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Tout ce qu'il faut savoir sur la zakĂąt

Tout ce qu'il faut savoir sur la zakĂąt

2021-08-16

Écrit par Admin

Ecrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur des questions juridiques islamiques, Mostafa Brahami nous explique tout ce qu'il faut savoir sur la zakùt, troisiÚme pilier de l'islam, alors que la nouvelle année musulmane qui vient de débuter, est une période traditionnellement consacrée au versement de cette aumÎne purificatrice. Exclusif.

Les biens, sous toutes formes, sont des dons de Dieu. En tant que tels, il leur est assignĂ© des objectifs, Ă  savoir ĂȘtre au service des ĂȘtres humains, les plus dĂ©munis, ceux qui sont dans le besoin :« Ô les croyants, donnez de ce que Nous vous avons octroyĂ©... » [Coran 2/254]. La zakĂąt ainsi que les aumĂŽnes (sadaqa) participent de cet objectif : redistribuer les richesses. C’est un Ă©lĂ©ment vital de la foi d’abord par le fait que Dieu l’associe Ă  la foi : « Car il ne croyait pas en Dieu, le TrĂšs Grand, et n’incitait pas Ă  nourrir le pauvre. » [Coran 69/34] « Veux-tu connaĂźtre celui qui traite de mensonge le Jugement dernier ? C’est celui qui repousse brutalement l’orphelin et qui n’encourage point Ă  nourrir le pauvre. Malheur donc, Ă  ceux qui prient tout en nĂ©gligeant (retardant) leur priĂšre, qui sont pleins d’ostentation, et refusent toute aide Ă  leur prochain. » [Coran 107] Alors que la priĂšre salĂąt, le jeĂ»ne du mois du ramadan, le pĂšlerinage Ă  La Mecque sont des adorations du cƓur, du corps, la zakĂąt est une adoration par le fait de donner une partie dĂ©terminĂ©e de ses biens aux nĂ©cessiteux, aux pauvres. C’est ce qu’exprime le Coran plusieurs fois « le droit dĂ©terminĂ© des pauvres et les dĂ©shĂ©ritĂ©s Â» : « Avant cela, ils Ă©taient des bienfaiteurs, ils dormaient peu la nuit, et se rĂ©veillaient peu avant l'aube pour demander pardon Ă  Dieu, et sur leurs biens, il y a un droit dĂ©terminĂ© pour le mendiant et le dĂ©shĂ©ritĂ©. » [Coran 51/16-19] « ... Sauf les priants, qui sont assidus Ă  leurs priĂšres (salĂąt), et sur les biens desquels il y a un droit bien dĂ©terminĂ© (la zakĂąt) pour le mendiant et le dĂ©shĂ©ritĂ©... » [Coran 70/22-24, mecquoise]

