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Mahdi Amri : Et si la flambée des prix nous apprenait à vivre autrement ?

Mahdi Amri : Et si la flambée des prix nous apprenait à vivre autrement ?

2026-07-27

Écrit par Mahdi Amri

La flambée des prix est un révélateur des anomalies de notre mode de vie. Dans sa dernière chronique à lire sur Mizane.info, Mahdi Amri nous dit pourquoi.

Il est peut-être temps de regarder autrement ce que révèle la flambée des prix. Au-delà des chiffres, des marchés tendus et de l’inquiétude des familles contraintes de réduire leurs dépenses, une question plus profonde apparaît : quand avons-nous commencé à croire que vivre dignement signifiait nécessairement consommer davantage ? Cette hausse peut être considérée comme une crise passagère, une anomalie économique de plus dans une époque qui semble en collectionner beaucoup. Elle peut également être comprise comme un signal, une invitation à repenser certaines habitudes devenues si ordinaires que nous ne les interrogeons même plus. Deux repas équilibrés par jour peuvent parfaitement convenir à de nombreux adultes, à condition, bien entendu, de respecter les besoins de chacun et de ne pas transformer la sobriété en compétition sportive. Le jeûne du lundi et du jeudi, pratiqué dans l’esprit de la tradition prophétique, peut aussi retrouver sa dimension première : un exercice de maîtrise, de gratitude et de recul.

Nos anciens connaissaient cette mesure. Leur alimentation reposait souvent sur les fèves, l’orge, le blé complet, les céréales, les légumes et les fruits de saison. Leur équilibre ne venait pas d’un produit miracle vendu dans un emballage brillant, mais d’une cohérence générale : nourriture peu transformée, mouvement régulier, travail manuel, sommeil mieux accordé aux rythmes naturels. Ils possédaient moins. Ils gaspillaient moins. Ils comparaient moins. Ils n’avaient pas non plus besoin de photographier leur soupe pour prouver qu’ils avaient dîné. Descartes nous a appris à douter des évidences ; ce doute pourrait utilement s’appliquer à nos habitudes quotidiennes. Avons-nous réellement besoin de tout ce que nous achetons, de tout ce que nous mangeons, de tout ce que nous montrons ? Ou obéissons-nous, sans toujours nous en rendre compte, à un programme social qui associe le bonheur à ce qui est visible, coûteux, publiable et immédiatement comparable ?

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Avant les années 1980, beaucoup de familles marocaines vivaient avec des produits saisonniers, peu de déplacements motorisés et des écarts matériels moins spectaculaires qu’aujourd’hui. Il serait naïf d’idéaliser cette époque, qui avait elle aussi ses manques, ses difficultés et ses injustices. L’intérêt du souvenir réside ailleurs : il permet de mesurer ce que nous avons parfois perdu en gagnant du confort. La proximité, la patience, la capacité de réparer, l’habitude de marcher, le goût des choses simples et une moindre gêne à ne pas posséder comme le voisin faisaient davantage partie du quotidien. La culture contemporaine du luxe ordinaire a progressivement déplacé la norme. Les vacances sont parfois devenues une obligation sociale, le restaurant une preuve d’existence, la voiture une extension de l’identité et l’abondance un signe supposé de réussite.

Pourtant, que se passe-t-il réellement lorsque l’on décide de ne pas partir en vacances ? Rien de tragique. Aucun tribunal ne vient sanctionner celui qui reste chez lui au mois d’août. Il est possible de demeurer loin des routes saturées, du bruit, de la chaleur et des dépenses, de fermer les rideaux à midi, de lire, de marcher tôt le matin et d’entendre son corps ralentir. On ne perd pas nécessairement quelque chose ; on récupère parfois du temps, du calme et une présence à soi devenue rare.

« Paulo Coelho a souvent construit ses récits autour de l’idée que le véritable voyage commence lorsque l’on cesse de fuir sa propre vie. Deepak Chopra insiste sur l’attention intérieure et sur la cohérence entre le corps, l’esprit et le rythme quotidien. Gandhi a fait de la simplicité une discipline morale et une forme de résistance aux désirs fabriqués. Jésus, dans son enseignement sur le détachement, rappelle que l’accumulation ne protège ni de l’angoisse ni de la fragilité humaine. »

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Ces perspectives, pourtant issues d’horizons différents, convergent vers une même intuition : l’être humain s’alourdit lorsqu’il confond ses besoins avec ses envies, et il s’allège lorsqu’il retrouve le sens de la mesure. Il ne s’agit donc pas de prêcher le renoncement, ni de transformer la frugalité en nouvelle mode culpabilisante. Il s’agit simplement d’ouvrir un espace de réflexion. Manger moins de viande, cuisiner davantage de lentilles, de pois chiches, de fèves ou d’orge, acheter des fruits et des légumes de saison, réduire les aliments ultra-transformés, marcher plus souvent, jeûner avec discernement lorsque la santé le permet, passer des vacances plus sobres ou renoncer à certaines dépenses de représentation peuvent devenir des choix cohérents plutôt que des signes d’échec. Notre société reste largement façonnée par le formalisme, la recherche de conformité et la peur d’être différent. Nous reproduisons les mêmes gestes, les mêmes achats, les mêmes photos et, parfois, les mêmes dettes, comme si l’existence devait suivre un modèle préétabli. Or, la sagesse ne consiste pas à devenir toujours plus performant, plus visible ou plus occupé. Elle consiste parfois à retirer, ralentir et désencombrer. Une vie n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être pleinement vécue ; elle doit d’abord être habitable.

La flambée des prix devient alors le symbole d’une époque où la consommation, la comparaison et l’apparence orientent trop souvent les décisions individuelles. Son message n’est peut-être pas uniquement économique. Elle rappelle qu’il reste possible de préserver sa dignité sans imiter, de nourrir son corps sans excès, de vivre sans céder à toutes les injonctions sociales et de retrouver, au milieu du tumulte contemporain, une part de cette sobriété ancienne qui associait mesure, mouvement, patience et gratitude. Le retour aux habitudes de nos ancêtres ne signifie pas tourner le dos au progrès. Il peut simplement consister à reprendre, dans le passé, ce qui permet de mieux vivre le présent.

Mahdi Amri

#société#société de consommation#argent#inflation#ascèse#anciens

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