
2019-02-05
Écrit par Redaction
Yasser Louati.
Dans sa dernière chronique que publie Mizane.info, le militant des droits humains Yasser Louati revient sur les rapports entre religion et pouvoir et plaide pour une théologie de la libération qui soit au plus près des réalités des peuples. Yasser Louati est l'auteur d'un rapport sur l'islamophobie en 2017 et 2018.
"Ce qui est crucial pour ceux qu'on appelle "les musulmans" et qui luttent pour leurs droits aussi bien ici en France qu'à travers le monde, c'est d'adopter une approche critique du pouvoir, et non une légitimation islamique de ce dernier.
La micro explique la macro. Le despotisme ou la tyrannie dans les lieux de culte, les organisations qu'elles soient religieuses ou non jusqu'aux plus hautes autorités politiques ne sont pas surprenants après des siècles de sacralisation du pouvoir, d’interdiction de toute responsabilité à l’égard du peuple ou des fidèles.
Le pouvoir n'est pas sacré et doit toujours être considéré avec suspicion, au lieu de le laisser sans contrôle ni remise en question, simplement parce que la religion est utilisée comme vernis pour amadouer les foules.
Cela ne provient pas de la religion mais de l'instrumentalisation de la religion par la politique.
Il n’est donc pas étonnant que figures religieuses et institutions parrainées par l’État se rangent toujours aux côtés du pouvoir contre le peuple, des puissants contre les faibles, de l’oppression contre la justice, de la domination contre la libération et de la destruction des solidarités non contrôlées par les dominants.
Ma conviction est que les musulmans européens et américains doivent rompre avec les régimes des pays à majorité musulmane et développer de réels liens de solidarité avec les peuples qui vivent l'oppression de ces régimes au quotidien. Cela permettra de développer leur propre lecture critique du pouvoir, leur propre philosophie de l'émancipation et leur propre théologie de la libération.
Une démonstration de cela est faite dans le monde musulman avec des autorités religieuses qui publient leurs fatwas au nom de Dieu mais de la part des groupes dominants et au service de leurs intérêts.