La zakñt, pilier de l’islam

La zakĂąt[1] est le troisiĂšme pilier de l’islam aprĂšs l’attestation de tĂ©moignage (shahĂąda) et la priĂšre (salĂąt[2]). Elle est citĂ©e, de maniĂšre concomitante, avec la priĂšre plus de 23 fois dans le Coran, et un plus grand nombre de fois dans les enseignements prophĂ©tiques. C’est dire l’importance fondamentale qu’elle revĂȘt en islam. Elle va devenir une vĂ©ritable institution, dĂšs l’annĂ©e 2 hĂ©girienne : un impĂŽt de la part des riches en faveur des pauvres, une redistribution des richesses au profit des dĂ©munis. Le caractĂšre obligatoire va devenir explicite et tranchĂ© au vu des textes. D’abord, la forme impĂ©rative du Coran dans le verset suivant : « PrĂ©lĂšve de leurs biens une aumĂŽne (zakĂąt) par laquelle tu les purifies et les bĂ©nis... » [Coran9/103] « ... Annonce-leur que Dieu leur a prescrit de donner la zakĂąt, prĂ©levĂ©e auprĂšs des riches parmi eux, elle sera redistribuĂ©e aux pauvres d’entre eux... » [BukhĂąrĂź (1496), Ibn HibbĂąn (2298)] La zakĂąt est la quantitĂ© dĂ©terminĂ©e des biens de l’individu musulman, sous des conditions spĂ©cifiques, qu’il doit donner Ă  ses ayants-droits, annuellement (sauf les produits agricoles dont on donne la zakĂąt dĂšs leurs rĂ©coltes). Si on peut donner les aumĂŽnes (sadaqa) quand on veut, Ă  qui on veut, comme on veut, la zakĂąt, en tant que droit dĂ©terminĂ© des nĂ©cessiteux, est Ă  donner obligatoirement annuellement, avec des taux spĂ©cifiques, Ă  des catĂ©gories de personnes (nĂ©cessiteux) bien dĂ©terminĂ©s. Ainsi, le droit des autres sur nos biens ne reste plus indĂ©fini, vague, laissĂ© au bon vouloir de l’individus. A Ă©tĂ© alors instituĂ©e toute une administration pour lever cet impĂŽt et le redistribuer. L’aide et le partage ne sont plus vagues, confus, ils prennent des proportions institutionnelles, c’est la zakĂąt. Son caractĂšre obligatoire, au statut de pilier de l’islam, place la zakĂąt dans une position fondamentale : -Celui qui l’accomplit aura rempli son devoir envers Dieu et envers les musulmans. -Celui qui ne l’accomplit pas par paresse, par peur de perdre de ses biens, mais qui y croit quand mĂȘme, est fautif, et sera redevable de tous ses arriĂ©rĂ©s. Mais il reste toujours musulman. -Celui qui ne l’accomplit pas, parce qu’il ne la reconnaĂźt pas comme pilier de l’islam, ne reconnaĂźt pas son obligation, n’est plus considĂ©rĂ© musulman[3]. À l’exception de celui (ou celle) qui est ignorant des enseignements islamiques, il y a alors obligation Ă  les lui apprendre. Cette connaissance fait partie de ce que l’on appelle le seuil de connaissance que tout musulman doit connaitre (al-ma‘lĂ»m min d-dĂźn bi-ddarĂ»ra). La zakĂąt en bref... On peut rĂ©sumer les principes et Ă©lĂ©ments fondamentaux (fiqh) comme suit : A. Les sujets fiscaux sont les personnes physiques musulmanes, parce que la zakĂąt est un culte rendu Ă  Dieu. Toute personne musulmane, quel que soit son sexe, son Ăąge et sa capacitĂ© de discernement y est soumise. B. La zakĂąt impose les Ă©lĂ©ments suivants (nous parlons des individus pas des entreprises) : Le capital qui comprend : les Ă©conomies de l’individu sous les formes monĂ©taires, or et argent (mĂ©tal) (nuqĂ»d), les