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Aissam Aït Yahya : « La politique islamophobe (en France) va bientôt arriver à sa limite »

Aissam Aït Yahya : « La politique islamophobe (en France) va bientôt arriver à sa limite »

2026-08-05

Écrit par Ibrahim Madras

Suite et fin de l'entretien avec l’écrivain et intellectuel Aissam Aït-Yahya autour de sa contribution à l’ouvrage collectif « Nous, musulmans face aux lois de l’effacement ».

Dans cette dernière partie, l’auteur Aissam Aït-Yahya explique l'éventualité (manquée) d'une « théologie politique française » qui aurait pu rassembler l'ensemble des citoyens (croyants ou non) du pays. Il apporte également son regard sur « l'évolution » de la prédication musulmane à travers les réseaux sociaux, enfin.l'écrivain conclu sur sa vision de l'avenir des musulmans en France face à « une islamophobie institutionnelle » proche, selon lui, d’un « plafond de verre ».

Mizane.info : Pour rester sur le sujet, vous écrivez également que c’est surtout « le manque de foi religieuse et de foi civile » qui caractérise l’islamophobie d’Etat. Pour illustrer cette idée, vous citez les paroles de penseurs et philosophes français (Montesquieu, Tocqueville…) évoquant l’importance de la spiritualité et de la religion pour la stabilité civile et parler « d’une théologie politique française qui auraient pu avoir la force d’être au-dessus de tous les débats mondains autour de l’islam et des musulmans français ». Pouvez-vous développer cette thèse ?

Aissam Aït-Yahya : C’est la question existentielle que refuse de se poser, avant même de prétendre y répondre, un système qui se croit parfait et universel. Nous n’allons pas revenir sur la philosophie politique française qui a donné naissance à l’état moderne, et qui est issue d’une tradition dite radicale des lumières, anticléricale, antireligieuse, matérialiste et athée. Mais il s’agit tout simplement de dire que si le libéralisme philosophique et politique avait eu une plus forte réalité en France avec ses développements multiples dès le début XIXème siècle, avec ensuite une laïcité moins dogmatique, des politiques d’intégration non comprises comme un diktat d’assimilation radicale à une identité fantasmée et unique, un pragmatisme inclusif, cherchant à construire l’intérêt commun par le bas, un état moins centralisateur orientant et fédérant l’ensemble de ces citoyens dans une communauté respectant d’abord et surtout sa propre diversité religieuse, régionale, linguistique, avant même la diversité idéologique et politique, c’est toute l’histoire de la France qui n’aurait pas connu certains de ses épisodes les plus complexes et tragiques qui ont fatalement orienté vers ce qu’elle est aujourd’hui : une Révolution Française plus apaisée, une stabilité politique interne plus forte, une colonisation plus douce, une intégration des populations immigrées moins difficile.

La France aurait été semblable, avec ses propres spécificités, à la plupart des autres pays européens et occidentaux, qui ont vu l’apparition de la Démocratie libérale sécularisée. Les musulmans, dont l’extrême majorité n’est soucieuse que de vivre pleinement leur foi et citoyenneté dans ce pays, auraient apporté leur contribution. Un système politico-philosophique soucieux de sa propre efficacité et efficience aurait cherché à intégrer et à assimiler ce qui aurait pu le rendre plus fort et viable. L’espace public, libre et ouvert, serait un lieu de débat et d’échange dans lequel en sortirait souvent un consensus basé sur le vrai, le juste, et le bon, dont seule la « common decency » du peuple citoyen aurait tranché par voie démocratique, sans manipulation et intervention de l’Etat. Cette foi civile, qui a toujours besoin de texte sacralisé, aurait pu aisément en France se baser sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

