
2026-08-07
Écrit par Redaction
L'arrivée massive de migrants marocains dans l'enclave espagnole a créé un déséquilibre à Ceuta. Entre peur, élans de solidarité et sentiment d'appartenance partagé, la ville s'interroge sur son identité singulière. L'afflux de dizaines de milliers de migrants marocains à Ceuta, entre le 30 et le 31 juillet, a profondément ébranlé cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine. En l'espace de quelques heures, la petite ville de 83 000 habitants a vu converger vers son territoire des milliers de personnes venues du Maroc voisin, faisant ressurgir des interrogations anciennes sur la coexistence entre les différentes communautés qui composent sa population. L'épisode a laissé une empreinte durable dans les esprits. Si la plupart des exilés ont rapidement repris le chemin du Maroc, les habitants évoquent encore les scènes de confusion qui ont paralysé la ville. Les commerces ont fermé, les habitants se sont barricadés chez eux et les autorités ont peiné à reprendre le contrôle de la situation. « Nous avons eu le sentiment d'être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti populaire (PP) à Ceuta, dans un reportage du journal le Monde. Nous nous sommes même demandé si ce n'était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. » Quelques jours plus tard, le calme est revenu, mais des milliers de migrants demeurent toujours sur place. Des mineurs isolés continuent de vivre dans des conditions précaires, tandis que les associations locales peinent à faire face à l'ampleur de la crise. À Ceuta, la frontière ne se résume pas à la ligne qui sépare l'Espagne du Maroc. Elle traverse également les quartiers, les mémoires et les appartenances. Près de la moitié des habitants sont musulmans et l'usage quotidien de l'arabe et de l'espagnol témoigne d'une histoire commune forgée au fil des générations. « On nous appelle, nous les Espagnols d'origine marocaine, les "musulmans". Ceuta est une ville très particulière », explique Abdeselam Mohamed, président de l'association Alas Protectoras. Dans les rues de la ville, le castillan se mêle au darija, l'arabe dialectal marocain, tandis que les traditions chrétiennes et musulmanes coexistent depuis des siècles. « C'est parfaitement naturel chez nous », souligne Julia Ferreras Guerra, députée de l'Assemblée de Ceuta. Cette singularité n'efface toutefois pas les inégalités qui traversent l'enclave. Les quartiers périphériques, majoritairement musulmans, affichent des niveaux de revenus nettement inférieurs à ceux du centre-ville, essentiellement chrétien. « Il existe une profonde inégalité entre le centre et la périphérie », observe le politologue Julio Basurco Diaz. L'arrivée des migrants a ravivé les tensions, mais elle a également donné lieu à de nombreux gestes d'entraide. Dans le quartier populaire de Principe, où les liens avec le Maroc voisin restent très forts, de nombreux habitants se sont mobilisés pour distribuer des vêtements, de la nourriture et des couvertures. Ahmed Atché, un ouvrier d'une quarantaine d'années, a accueilli treize migrants sous son toit. « Il fallait bien les aider. Voir cette détresse, ces morts, ça me fait mal au cœur », raconte-t-il. La crise a également ravivé les craintes de voir l'extrême droite exploiter les divisions entre les communautés. Pourtant, une partie des habitants refuse cette logique d'affrontement. « Cette coexistence est notre singularité. Et personne ne veut la perdre, elle fait partie de notre identité, et nous en sommes fiers », affirme Guillermo Martinez Arcas. Pour Mohamed Mustafa, député de gauche à l'Assemblée locale, la crise a surtout mis en évidence la fragilité du statut des musulmans de Ceuta. « On présente souvent Ceuta comme la ville des quatre cultures, mais cette image masque une réalité beaucoup plus dure : les musulmans de Ceuta sont constamment sommés de prouver qu'ils sont de vrais Espagnols. » Au-delà de la crise migratoire, c'est donc l'avenir même de cette ville aux identités multiples qui se trouve aujourd'hui en question. Ecrit avec l'IA.Une ville façonnée par la coexistence
Entre défiance et solidarité