crĂ©ances sĂ»res, les papiers-valeurs (titres), les biens commerciaux (‘urĂ»d tijĂąra), les animaux de bĂ©tail (mawĂąshĂź). Certains revenus comme ceux de location, les produits agricoles, d’exploitation comme ceux du lait etc. (mustaghallĂąt). Image content Le revenu combinĂ© au capital, c’est-Ă -dire qui provient d’un capital comme un bĂ©nĂ©fice sur un placement, des dividendes sur des actions, des bĂȘtes nĂ©es au sein d’un troupeau, une revalorisation de certains actifs (marchandises, titres). C. Les biens, pour ĂȘtre assujettis Ă  la zakĂąt, doivent cependant rĂ©pondre Ă  quatre grands critĂšres: 1-CritĂšre d’appartenance et de disponibilitĂ© rĂ©elle : le bien devra appartenir Ă  la personne elle-mĂȘme et ĂȘtre disponible : Les dettes contractĂ©es Ă  court terme n’entrent pas en compte dans le calcul du montant soumis Ă  la zakĂąt. Elles sont Ă  diminuer du montant de la fortune. DisponibilitĂ© rĂ©elle, c’est-Ă -dire pouvant en jouir Ă  tout moment. Ainsi en sont exemptĂ©s les crĂ©ances incertaines ou perdues, les biens dont on ne pas jouir (exemple de biens volĂ©s, de biens sĂ©questrĂ©s etc.), les garanties de loyer, les avoirs de retraite etc. 2-CritĂšre de croissance potentielle namñ’ (Ű§Ù„Ù†Ù…Ű§ŰĄ): sont exemptĂ©s de zakĂąt les biens d’utilisation personnelle (nourriture, maison, vĂ©hicules, habits, meubles etc.), ainsi que les biens servant Ă  la production (machines, outils, vĂ©hicules de travail etc.). 3-CritĂšre de l’excĂ©dent nisĂąb: aprĂšs avoir dĂ©duit les charges inhĂ©rentes Ă  la responsabilitĂ© familiale (frais nĂ©cessaires pour la personne et ceux qui sont sous sa responsabilitĂ© financiĂšre) et commerciale (les charges inhĂ©rentes effectives Ă  l’activitĂ© commerciale) le montant des biens devrait dĂ©passer le seuil d’imposition (nisĂąb). Il s’agit donc de taxer les excĂ©dents. 4-CritĂšre de durĂ©e d’appropriation hawl, le montant des biens imposables devra, en gĂ©nĂ©ral, dĂ©passer une annĂ©e lunaire (hawl) sauf pour les produits agricoles (Ă  la rĂ©colte) ainsi que les revenus combinĂ©s au capital (Ă©chĂ©ance du capital premier). D. Les taux d’imposition sont de 3 sortes : 5% pour les biens Ă  formes monĂ©taires. 10% ou 5% pour les produits agricoles, le premier pour ceux obtenus grĂące Ă  l’eau de pluie, le second s’appliquant Ă  ceux obtenus par un coĂ»t d’irrigation. Pour le cheptel assujetti, la rĂšgle est spĂ©cifique selon le type de bĂ©tail en sa possession. E. L’affectation du produit de la zakĂąt est dĂ©finie par le verset coranique (9/103) citĂ© plus haut qui dĂ©finit huit (8) catĂ©gories dont les pauvres, les besogneux, les endettĂ©s, les esclaves, les gens affectĂ©s Ă  l’administration de la zakĂąt etc. Les non bĂ©nĂ©ficiaires sont aussi dĂ©signĂ©s par la pratique prophĂ©tique : le ProphĂšte (a) lui-mĂȘme, ses proches, les riches etc. Ces aspects techniques (fiqh, normatifs) va toujours avec trois autres dimensions : la spiritualitĂ©, l’éthique et les finalitĂ©s de la zakĂąt (et du don en gĂ©nĂ©ral). Isoler l’aspect normatif des autres dimensions revient Ă  amputer la signification, les racines et les objectifs de la prescription. Nous en rappelons quelques Ă©lĂ©ments dans ce qui suit.

