
2026-08-28
Écrit par Rédaction
À première vue, le Hanover Institute for Public Policy (Havas) ressemble à un centre de recherche américain tout à fait banal. Il publie des rapports remplis de tableaux, de statistiques et de notes de bas de page, et dispose d’une charte graphique soigneusement élaborée. En réalité, derrière le site du Havas se cache l’entreprise américaine Piro, chargée d’orienter les réponses des modèles d’IA comme ChatGPT, pour le compte d’Israël. Un Institut fictif aux apparences académiques Le Hanover Institute for Public Policy, nom sous lequel le site fonctionne, présente ses contenus comme des recherches neutres sur des sujets tels que les prisonniers palestiniens, les crimes de guerre israéliens ou encore l’utilisation par Israël de la famine contre les Palestiniens à Gaza. Pourtant, le site ne semble disposer d’aucune entité juridique, adresse physique, équipe identifiée ou signature d’auteur. Ses conditions d’utilisation font uniquement référence à « l’État dans lequel l’Institut est établi », sans préciser lequel. La société new-yorkaise Piro Inc a enregistré ces contenus auprès du ministère américain de la Justice dans le cadre du Foreign Agents Registration Act (FARA), en les déclarant comme des contenus diffusés pour le compte du gouvernement israélien, rapporte le Guardian. Le site s’inscrit en réalité dans le cadre d’une campagne plus vaste, financée par plusieurs dizaines de millions de dollars israéliens et acheminés par l’intermédiaire de sociétés tierces, dont Havas Media. Un contrat conclu par Havas avec une autre société américaine impliquée dans la campagne prévoit le « déploiement de sites internet et de contenus afin d’obtenir des résultats de cadrage GPT dans les conversations GPT ». 124 rapports publiés en neuf jours Entre le 6 et le 14 août, le Hanover Institute a publié 124 rapports totalisant plus de 560 000 mots, selon une analyse du Guardian. À eux seuls, les 12 et 13 août, le site a publié 73 rapports, pour près de 354 000 mots. Presque tous les titres sont formulés sous forme de questions susceptibles d’être saisies dans un chatbot d’IA, notamment « L’antisionisme est-il de l’antisémitisme ? » et « Israël commet-il un génocide à Gaza ? ». Les rapports adoptent une présentation pseudo-académique et citent des sources telles que la Banque mondiale, des agences de l’ONU, le Bureau central palestinien des statistiques et Amnesty International. Ils présentent systématiquement les critiques visant Israël avec des réserves. Selon l’analyse du Guardian, 20 des 124 rapports indiquent par exemple qu’aucun tribunal n’a rendu de verdict établissant qu’Israël commet un génocide ou pratique l’apartheid. Une autre formulation, selon laquelle les chiffres concernant les victimes et l’aide proviennent d’« une partie aux événements », apparaît dans 55 rapports et est appliquée aussi bien aux chiffres israéliens qu’aux chiffres palestiniens. Des millions de dollars pour influencer l’opinion Selon le Guardian, Piro dispose d’un contrat d’un million de dollars lié à la campagne, selon des documents déposés au titre du FARA. Havas Media Germany a également été identifiée comme intermédiaire pour plusieurs entreprises américaines travaillant pour le compte israélien, notamment Clock Tower X, Targeted Communications Global, Bridges Partners et Davis Media NY, selon l’analyse du Guardian. Des documents du ministère américain de la Justice montrent que Havas a versé 15 millions de dollars à Clock Tower X entre octobre 2025 et mars 2026, ainsi que près de 9,9 millions de dollars à Targeted Communications Global entre octobre et décembre 2025. Des documents relatifs aux marchés publics israéliens montrent par ailleurs que des entités de Havas avaient déjà reçu des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars de la part de LaPam, l’agence gouvernementale israélienne chargée de la publicité, pour la planification et l’achat d’espaces médiatiques à l’international. Cette campagne intervient alors que des responsables israéliens ont exprimé des inquiétudes quant à l’efficacité des efforts visant à améliorer l’image d’Israël aux États-Unis. En avril, une enquête du Pew Research Center révélait que 60 % des Américains avaient une opinion défavorable d’Israël. Le ministère israélien des Affaires étrangères a démenti mener des opérations d’influence aux États-Unis et affirmé respecter la législation américaine. Daniel Rosenberg, cofondateur de Piro, a déclaré en réponse aux questions du Guardian que son entreprise avait été engagée pour faire figurer dans l’espace public des « faits exacts et sourcés » et lutter contre la « désinformation concernant Israël ». Texte rédigé avec l'aide de l'IASelon une enquête du Guardian, le gouvernement israélien a fabriqué un institut de recherche fictif le Hanover Institute for Public Policy (Havas) afin d’influencer les réponses des intelligences artificielles sur Israël. L’institut a ainsi publié 124 rapports, en seulement neuf jours, dans le but apparent de façonner les informations générées par les chatbots.