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L'État n’aurait jamais cherché à imposer ses vérités, ses dogmes et à créer et formater le citoyen. Il se serait arrêté à remplir ses fonctions régaliennes, et même celle de l’état providence propre à la France, en s’assurant de la cohésion de l’ensemble sur ces bases, par une laïcité qui protège l’état de l’influence de groupe/communauté privée mais qui protège aussi les individus/communauté de l’Etat lui-même. Les Musulmans ne cherchent pas à islamiser la France, mais à défendre leurs intérêts particuliers (comme n’importe quel autre groupe) et transmettre ce qui leur semble bon pour l’ensemble du corps social pour l’intérêt collectif, tout cela en intériorisant que la France n’est de toute façon pas un pays musulman ni une terre d’Islam. Vivre dans un pays non-musulman suppose toujours l’acceptation d’un compromis relatif, l’existence de tensions internes, des situations de paradoxe et des limites que le musulman doit apprendre à gérer (dont l’Islam est totalement innocent) cela même dans les situations les plus optimales pour lui. Libre à lui ensuite de rester ou partir. Quoiqu’il en soit, au-delà de l’uchronie dont l’intérêt n’est jamais négligeable, cette nouvelle image de la France, la ferait ressembler d’une certaine manière à une autre grande République et Démocratie : les Etats-Unis, dont elle partage déjà de grands points communs même si les différences sont justement flagrantes. D’ailleurs elle aurait même pu avoir les bons côtés états-uniens sans ses défauts et excès. Car ce qui manque cruellement à la France, c’est le « E pluribus unum », le « in God we trust », le « We, the people » et la tradition anglo-saxonne de l’« Habeas Corpus » entre autres.

Même la laïcité française de 1905 imaginée et mise en place par Aristide Briand, dans son contenu littéral et son esprit originel, est en réalité assez libérale en ne concernant que l'État. Le problème, toujours le même en France, est que ce principe républicain français, fixé noir sur blanc par la lettre et l’esprit de la lettre, n’a pas été sacralisé par cette foi civile dont le gardien ultime devrait être justement l’état. La protégeant contre toutes dérives, contre toute possibilité de l’étendre à d’autres domaines pour lesquels elle avait été instituée, l’empêchant de devenir une religion tyrannique au sens de Pascal. Or c’est l’Etat lui-même qui l’a étendue aux usagers du service public, donc aux élèves de l’école publique, c’est l’Etat qui a permis son extension dans le secteur privé, c’est l’état qui a rendu religieux robe longue/abaya pour pouvoir aussi les interdire (Août 2023). Et aujourd’hui nombreux sont ceux qui croient fermement que cette laïcité peut même permettre l’interdiction des signes religieux dans tout espace public, et même au-delà !

L’absence de foi civile chez les citoyens français qui aurait sacralisé certains principes après les avoir assimilés, sans y toucher, en les respectant scrupuleusement sans les déformer (comme le musulman pour le Coran ou les américains avec la Constitution et leurs amendements), est clairement dû à une pratique républicaine cynique, une tendance despotique d’un Etat qui ne cherche pas à élever le citoyen et à l’émanciper sur ces principes mais l’infantiliser, le contrôler et le manipuler à sa guise pour se rendre indispensable à lui. Et le cas de la laïcité n’est qu’un exemple parmi tant d'autres qui montre la fébrilité et la fragilité des fondements de la démocratie et de la république française devenant, de plus en plus, une véritable mythologie.

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Question un peu plus actuelle. Que pensez-vous des évolutions religieuses (islamiques) dans la prédication, l’enseignement et les discours auxquelles on assiste aujourd’hui notamment sur les réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Snapchat...) ? Qu’est-ce que cela symbolise concrètement et vers quoi cela nous mène ?

Comme beaucoup le savent, il y a déjà plus de 15 ans, j’étais déjà extrêmement critique concernant le phénomène des prédicateurs sur YouTube, en énonçant qu’il y aurait fatalement une survalorisation de la forme sur le fond, de l’image sur l’écrit, avec une starification qui va accentuer les phénomènes de transformation de l’islam et des musulmans sur le mode télé-évangéliste protestant aux USA. Sans parler de la course aux vues, à la popularité, aux revenus que cela engendre et qui transformeront aussi le contenu de la prédication pour le rendre adéquat aux envies du public consommateur. La situation en France a considérablement évolué. La répression massive a aussi touché ces prédicateurs, toutes tendances confondues. Parfois, nous n’avons même plus le luxe de pouvoir critiquer les orientations et la qualité et les formes, certains ont renoncé, disparu ou se sont exilés. Seul ceux qui ont transformé leur prédication en islam New-Age, en spiritualité orientale, ou dont le but est de déconstruire l’Islam, continuent d’être présents et visibles.

