logo

Interdiction des réseaux sociaux : le bilan mitigé de l'expérience australienne

Interdiction des réseaux sociaux : le bilan mitigé de l'expérience australienne

2026-07-24

Écrit par Ibrahim Madras

Alors que l’Assemblée nationale soutient l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, l’expérience australienne montre les limites de cette mesure. Deux ans après son adoption, une étude révèle que 85 % des adolescents concernés continuent d’utiliser les plateformes malgré l’interdiction.

En France, le Parlement a définitivement adopté, le mardi 21 juillet, la proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette mesure doit entrer en vigueur à partir du 1er septembre 2026. Pour en évaluer les effets potentiels, l’exemple de l’Australie apparaît particulièrement éclairant. Le pays a interdit l’accès à ces plateformes aux moins de 16 ans à la fin de l’année 2025. Pourtant, quelques mois après l’entrée en application de cette interdiction, une large majorité d’adolescents continuent d’utiliser les réseaux sociaux concernés.

Une interdiction difficile à appliquer en Australie

Interdire les réseaux sociaux aux adolescents est une chose. Parvenir réellement à les empêcher de s’y connecter en est une autre. Six mois après l’entrée en vigueur de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Australie, un premier bilan, confirmé par une étude publiée dans le British Medical Journal, apparaît clair : la mesure ne semble pas produire les effets attendus.

En Australie, des plateformes comme TikTok, Instagram, Snapchat, Facebook, X ou YouTube sont désormais tenues de prendre des dispositions pour empêcher les moins de 16 ans de créer ou de conserver un compte. Pour vérifier l’âge des utilisateurs, plusieurs dispositifs peuvent être utilisés : transmission d’un document d’identité, reconnaissance faciale à partir d’une photo ou analyse de différentes informations liées au compte. Mais ces systèmes présentent encore des limites importantes.

Les chercheurs à l’origine de l'étude ont suivi 408 adolescents âgés de 12 à 16 ans. Ils les ont interrogés une première fois avant l’entrée en vigueur de la loi, en décembre 2025, puis trois mois plus tard. Leurs observations montrent que plus de 85 % des adolescents de moins de 16 ans continuaient d’utiliser des plateformes concernées par l’interdiction.

Des stratégies pour contourner les restrictions

Les techniques de contournement sont nombreuses. Certains adolescents ont recours à un VPN, un outil permettant de modifier virtuellement leur localisation et de donner l’impression qu’ils se connectent depuis un autre pays. D’autres avaient renseigné une fausse date de naissance avant l’application de la loi.

Certains utilisent également des comptes appartenant à leurs parents, à un frère ou à une sœur plus âgée. D’autres auraient même tenté de tromper les systèmes de vérification d’âge grâce à des portraits de personnes majeures générés par intelligence artificielle.

L’expérience australienne met aussi en évidence un autre danger : déplacer les usages plutôt que les faire disparaître. Privés des grandes plateformes, certains jeunes pourraient se tourner vers des réseaux sociaux moins connus, moins surveillés et potentiellement plus risqués. Ces observations rejoignent celles d’une étude récente de l’eSafety Commissioner, selon laquelle environ sept enfants sur dix auraient conservé leurs comptes après l’entrée en vigueur de la loi.

Des effets possibles à long terme

Pour de nombreux spécialistes, il paraît donc peu réaliste d’imaginer qu’une interdiction puisse empêcher immédiatement tous les moins de 16 ans d’accéder aux réseaux sociaux. Selon eux, cette mesure sert davantage à renforcer la pression exercée par l’État sur les entreprises technologiques afin qu’elles respectent davantage ses exigences et limitent leur influence auprès des jeunes.

Pour autant, les chercheurs estiment qu’il ne faut pas considérer cette interdiction comme un échec total. Les bénéfices pourraient surtout concerner les enfants plus jeunes, notamment ceux de moins de huit ans qui n’ont pas encore adopté ces usages, plutôt que les adolescents dont les habitudes sont déjà profondément installées.

Selon leurs estimations, il faudra probablement attendre plusieurs années, voire une décennie, avant de mesurer pleinement les conséquences de cette politique sur les comportements des jeunes générations.

#australie#réseaux sociaux#interdiction#Adolescents#étude

Laisser un commentaire

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Actualités Connexes

1 / -2

Abonnez-vous pour rester informé des dernières nouvelles et événements

Email