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Au coeur des confréries, le pouvoir sénégalais trouve son ciment

Au coeur des confréries, le pouvoir sénégalais trouve son ciment

2026-08-06

Écrit par Rédaction

Depuis la rupture du tandem qu’ils formaient à la tête de l’Etat sénégalais, les sujets de consensus sont rares entre le président, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien premier ministre et camarade de lutte, Ousmane Sonko. La déférence à l’égard de Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), fondateur de la confrérie islamique soufie mouridiya, en est un. Le 30 juillet, quelques jours avant le Grand Magal (« hommage », en wolof), la célébration annuelle qui commémore l’exil au Gabon du chef religieux en 1895 imposés par les colons français, Ousmane Sonko a rendu une visite de courtoisie à son successeur, le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, à Touba.

Depuis la fin de l'alliance qui les avait portés au sommet de l'État, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se retrouvent rarement sur un terrain d'entente. L'un des rares sujets qui continue de les rapprocher demeure la place singulière accordée à Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), fondateur de la confrérie soufie mouride.

Le 30 juillet, à l'approche du Grand Magal (« hommage », en wolof), la célébration annuelle qui rappelle l'exil au Gabon du chef religieux en 1895 sur décision de l'administration coloniale française, Ousmane Sonko s'est rendu à Touba afin de saluer Serigne Mountakha Mbacké, l'actuel khalife général des mourides.

Quelques jours auparavant, le 26 juillet, Bassirou Diomaye Faye avait lui aussi effectué le déplacement vers la cité religieuse, située à environ 180 kilomètres à l'est de Dakar. Le président sénégalais était venu y solliciter les bénédictions et les prières de cette autorité spirituelle, considérée comme l'une des plus influentes du pays.

Dans ce pays laïc, où la pratique de l'islam s'organise principalement autour de quatre grandes confréries soufies – la qadiriya, la tidjaniya, la mouridiya et la layeniya –, les chefs religieux continuent d'incarner un puissant facteur d'unité nationale, même dans les périodes de fortes turbulences politiques. À l'heure où les discours souverainistes gagnent en importance, les responsables politiques revendiquent plus volontiers cet héritage.

L'histoire religieuse élevée au rang de modèle politique

Lors de son entretien avec le guide de la confrérie mouride, Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale, a établi une comparaison entre son projet économique et les principes défendus par Cheikh Ahmadou Bamba. « Si on met en pratique le modèle de développement enseigné par Cheikh Ahmadou Bamba, nous verrons des résultats », a-t-il déclaré, faisant allusion au refus du marabout de laisser les autorités françaises financer les lieux de culte afin de préserver l'autonomie des communautés religieuses.

« De plus en plus de gens redécouvrent les grandes figures de l'islam sénégalais à travers un prisme anticolonial et politique », souligne Cheikh Gueye, auteur d'une thèse consacrée à la mouridiya et lui-même talibé (« disciple ») mouride. « Le phénomène n'est pas nouveau, rappelle le chercheur. Aux premières heures de l'indépendance, les mouvements politiques ont mobilisé les figures islamiques pour affirmer une identité sénégalaise. Même le président Léopold Sédar Senghor, pourtant socialiste et catholique, a vanté les mérites d'un islam de résistance. »

Cheikh Ahmadou Bamba, tout comme El Hadj Oumar Tall, figure majeure de la tidjaniya et chef religieux du XIXe siècle, est aujourd'hui invoqué bien au-delà des appartenances partisanes. « Nous mettons ces figures en avant comme des sources d'inspiration politique sans les sacraliser », explique Souleymane Gueye, militant du Front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine (Frapp), un mouvement citoyen représenté à l'Assemblée nationale.

L'activiste cite également Thierno Souleymane Baal, érudit musulman et chef de guerre du XVIIIe siècle, à l'origine d'un régime théocratique au Fouta Toro, dans le nord du Sénégal actuel. Son parcours est fréquemment présenté comme le symbole d'une tradition politique locale capable de rivaliser avec les modèles étrangers. En 2024, le réalisateur sénégalais Moe Sow lui a consacré un docu-fiction intitulé 1776, Thierno Souleymane Baal et la révolution du Fouta.

Entre mémoire nationale et zones d'ombre du passé

La valorisation de ces grandes figures religieuses soulève néanmoins une question délicate : comment intégrer les épisodes les plus controversés de cette histoire ? Pendant la période coloniale, certains dignitaires religieux ont en effet entretenu des relations de coopération avec l'administration française, notamment en facilitant le recrutement de tirailleurs.

« Oui, des marabouts ont adopté une attitude de conciliation à l'égard des colons à différents moments, pour diverses raisons. La jeunesse connaît toujours mieux son histoire. Elle sait que les figures historiques sont empreintes de paradoxes, que les contextes changent », pense Mamadou Diouf, un partisan d'Ousmane Sonko et fidèle mouride. « Les jeunes peuvent à la fois chercher dans l'histoire islamique un ferment nationaliste et cultiver un regard critique sur le passé et une indépendance d'esprit que n'avaient pas leurs parents à l'égard des chefs religieux », souligne-t-il.

« De grands moudjahids qui ont propagé l'islam et tenu tête aux colons peuvent être des héros à l'échelle nationale, mais être remémorés dans une région précise comme des conquérants violents, arrivés sabre en main. Nous rendrons compte de ces complexités », explique Mamadou Fall, historien qui dirige la rédaction de L'Histoire générale du Sénégal, projet lancé en 2014 par l'État afin de « décoloniser » le récit national. Ce vaste chantier, appelé à nourrir les futurs manuels scolaires, devrait réserver une place importante à ces figures religieuses qui occupent désormais une position centrale dans la mémoire collective sénégalaise.


Ecrit avec l'IA.

#Mourides#Sénégal#Sénégalais#Ahmadou Bamba

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