La situation est donc devenue plus complexe et paradoxale. Internet et les réseaux sociaux, étaient et sont encore néanmoins des espaces de liberté extrêmement importants nous concernant, malgré leurs dérives et les grandes problématiques qu’ils impliquent par leur nature. Mais rappelons que la parole publique musulmane est définitivement bannie et interdite en France, les médias traditionnels sont devenus des espaces exclusifs et interdits dans lequel on parle de nous, de l’islam et des musulmans, sans aucun musulman. La France a nettoyé son PAF, Il n’existe absolument plus d’acteur musulman, d’interlocuteur musulman, d’intellectuel, imam crédible, musulman ayant une représentativité réelle et légitime chez les musulmans, pouvant passer à la télévision débattre, défendre et discuter le point de vue des musulmans sur les sujets qui les concernent. C’est une épuration totale unique dans le monde occidental.

L’état s’est largement lancé dans le contrôle et la surveillance de l’islamosphére française, ne tolérant absolument pas qu’il puisse exister un espace libre dans lequel les musulmans ont les capacités et moyens de diffuser du contenu musulman et islamique. D’ailleurs les militants d’extrême droite et islamophobes font la chasse à tout contenu musulman sur le net en voulant créer des badbuzz, faire du doxxing (théoriquement illégal mais quasiment pas contre les musulmans), tout cela main dans la main avec les services de l’Etat, en attirant son attention sur tel et tel contenu, telle publicité d’évènements et tels acteurs, demandant une intervention politique, juridique et policière. Ainsi quand Macron se dit préoccupé d’abord par les contenus salafistes sur TikTok (beaucoup moins et qu’ensuite pour les contenus d’extrême-droite.), ce n’est pas pour des contenus de qualité et d’orientation très disparate. Mais surtout par leur liberté de formuler un contre-discours islamique théologique submergeant celui que veut véhiculer l'État républicain pourtant laïc. D’un autre côté, l’atomisation et l’émiettement de la prédication musulmane, la multiplication des acteurs aux motivations très diverses, et souvent extrêmement jeunes, forment une cacophonie où seuls semblent émerger des contenus de très faible qualité, simplistes et à la consommation rapide, qui ne demandent aucun temps de réflexion, comme cela est propre à ce format numérique. Les effets sur la jeunesse musulmane sont très difficiles à évaluer, très ambivalents. Parfois cela contribue à renforcer des consensus musulmans inébranlables sur des points de croyance et pratique musulmane, mais cela avec un niveau de conscientisation très faible voire superficiel.

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De manière générale, l’internet musulman français (produit en France pour un public français) suivra la tendance que nous avons décrite plus haut. Tôt ou tard, l’Etat va accentuer son contrôle, avec une législation de plus en plus coercitive sur les contenus, avec tous les motifs qu’il a l’habitude de mobiliser. Déjà, avec notre recul, nous remarquons que le Google et le YouTube français ont été épurés de tous les contenus théologiques et islamiques posant problème, une véritable censure numérique ou des contenus musulmans de haute qualité ont été bannis et enfouis dans les limbes inaccessibles ou oubliés du net. En réalité l’internaute musulman français doit absolument avoir la capacité d’abandonner et de délaisser le français sur internet, pour passer à l’anglais et l’arabe, beaucoup plus riches, en quantité et en qualité. Donc il est difficile de faire un bilan complet, qui sera de toute façon en demi-teinte, ni même de prédire les évolutions futures.