Pourquoi donner, spiritualité de la zakùt

L’aspect spirituel (rĂ»hĂąnĂź) exprime les racines et la sĂšve de la prescription, sans lesquelles cette derniĂšre ne serait qu’acte mĂ©canique, sans vie, avec le risque qu’elle ne soit pas ou plus accomplie si elle n’est pas irriguĂ©e. La dimension spirituelle donne plus de force et de soliditĂ© Ă  l’accomplissement de la prescription. Tel un arbre dont les racines vigoureuses lui permettent d’avoir un tronc puissant qui peut subir des adversitĂ©s sans l’altĂ©rer. La dimension spirituelle donne Ă  l’individu un Ă©tat de veille et de vigilance, et donc un autocontrĂŽle, d’autant plus fort que sa spiritualitĂ© est Ă©levĂ©e. Elle permet de s’éloigner de tout ce qui irait contre la prescription ou en diminuerait le mĂ©rite. La spiritualitĂ© qui entoure la zakĂąt (ainsi que l’aumĂŽne sadaqa) s’articule autour de ces trois grands objectifs : 1-La purification des biens du croyant en l’éloignant de l’illicite. Ce dernier est, en effet, un poison qui frappe la personne et ses biens, son cƓur et sa pratique. 2-La purification de l’individu dans sa profondeur en Ă©loignant de lui l’avarice, l’un des pires dĂ©fauts humains. Et Ă©duquer le croyant dans le partage, la gĂ©nĂ©rositĂ©, le don. 3-Enfin, cette Ă©ducation devrait aboutir Ă  une grande sensibilitĂ© du cƓur, condition sine qua non pour toute proximitĂ© avec Dieu et Ses EnvoyĂ©s. Le cƓur insensible n’est proche ni des ĂȘtres humains ni de Dieu. Image contentImage contentImage content L’illicite peut prendre des formes diverses. Mais sous quelque forme qu’il se prĂ©sente, il constitue un poison dans le cƓur et les biens de l’individu. Raison pour laquelle il faut s’en Ă©loigner, s’en dĂ©tourner et ne pas l’approcher. La zakĂąt permet de purifier les biens de certaines formes de l’illicite (harĂąm) qui ne sont pas en relation avec les droits des humains (vol, tricherie, corruption etc.) ; en effet, tout bien acquis de maniĂšre illicite doit ĂȘtre rendu Ă  ses ayants-droits, il n’y a pas de zakĂąt dessus ni d’aumĂŽnes ; ni la zakĂąt ni les aumĂŽnes ne sauraient blanchir l’argent illicite. La spiritualitĂ© attachĂ©e Ă  la zakĂąt repose sur le don, la gĂ©nĂ©rositĂ©. L’avarice, sous toutes ses formes et aspects, est condamnĂ©e par l’islam comme le prĂ©cise le ProphĂšte (a) : « Ne peut coexister dans le cƓur d’un serviteur l’avarice et la foi. » [Nasñ’ü (3110), authentifiĂ© par AlbĂąnĂź] Combattre l’avarice se fait par le don, la gĂ©nĂ©rositĂ© et le partage. Et d’abord la zakĂąt obligatoire. Ce qu’expriment admirablement plusieurs versets coraniques et enseignements prophĂ©tiques dont les suivants : « La piĂ©tĂ© ne consiste pas Ă  tourner vos visages vers l’est ou l’ouest. Elle est plutĂŽt au fait de croire en Dieu, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophĂštes, de donner de ses biens, quelque amour qu’on en porte, aux proches, aux orphelins, aux nĂ©cessiteux... » [Coran 2/177] ‘Âïsha, l’épouse du ProphĂšte (a) rapporte qu’une fois, le ProphĂšte avait saignĂ© un mouton, et aprĂšs en avoir distribuĂ© presque tous les morceaux, il entra chez lui et lui dit : « “Que reste-t-il du mouton ?” Elle lui rĂ©pondit : “Plus rien, Ă  part une Ă©paule !” Il lui dit alors, corrigeant ainsi l’échelle des valeurs : “Le mouton est restĂ© tout entier, sauf l’épaule !” » [TirmidhĂź (2470), sahĂźh]
