
2025-01-28
Écrit par Redaction
Dans un entretien avec Mediapart, Kamal Kabtane, 81 ans, fait part de ses inquiétudes et de son désarroi face à une politique d’exclusion des citoyens français de confession musulmane. « Qu’est-ce que je peux faire de plus ? » se demande le recteur de la Grande Mosquée de Lyon. « On est en train de nous exclure de la société » Il y a quelques semaines, le président du Conseil des mosquées du Rhône s'était engagé pour défendre le groupe scolaire privé Al-Kindi, après la rupture de son contrat d'association avec l'État. Son intervention, pourtant importante, n’a pas reçu l’écho attendu. « Quand j’ai plaidé pour le lycée Al-Kindi, je pensais qu’on allait prendre un minimum en compte ce que j’avais à dire. Un minimum de respect, de considération. J’ai l’impression de servir simplement de faire-valoir. » Kamel Kabtane estime que la parole des représentant du culte musulmans « n’est plus audible, ni entendue ». « On est en train de nous exclure de la société, de faire de nous des parias. Il y a une véritable ségrégation qui se met en place », ajoute le recteur. La politique du soupçon Depuis plusieurs années, en France, les musulmans constatent l'essor d'une véritable « politique du soupçon ». Les fermetures de mosquées et d'établissements scolaires (Averroès en 2023 ou Al-Kindi en 2025) sont banalisées tandis que les actes islamophobes continuent de se multiplier. Kamel Kabtane analyse les éléments de bascule : « Il y a eu des moments très difficiles [attentats], pendant lesquels nous avons subi et souffert. Est-ce que c’est une raison de mettre la communauté musulmane, dans sa globalité, au ban de la société ? Personne ne s’est dit qu’il fallait travailler pour faire société ensemble ? Vous avez entendu le ministre de l’intérieur : ses premières déclarations, c’est « rétablir l’ordre » et s’attaquer aux femmes voilées. » « Tout le monde a peur » Pour le président du Conseil des mosquées du Rhône, aujourd'hui « les voix musulmanes sont peu entendues car, aujourd’hui, tout le monde a peur ». « Même nos responsables ont peur ! La moindre parole, le moindre écrit, peuvent être utilisés contre eux ou leurs institutions. On ferme des mosquées, on ferme des collèges, des lycées… Les gens se disent : « Il vaut mieux qu’on se taise et qu’on laisse le mauvais temps passer. » Il pose notamment son regard sur les conséquences de la déliquescence politique actuelle vis à vis de l'Islam et des musulmans français : « Je vois les choses se diluer. Que vous ayez un discours d’ouverture ou de fraternité, ça ne compte pas. Vous êtes musulman. Et le fait d’être musulman aujourd’hui, ça a une connotation. » Il faut un cessez le feu Un changement est-il encore possible ? Kamel Kabtane y croit à condition « qu’on nous fasse confiance ». Pour le moment, il estime que les personnalités musulmanes sont « surveillés comme le lait sur le feu » et plaide pour « un cessez-le-feu » face à une France divisée, dans « un grand mal-être ». Des mots forts du recteur de la Grande Mosquée de Lyon, engagé maintenant depuis une cinquantaine d'année.Dans un long entretien accordé à Mediapart, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, livre son désarroi face à la stigmatisation croissante de la communauté musulmane en France. « On est en train de nous exclure de la société, de faire de nous des parias », déplore le président du Conseil des mosquées du Rhône. Extraits.

