
2018-05-23
Écrit par Redaction
Nidhal Guessoum est professeur de physique et d’astronomie à l’Université américaine de Charjah, aux Émirats arabes unis. Il a coordonné le groupe de travail sur l’enseignement des sciences à l’université dans le monde musulman. Nidhal Guessoum présente dans cet article les observations faites par l’Initiative pour la science dans le monde musulman (MLWSI – Muslim World Science Initiative) et de son groupe de travail dont l'objectif est de proposer une réforme des universités du monde musulman, particulièrement à la traîne sur le plan international. En partenariat avec le site islam-science.net.
Le monde musulman apporta par le passé d’extraordinaires contributions à la science et à l’éducation. L’« âge d’or » de l’islam, au cours duquel le savoir et l’enseignement s’épanouirent dans tout le monde musulman, dura plusieurs siècles, et fut notamment marqué par la fondation des premières universités. Aujourd’hui pourtant, les pays à majorité musulmane sont en matière de recherche et d’éducation à la traîne du reste du monde. Si la région veut prendre sa place dans le développement mondial et fournir à une population en plein essor des emplois modernes et une vie meilleure, cela doit changer.
Une seule université du monde musulman, l’université technique du Moyen-Orient, en Turquie, apparaît aujourd’hui dans le classement international des cent meilleurs établissements d’enseignement supérieur et de recherche ; une douzaine seulement figurent parmi les quatre cents premières, selon diverses listes.
S’il n’existe pas d’évaluation internationale standard concernant les résultats à l’université en sciences et en mathématiques, les élèves du monde musulman se tiennent dans ces matières en dessous de la moyenne mondiale en fin d’école primaire, à la sortie du premier cycle du secondaire et à l’entrée du second, selon l’enquête internationale sur les tendances des études scientifiques et mathématiques (TIMSS – Trends in International Mathematics and Science Study) ou selon le classement du programme pour l’évaluation internationale des étudiants (PISA – Program for International Student Assesment). Et les écarts se creusent.
Quant à la recherche, telle qu’on peut en mesurer les résultats par le nombre de publications et la fréquence des citations dans la littérature internationale, ou encore par le nombre de brevets, elle est loin d’être au niveau si on la rapporte à la population et aux capacités financières. Les pays musulmans ne dépensent, en moyenne, que 0,5 % de leur PIB dans la recherche et le développement, alors que la moyenne mondiale est de 1,78 % du PIB et que celle des pays de l’OCDE est supérieure à 2 %. Le nombre de personnes travaillant dans le domaine scientifique est également beaucoup plus bas que la moyenne mondiale.
Voici dix-huit mois, s’est constitué un groupe de travail non gouvernemental et non partisan, composé d’experts internationaux, mis en place par l’Initiative pour la science dans le monde musulman (MLWSI – Muslim World Science Initiative) et par le partenariat malais public-privé pour les hautes technologies (MIGHT – Malaysian Industry-Government Group for High Technology), que j’ai eu l’honneur de coordonner, afin de comprendre les raisons du triste état de la science dans le monde musulman et de déterminer comment les universités pourraient améliorer la situation. Une meilleure compréhension des différents problèmes et des remèdes disponibles permettrait à la science de s’épanouir à nouveau en islam, ce qui aurait, pour les économies et les sociétés concernées, des avantages considérables.
Les universités sont, au carrefour de la recherche, de la pensée critique et du libre débat, le lieu où la prochaine génération doit non seulement être confrontée aux faits et aux théories établis, mais doit aussi apprendre à disséquer les idées, à identifier leurs défauts, afin de contribuer à enrichir et à étendre notre base de connaissances
Les professeurs devraient également être encouragés, plutôt qu’à publier toujours plus d’articles, à prendre en charge eux-mêmes la rédaction des manuels et à mener des missions de sensibilisation aux sciences. Cette recommandation peut surprendre, étant donné la faible productivité de la recherche dans le monde musulman. Mais en réalité, ce genre d’orientation aurait dans la pratique plus de conséquences pratiques positives que la course à la publication, qui débouche parfois sur le plagiat et sur la « junk science ».
-"Islam big bang et Darwin", Nidhal Guessoum