Image content
Mostafa Brahami.
Un poĂšte a ainsi dit : La gĂ©nĂ©rositĂ© de l’homme le fait aimer mĂȘme auprĂšs de ses adversaires Alors que l’avarice le fait dĂ©tester auprĂšs de ses propres enfants. C’est l’avarice qui fait apparaĂźtre les dĂ©fauts de l’individu aux autres Alors que la gĂ©nĂ©rositĂ© les voile tous. Alors, drape-toi par l’habit de la gĂ©nĂ©rositĂ© En effet, tous les dĂ©fauts en sont ainsi cachĂ©s. Le partage provient de la gĂ©nĂ©rositĂ©, logĂ©e dans le cƓur. Elle en est son expression la plus Ă©vidente. Le partage devient ainsi une valeur centrale en islam. Il est indice et voie vers l’amour de Dieu. Il prend, en islam, des formes insoupçonnĂ©es. C’est dire que les portes du partage sont innombrables et que n’y entrent pas les durs de cƓur. Le partage n’est pas seulement dans le fait de donner de ses biens. C’est une notion bien plus vaste en islam. En effet, il s’agit de donner de son Ă©coute, de son temps, de sa force, de son savoir, de son intelligence, de sa patience
 « Et offrent la nourriture –quelque amour qu’on porte aux biens– au pauvre, Ă  l’orphelin et au prisonnier, (disant) :  C’est pour le visage de Dieu (Son amour) que nous vous nourrissons : nous ne voulons de vous ni rĂ©compense ni gratitude. » [Coran 76/8-9] Image content L’enseignement prophĂ©tique suivant est en Ă©cho au verset : « Toute personne se retrouvera Ă  l’ombre de son aumĂŽne [le Jour dernier] jusqu’au jugement entre les gens. » En entendant cette parole, le Compagnon AbĂ» l-Khayr donnait chaque jour une aumĂŽne et s’il ne trouvait rien Ă  donner, il donnait un biscuit[4] ou mĂȘme un oignon. [Ibn Khuzayma, sahĂźh] Le remerciement (shukr) est le pendant de la foi, cette derniĂšre Ă©tant d’abord reconnaissance puis remerciements Ă  Dieu. Et l’ingratitude est le pendant de l’incroyance (kufr). En effet, la reconnaissance et le remerciement sont donnĂ©s en langue arabe par un seul mot : shakara, car qui reconnaĂźt, remercie. Et de mĂȘme, la non reconnaissance et la mĂ©crĂ©ance sont donnĂ©es par un seul mot : kafara (ÙƒÙŰ±), celui qui ne reconnaĂźt pas les bienfaits de Dieu risque d’aller Ă  l’incroyance. Remercier Dieu, en reconnaissant Ses faveurs et bienfaits, est donc le premier pas de la foi. C’est une attitude qui accompagne le croyant durant toute sa vie et sur tous les aspects de la vie, car Ses bienfaits et faveurs touchent tous les aspects de notre vie. Et parmi Ses faveurs, la foi qui nous habite, les priĂšres et les dons qu’Il nous aide Ă  accomplir etc. Et dans ce cadre, le don de ce qu’Il nous a donnĂ© constitue une forme de reconnaissance et de remerciement (shukr). L’enseignement prophĂ©tique suivant est tout-Ă -fait extraordinaire : « Celui qui ne remercie pas pour le peu, ne remerciera pas pour bien plus. Celui qui ne remercie pas les gens ne remerciera pas Dieu. Parler des bienfaits de Dieu est dĂ©jĂ  un remerciement (reconnaissance). Celui qui ne le fait pas ne reconnaĂźt pas le don de Dieu. ... » [authentifiĂ© par AlbĂąnĂź]

