et de l’ampleur des risques auxquels la région est confrontée en raison de l’escalade militaire qui s’accélère, nous exigeons le retrait de toutes les forces étrangères du territoire jordanien », indique le communiqué. Les signataires ajoutent que leur présence « accroît la probabilité que notre pays se retrouve impliqué dans un conflit régional auquel il n’est pas partie ». « La Jordanie n’est pas partie prenante à cette guerre, et son peuple ne doit pas en subir les conséquences ni payer le prix de politiques qui ne servent pas ses intérêts supérieurs », poursuivent-ils. Sufyan al-Tell, militant politique de 90 ans et signataire de la lettre, dénonce l’« exploitation de la Jordanie et de ses capacités, d’une manière ou d’une autre, pour défendre Israël ». Reflet d’une population jordanienne majoritairement pro-palestinienne et méfiante à l’égard des relations entre les États-Unis et Israël, le texte salue les Forces armées jordaniennes (Armée arabe), tout en rappelant que leur doctrine militaire doit rester exclusivement tournée vers la défense du pays, de son peuple et de ses lieux saints. Il affirme également que le rôle national de l’armée doit demeurer centré sur la lutte contre ce qu’il qualifie d’« ennemi sioniste marqué par le génocide, les déplacements de population et l’expansion ». Un allié stratégique dépendant de l’aide américaine Le gouvernement jordanien reste toutefois fortement dépendant du soutien des États-Unis. Sean Yom, professeur de sciences politiques et spécialiste de la Jordanie à l’Université Temple de Pennsylvanie, explique que le royaume est un État fragile au Moyen-Orient, entouré de nombreuses menaces régionales. Selon lui, il a besoin « d’une forme de patronage ou de protection extérieure de la part d’une grande puissance ». D’après le New York Times, les États-Unis ont accordé à la Jordanie 1,65 milliard de dollars d’aide économique et militaire pour la seule année 2025. Aucun média jordanien n’a publié la lettre ouverte.Une fronde rare en Jordanie. Estimant que la guerre isréalo-us contre l’Iran fait peser des risques « sécuritaires, politiques et économiques » sur le pays, plusieurs centaines de personnalités politiques et juridiques jordaniennes ont appelé le gouvernement, dans une lettre ouverte, à demander le retrait des forces américaines déployées sur le territoire.