Quoi qu'il en soit, il est sûr que la prédication sur internet va suivre tendanciellement ce que j’appelle la dégradation numérique (mais si et seulement si elle n’est que numérique). Nous sommes passés d’un Internet pensé comme une immense bibliothèque numérique (Google, YouTube, forums) prolongeant le livre, à un Internet de réseaux sociaux (Facebook) privilégiant l’interaction au détriment de la profondeur du contenu. Puis, Twitter/X a encore réduit la place de l’écrit au profit de la réactivité, des images et des commentaires. Aujourd'hui avec TikTok, nous atteignons une étape où l’écrit a quasiment disparu et où la durée d'attention accordée aux images et aux vidéos s’est réduite au minimum. Cette transition d'un Internet d'apprentissage et de lecture (long, structuré, réflexif) vers un Internet de divertissement et de stimulation visuelle rapide (court, immédiat, éphémère) est exactement celle de la prédication musulmane sur le net et de sa qualité : ainsi on en vient même à regretter l’imam youtubeur, quand on découvre aujourd’hui son équivalent tiktokeur…

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Avec ce constat plutôt alarmant sur l’essor intellectuel et citoyen de la communauté musulmane, voyez-vous encore une alternative viable pour l’avenir des musulmans de France ?

Avec effectivement tout ce que je viens d’énoncer, il est évident que l’avenir apparaît extrêmement préoccupant. Les tendances, les évolutions, les signaux montrent que rien ne semble changer dans ce que nous connaissons depuis, au moins, ces dix dernières années. Pourtant en terme d’Islamophobie institutionnelle, il faut avouer que l’on s’approche de plus en plus d’un plafond de verre. Nous atteindrons bientôt le maximum de ce qui peut être mis en place dans un cadre qui se veut encore républicain et démocratique. Au-delà, c’est un scénario de science-fiction. Interdire le voile à l’université, dans l’espace public, même à des jeunes mineures, interdire les livres de théologie islamique, les hadiths, le Coran, croyance ou pratiques du culte, etc…demanderait d’abolir directement certains principes constitutionnels. Je ne parle même pas du halal, de la circoncision ou de l’enseignement privé musulman, tout ce qui reviendrait à remettre directement en cause les droits et libertés aux autres communautés, juives et chrétiennes. Dans les circonstances actuelles, dans le contexte français, européen et mondial, je doute qu’un gouvernement puisse franchir ces lignes rouges, sans en subir de très graves conséquences internes et externes.

Il y a encore et toujours la possibilité d’étouffer la communauté musulmane par des mesures moindres, mais on sent que cette politique va bientôt arriver à sa limite. La chose étonnante est que les responsables et cerveaux de ce programme antimusulman ne voient pas qu’elles sont absolument contre-productives pour le bien, à long terme, de la France. Certes à court terme, ils ont fiché, dissous, expulsé et interdit et limité, et tout cela leur donne l’illusion que tout est sous contrôle ou sur la bonne voie. Mais au final, ils n’ont pas fait diminuer cette évolution de la communauté musulmane française vers la pratique, la religiosité et la foi en Islam. On peut toujours voir le verre à moitié plein ou à moitié vide dans les différentes enquêtes et sondages, mais quand on étudie la structure de la communauté musulmane française en la comparant avec ses homologues dans les autres sociétés occidentales, on remarque qu’elle est relativement plus pratiquante, avec un attachement tendanciellement croissant à l’Islam et qui s’exprime de différentes manières. J’avais déjà expliqué ce paradoxe : plus l’environnement est difficile et moins inclusif, plus l’islam est une alternative et un réservoir de ressources spirituelles et morales en tous genres pour ses adeptes et plus la défiance envers le système répressif est forte. C’est l’envers du décor de la politique islamophobe française.