Les finalités du don

L’aspect finalitĂ©s (maqĂąsid) montre la perspective de la prescription, son intĂ©gration dans la vision globale des rĂšgles, dans quels objectifs suprĂȘmes a-t-elle Ă©tĂ© Ă©dictĂ©e, afin qu’elle ait un sens dans ce monde, auprĂšs de la collectivitĂ© humaine et de la CrĂ©ation entiĂšre. Sans cette dimension, on aboutirait Ă  des prescriptions en porte-Ă -faux de la religion rĂ©vĂ©lĂ©e, en contradiction avec les valeurs et les missions du ProphĂšte Muhammad (a). L’aspect finalitĂ©s donne intelligence Ă  ce qui se fait, et anticipation et prĂ©paration pour l’avenir. Il permet aussi d’empĂȘcher de ruser (hiyal) avec les prescriptions et de les contourner. La comprĂ©hension des finalitĂ©s (maqĂąsid) dĂ©passe de loin la simple comprĂ©hension littĂ©raliste des textes, elle donne Ă  ces derniers une double perspective : divine (Dieu qui les a rĂ©vĂ©lĂ©s) et humaine (l’ĂȘtre humain Ă©tant leur destination) ! La zakĂąt, comme les autres piliers de l’islam et comme tous les enseignements islamiques tend vers des objectifs finaux qu’il est vital de connaĂźtre. Ces objectifs rĂ©pondent Ă  certaines questions : -Pourquoi instituer une telle pratique, en vue de quels objectifs ? -Pourquoi ces formes dans l’application de cette pratique, y a-t-il d’autres formes en plus ? Nous pouvons rĂ©sumer les finalitĂ©s de la zakĂąt (et du don en gĂ©nĂ©ral) Ă  travers l’illustration suivante : Image content Nous ne citerons, dans cet article, que l’objectif de justice sociale de la zakĂąt dans une seule dimension (circulation des biens). Nous dĂ©taillons tous les Ă©lĂ©ments dans notre ouvrage. Parmi les expressions trĂšs fortes de la justice (al-‘adl), figure l’obligation de la zakĂąt : collectĂ©e des possĂ©dants, elle est redistribuĂ©e Ă  ceux dans le besoin. Elle est fondĂ©e comme pilier de l’islam, et non comme un acte de pure bontĂ©. Cela ne relĂšve pas seulement du bon sentiment, mais plutĂŽt de la loi qui doit ĂȘtre appliquĂ©e, et plus que cela, cela relĂšve de la condition d’appartenance Ă  l’islam. La pauvretĂ© est une indignitĂ© dans une sociĂ©tĂ© qui se rĂ©clame de l’islam, et de toute sociĂ©tĂ© en vĂ©ritĂ©. Le musulman ne devrait pouvoir dormir repu alors que son voisin ne peut dormir par la faim qui le tenaille, par le froid qui le mord, par les pleurs des enfants tordus par le manque. « N’est point croyant celui qui s’endort repu, alors que son voisin a faim et qu’il le sait. » [TabarĂąnĂź, KabĂźr] La zakĂąt et le don sont une des façons de dire non Ă  cette indignitĂ©, ils sont un des moyens de l’enlever, car ils procĂšdent de la vĂ©ritable foi en Dieu. La zakĂąt vise ainsi Ă  assurer au dĂ©muni (c’est-Ă -dire celui qui ne peut pourvoir Ă  ses besoins et ceux sous sa dĂ©pendance financiĂšre pour une annĂ©e) un revenu annuel lui garantissant de sortir de son dĂ©nuement. Plus que cela, si en donnant de la zakĂąt, la personne pourrait s’acheter des outils (sens gĂ©nĂ©ral) pour qu’il travaille et devienne ainsi donneur, il ne faudrait pas hĂ©siter Ă  le faire. Les biens n’ont de valeur que par leur utilitĂ© sociale. Le don, sous toutes ses formes et en particulier pĂ©cuniaire (aumĂŽnes, zakĂąt) assure cette mission : ĂȘtre bon avec les proches pour fortifier les liens familiaux, en donner aux nĂ©cessiteux pour diminuer de leurs souffrances et de leur prĂ©caritĂ©. L’argent n’a de valeur Ă©conomique que dans sa circulation (verticale et horizontale) dans le circuit Ă©conomique, il n’en a aucune s’il est gardĂ© chez soi, c’est la thĂ©saurisation, ou s’il circule dans un circuit court, c’est-Ă -dire entre les seuls possĂ©dants en excluant largement les autres couches sociales. La zakĂąt, en tant que redistribution des biens, des riches vers les pauvres et dĂ©munis (en manque de pouvoir d’achat) poursuit cet objectif. Le ProphĂšte (a) l’indique bien au Compagnon Mu‘ñdh Ibn Jabal, lorsqu’il l’envoya au YĂ©men en tant que prĂ©cepteur et gouverneur, il lui dit (partie du hadith) : « Annonce-leur que Dieu leur a prescrit de donner la zakĂąt, prise auprĂšs des riches parmi eux, et redistribuĂ©e aux pauvres d’entre eux
 » [BukhĂąrĂź (1496), Ibn HibbĂąn (2298)] C’est ce qu’affirme admirablement le verset coranique : « Afin que l’argent ne circule pas parmi les seuls riches d’entre vous ! » [Coran 59/7]  Conclusion : La zakĂąt n’est pas seulement un acte de charitĂ©, elle est une vision sociĂ©tale du monde, qui implique non seulement l’individu (qui doit donner), mais aussi la communautĂ© (qui doit s’organiser pour informer, collecter et distribuer) dans des objectifs suprĂȘmes clairs (combattre la pauvretĂ© en obligeant la circulation verticale et horizontale) des richesses, en donnant Ă  ces derniĂšres leur vĂ©ritable fonction (utilitĂ© sociale) en s’orientant vers Dieu, Lui qui pourvoit Ses crĂ©atures de tous les bienfaits et Ă  Qui on doit adresser nos remerciements. Mostafa Brahami Notes : [1] Nous rĂ©sumons, dans cet article, quelques Ă©lĂ©ments contenus dans nos deux ouvrages parus en 2019 aux Ă©ditions Nawa, le premier Pourquoi donner (spiritualitĂ©, Ă©thique et finalitĂ©s du don en islam), et le second ZakĂąt, guide pratique. [2] Nous avons consacrĂ© une trilogie Ă  la priĂšre (salĂąt) : Pourquoi prier, Comment faire la priĂšre, et Les rĂšgles de la priĂšre (fiqh as-salĂąt), aux Ă©ditions Tawhid. [3] RapportĂ© par NawawĂź, Sharh SahĂźh Muslim, commentaire du hadith (29) de Muslim. SĂąbiq, Fiqh, p. 333. [4]. Le terme exact est ka‘ka : un gĂąteau trĂšs simple avec un peu de sucre par-dessus.

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