Nous savons qu’il y a un important phénomène d’émigration des français musulmans à l’étranger, la hijra qui n’était un idéal partagé il y a 20 ans que par une frange minime des pratiquants musulmans (ceux influencés ou proches dudit « salafisme ») est aujourd’hui perçue comme une alternative réelle pour un nombre toujours plus important de musulmans. Cela dans l’exact esprit de ce que disait l’imam al Qurtubi « le quatrième type [hijra] la fuite face aux persécutions et aux atteintes physiques. Si on craint pour sa personne ou sa sécurité… ». Les études universitaires (‘’La France tu l’aimes ou tu la quittes’’ d’Olivier Esteves) et les rares enquêtes journalistiques montrent malgré tout que les autorités françaises sont extrêmement mal à l’aise avec cela. Et nous savons pertinemment que l’absence de statistiques précises, pour évaluer le nombre de départs (200 000 ?) et la variable islamophobie dans ses causes, est une manière simple d’invisibiliser un phénomène particulièrement significatif de la situation, et peu flatteur pour l’image de la France. Car là aussi paradoxe républicain français : on cherche par tous les moyens à contraindre islam et musulmans dans ce pays, mais on refuse l’idée qu’ils ne puissent pas y vivre pour cause d’islamophobie. Il est évident que tous ceux qui ont l’opportunité professionnelle, le capital économique et intellectuel de partir, seront de plus en plus tentés d’émigrer.

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Les élections de 2027 seront un moment historique voire fatidique, la victoire du RN semble mathématique, cela même si le candidat LFI se maintient au Second tour, une partie significative de la gauche libérale et la gauche Charlie, dans le meilleur des cas s’abstiendra, dans le pire pourrait même préférer le RN. Et quoiqu’il en soit l’électorat de droite au sens large représente 60% des électeurs. Il faut dès maintenant penser et envisager l’arrivée au pouvoir du RN. Il y a un abcès putride et purulent en France qui n’a cessé de grossir et prendre de l’ampleur au cours du temps, en faisant du FN/RN une alternative ardemment voulue par une partie des Français. L’aspect positif de la victoire du RN est de voir crever cet abcès. Nous savons que les orientations néo-libérales du RN risquent de faire déchanter la classe populaire qui croit en lui, le risque étant que celui-ci se dérobe avec une seule politique sécuritaire et islamophobe pour masquer la poursuite d’un macronisme d’extrême-droite. Mais tout cela avec des limites, car il faut bien avoir en tête qu’il est plus facile pour Macron et ses différents gouvernements de mettre en place un programme politique répressif antimusulman qu’une Marine Lepen dont les moindres actions seront scrutées à la loupe par le monde entier. Je ne minimise en rien sa probable arrivée au pouvoir, il est sûr par exemple, dès les premiers temps de sa victoire, de voir des actions islamophobes de la part de ses affiliés. La macronie, Cnews et BFM leur ayant déjà permis de libérer leur parole, de se sentir pousser des ailes, les actes antimusulmans risqueront de bondir.

La grande question est qu’en France, si on cumule tous les groupes, il y a entre 8,5 à 10 millions de personnes qui se rattachent à une filiation familiale de culture musulmane, au moins 3 millions d’entre eux sont français et se déclarent musulmans.

Il ne s’agit donc pas d’un petit groupe dont l’exil/hijra réglera le problème, ni d’une communauté qui pourra être effacée et invisibilisée à moyen et à long terme. L’inculture et l’ignorance, la division et le sectarisme, l’absence de conscience collective, la dépolitisation au sens islamique du terme, sans parler des autres facteurs, sont les défis internes que les musulmans doivent d’abord relever, « Allah ne livre pas les croyants à leurs ennemis tant que les croyants ne se sont pas fait du tort à eux mêmes » (Ibn Taymiyya). De plus, il est inutile de s’exiler si on n’a pas les moyens de lutter ailleurs ce contre quoi on a fui ici, sauf à simplement repousser et retarder l’échéance finale. Toutes les difficultés de la situation actuelle de la communauté musulmane sont celles qu’elle s’est elle-même créées en refusant de faire les bons diagnostics et d’adopter les bons positionnements pour l’intérêt des musulmans, de l’Islam, et d’une certaine manière même pour la société française dans son entièreté car « l’objectif général de l’islam est de préserver l’ordre du monde, de le réguler et de perpétuer le bien-être de ceux qui s’y trouvent, en ce qui concerne leur raison, leurs actes et tout ce qui est mis à leur disposition dans la vie terrestre » (Ibn ‘Achur).

Propos recueillis par Ibrahim Madras pour Mizane info.

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